RÉFLEXIONS SUR LA DESTINÉE DU MONDE
santés, le calcul des probabilités démontre qu'on ne peut, même après une infinité de coups, prévoir le l'ésultat du coup qui se joue en ce moment ou se jOuera demain. L'avenir n'est pas entièrement déterminé par le passé connu de nous. L'avenir et le passé sont dans un rapport de réciprocité, et on ne peut connaître l'un absolument sans l'autre, ni conséquemment deviner l'un par l'autre.
Supposez une fleur épanouie à un point quelconque de l'espace infini, une fleur sacrée, celle de la pensée. Depuis l'éternité, des mains cherchent en tous sens dans l'espace obscur à saisir la fleur divine. Quelques-unes y ont touché par hasard, puis se sont égarées de nouveau, perdues dans la nuit. La fleur divine sera-t-elle jamais cueillie? Pourquoi non? Toute négation, ici, n'est qu'une prévention née du découragement; ce n'est pas l'expression d'une probabilité. Supposez encore un rayon franchissant l'espace en ligne droite sans y être réfléchi par aucun atome solide, aucune molécule d'air, et des yeux qui, dans l'éternelle obscurité, cherchent ce rayon sans pouvoir être avertis de son passage, tâchent de le découvrir au point précis où il perce l'espace. Le rayon va, s'enfonce dans l'infini, ne rencontre toujours rien, et cependant des yeux ouverts, une infinité d'yeux ardents le désirent et croient parfois sentir le frissonnement lumineux qui se propage autour de lui et accompagne sa percée victorieuse. Cette recherche serat elle éternellement vaine? — S'il n'y a pas de raison définitive et sans réplique pour affirmer, il y a encore moins de raison catégorique pour nier.
Affaire de hasard, dira le savant; de persévérance aussi et d'intelligence, dira le philosophe.
Outre l'infinité des nombres et l'éternité des temps, une nouvelle raison d'espérance est l'immensilé même des espaces, qui ne nous permet pas de juger l'état à venir du monde uniquement sur notre système solaire et même stellaire. Sommesnous les seuls êtres pensants dans l'univers? — Nous avons déjà vu que, sans dépasser de beaucoup les données certaines de la science, on peut dès maintenant répondre non.
Notre témoignage, quand il s'agit de l'existence de tels êtres, n'a pas plus de valeur que celui d'une fleur de neige des régions polaires, d'une mousse de l'Himalaya ou d'une algue des profondeurs de l'océan Pacifique, qui déclareraient la terre vide d'êtres vraiment intelligents parce qu'ils n'ont jamais été cueillis par une main humaine.
On admet aujourd'hui qu'à toute pensée correspond un mouvement. Supposez qu'une analyse plus délicate que l'analyse spectrale nous permit de fixer et de distinguer sur un spectre non seulement les vibrations de la lumière, mais les invisibles vibrations de la pensée qui peuvent agiter les mondes, nous serions peut-être surpris de voir, à mesure que décroît la trop vive lumière et la trop intense chaleur des astres incandescents, y éclore par degrés la conscience — les plus petits et les plus obscurs des astres étant les premiers à la produire, tandis que les plus éblouissants et les plus énormes, les Sirius et les Aldébaran, seront les derniers à ressentir ces vibrations plus subtiles,