‹ J. M. GuyauChapitre 2 sur 98 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

familier avec la philosophie grecque, tout rempli de cette « ardeur divine » dont parle Platon dans le Parménide : Osîa ôpîJLvi. Reçu à l'âge de dix-sept ans licencié es lettres, il traduisit le Manuel d'Épictète et se passionna pour la grande morale stoïque. Il la pratiqua lui-même toute sa vie, mais il la tempérait par une tendresse souriante, par une bonté oxpansive tournée vers autrui, ne pensant pas, avec les Stoïciens, qu'on pût aimer sans s'attacher. A l'âge de dixneuf ans, il fut couronné par l'Académie des Sciences morales et politiques, dans un brillant concours, pour un mémoire sur la Morale utilitaire depuis Epictète jusqu'à l'École anglaise contemporaine. L'année suivante (1874) il fut chargé d'un cours de philosophie au lycée Condorcet. Malheureusement, dès cette époque, comme blessé par l'excès de travail, il sentit les premiers signes de cet affaiblissement progressif qui, s'il devait peu à peu faire décroître ses forces physiques, ne put jamais ni abattre sa force morale, ni restreindre sa fécondité intellectuelle. Il dut aller chercher dans le Midi, d'abord à Pau et à Biarritz, puis à Nice et à Menton, une atmosphère plus favorable que celle de Paris. Le séjour de la Méditerranée lui laissa pendant quelques années une sorte de répit, lui rendit un regain de force et d'espérance, lui permit d'entreprendre une série de grands ouvrages. Ce fut une période d'aclion incessante et de progrès continu. A ce moment, malgré sa santé affaiblie, arrivait pour lui l'époque de la pleine maturité, de celle qui se mesure non à l'âge, mais à la force du talent. La Morale d'Épiciire s'imprimait, ainsi que la Morale anglaise contemporaine, où se trouve une critique si serrée et si éloquente de l'ulilitarisme. Bientôt paraissent les Fers d'un philosophe et les Problèmes de Veslhétique contemporaine. Puis viennent des travaux exclusivement philosophiques. Dans son Esquisse d'une Morale, il s'efforce d'exposer une conception de la moralité supérieure à celle de Kant, qui lui semblait avoir mal interprété les idées d'obligation et de sanction. Dans son livre capital, Vlrréligion de l'Avenir, il recherche quelles sont les idées fondamentales et indestructibles que l'on peut dégager des reli-

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