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QUELQUES JUGEMENTS SUH L OEUVRE DE GUYAU XIII

aiUiqiie et aullientit]ue, parce qu'elle n'est fermée à aucune des nianifesl.ilions, même infimes, de la vie cosmique, parce qu'elle est ouverte à loules les douleurs.... Cet imperturbable é(|uilibre qu'Aristote conseillait pour la raison aux dépens du sentiment, se réalise au contraire, chez Guyau, dans le sentiment même :

Un concours, un concert, telle est en moi la vie.

Un caractère de cette sorte est souverainement apte à comprendre et à sentir l'infini; et Guyau, de fait, le comprend aussi intimement qu'il est possible. Le sentiment de l'infini semble lui être toujours présent, « quoique latent », quand il pense et écrit, surtout dans les Vers d'un philosophe.

Quand l'intelligence humaine arrive, chez certains individus, à un degré de merveilleux développement, quand elle arrive à comprendre positivement en soi ou à embrasser d'inluition un immense et concret matériel de science, alors elle marque réellement une période dans la science expérimenlale, et elle peut véritablement dire aux contemporains : — La science est jusqu'à présent parvenue à ce point. Vous pouvez en avoir en moi une unité concrète; vous pouvez, en moi et par moi, la discuter, la développer. — Et c'est ce qui arrive précisément pour Guyau.

(G. Tarozzi, Guyau e il naturalismo criticu contemporaneo , Milan, 1889, in-8, p. 61 et 62.)

Une perte publique, c'est dire beaucoup, je le sais; mais plus on y pense, moins on peut s'empêcher de regarder comme telle la disparition d'un homme qui, à cet âge, avait à ce point marqué comme penseur et comme écrivain....

Ce qui fait l'originalité propre de Guyau, c'est de pousser la critique plus loin peul-clre qu'on n'avait encore fait, en morale notamment et en religion — où sa hardiesse paraissait à Schérer une des caractéristiques de notre époque; — puis de trouver, en même temps, dans les données de la science les éléments d'un système de croyances plus discret à la fois et plus cohérent selon lui, un système, en tout cas, d'une haute valeur esthétique et pratique.... Deux choses sont pour Guyau d'une valeur souveraine et d'un intérêt qui résiste à toute critique : la vie et la beauté. Et comme la vie ne s'épanouit entièrement que dans les sociétés, comme l'art, d'autre part, ne peut fieurir que dans la vie sociale, l'idée de société est une troisième idée fondamentale dans sa philosophie, et elle en devient bientôt l'idée dominante et centrale.... Nul n'aura plus contribué k montrer les rnpports de la sociologie »vec tout le reste du savoir humain, sa place unique entre

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les sciences et son suprême intérêt. Tous les problèmes philosophiques sont par lui rajeunis et simplifiés, par le seul fait d'êlre posés en termes sociaux; le problème moral, en particulier, inextricable quand l'individu se considère seul, devient relativement simple dès qu'il se considère comme partie vivante d'un tout vivant, comme membre d'un corps dont la solidarité est la loi et l'harmonie le souverain bien.

Le souci de la destinée humaine, non pour lui-même, mais pour l'espèce, souci qui est le fond même du sentiment religieux dans ce qu'il a de plus élevé, lit l'intérêt dramatique, non de sa doctrine seulement, mais de sa vie et de sa mort.... Rien n'égale, on peut le dire, la douceur que Guyau montra envers la mort, et rien peut-être ne surpasse la beauté des

pages qu'elle lui inspira Ces pages, comme elles sont

tristes! Elles sont humaines dans leur hauteur, et c'est ce qui en fait le charme pénétrant. Elles font que, tout en envisageant de plus haut et d'un cœur plus ferme sa propre destinée, on est profondément ému de celle de l'auteur.... C'est ainsi que, dans Guyau, sous l'écrivain on sent partout l'homme; une âme vivante et vibrante anime et colore, dans tous ses écrits, et de plus en plus à mesure qu'on approche des derniers, une pensée hardie, subtile, étonnante à la fois de souplesse et d'ampleur. On peut prendre pour acquis que toute idée a chez lui, en général, paria vertu de l'expression, son maximum de force.

