‹ J. M. GuyauChapitre 32 sur 98 · LE PITTORESQUE · texte numérisé non relu

LE PITTORESQUE

L'art de l'écrivain est de circonscrire assez entièrement l'esprit du lecteur pour le faire entrer dans le cercle de ses idées à lui, pour lui fermer l'oreille à tous les bruits du dehors. Si donc il vient à le transporter en pays inconnu, à lui parler uniquement de ce qu'il ignore, la besogne se simplifie : le lecteur ne saura, ne verra, n'entendra que ce qui lui sera dit et montré, n'associera que les idées voulues : rien ne viendra à rencontre des effets ménagés; il sera en quelque sorte au pouvoir de l'écrivain. De là, peut-être, la magie du pittoresque. Le pittoresque sert à isoler les objets de leur milieu habituel, à dérouter nos associations trop vulgaires. Son rôle principal est de dissocier nos idées, de rompre nos attentes habituelles. Représentez- vous par la pensée une de ces cannes de Provence avec lesquelles on fait des lignes pour la pêche ou des mirlitons pour les enfants, voilà une image qui pourra sembler triviale : quittez nos jardins, allez en Grèce et, dans le creux d'un roseau tout pareil, vous verrez les paysannes

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