L'écrivain et le penseur, chez Guyau, ne faisaient qu'un. Un des meilleurs exemples qu'il donnait aux jeunes gens, c'était, lui poète, lui artiste amoureux de la forme, sensible autant que pas un à la musique des mots et maître de toutes les ressources de la langue, de ne jamais prendre la forme pour une fin, de ne se servir de la plume que pour mettre en pleine valeur des pensées et des sentiments. Sa prose large, animée, pittoresque, naturellement éloquente, ses vers, souvent d'une rare beauté, atteignent aux plus grands elfels sans les chercher. On n'y sent jamais l'effort.... Sa langue, si habile qu'elle soit, doit partout à la pensée bien plus encore qu'elle ne hii prête.

(Marion, Revue bleue, 12 mai 1891.)

Partout Guyau nous apparaît comme une âme jeune mais infiniment pénétrante, qui, voulant prendre tout au sérieux, cherche le sérieux de tout, s'attriste à ne pas le trouver, puis se rassérène à penser qu'il y a espoir de le découvrir un jour et s'endort pour l'éternité dans celte espérance. Guyau n'était pas un piétiste ni un quiétiste, il s'en faut; c'était un penseur de ferme raison j mais l'idée maîtresse qui anime et

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domine toutes ses rechorclics cl <\m lui a paru la plus propre, non sans motifs, à embrasser l'art, la morale, la religion sous un même point de vue, ne lui a-t-elle pas été inspirée par son âme pénércuse?

(Takde, Revue philosophique, août 1889.)

Ces livres ne sont pas seulement des œuvres philosophiques : ce sont des œuvres littéraires, ce sont, dans toute la force du terme, des œuvres d'art. Là est, sans parler encore des qualités d'invention et de style, le secret du charme singulier qu'elles exercent sur tous ceux qui les lisent. Nul peut-être, parmi les modernes, n'avait encore rendu la philosophie si aimable, si insinuante, si persuasive, sans cependant lui faire rien perdre de sa profondeur. Sa manière rappelle parfois celle de Platon, avec plus d'émotion et moins de subtilité. Il y aurait, ce semble, une sorte d'impropriété morale à lui comparer, parmi les contemporains, M. Renan, bien que l'auteur des Dialogues philosophiques personnifie sans doute aux yeux de bien des gens ce mode de philosopher : il faudrait plus de sincérité, plus de sérieux, plus de solidité aussi, de l'un des côtés, pour que la comparaison fut possible.

(E. BoiRAC, Revue philosophique, 1890.)

Guyau n'aura fait (lue passer fiarminous. Mais que d'idées n'aura-t-il pas semées!... Il n'est pas, si l'on peut dire, un seul des sommets de la philosophie où il n'ait hardiment posé le pied, où il n'ait entrepris des explorations mémorables. Dans cette génération de penseurs ou d'amis de la pensée dont les aînés ont fini de compter parmi les jeunes, il n'en est aucun de comparable à Guyau. Son nom durera, ses idées auront fait brèche, car elles s'annoncent comme étant les idées d'avant-garde du siècle futur.

A de certaines heures, Guyau a dû éprouver cette sensation étrange, indescriptible, qui fait que, sans cesser de se sentir soi-même, on se sent autrui. — Insensé, aurait-il dit avec notre grand poète, qui crois que je ne suis pas toi! — Ces idées qui s'étalent, ces raisonnements qui se développent sont aussi des confidences, qui, parties de l'intimité de l'homme, vont droit à ce qui en nous est le plus intime, et cela nous émeut étrangement.

Nous l'avons senti plus d'une fois en lisant Guyau, et nous n'avons pas été longtemps sans comprendre quelles séductions devait offrir aux jeunes esprits, encore incertains de la route à suivre , cet incomparable talent de penser et d'écrire, cet art presque magique de persuader avant que de convaincre et de gagner à soi les intelligences après s'être

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