‹ J. M. GuyauChapitre 81 sur 98 · VOYAGE DE RECHERCHE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE RECHERCHE

Lorsque j'étais enfant, je rêvais de voyages, De radieux départs au plus lointain des mers, Et sous mon œil songeur passaient de doux rivages Flottant sur l'océan dans la brume des airs.

J'aurais voulu marcher, agir, semer ma vie A pleines mains, heureux de lutter, de souffrir, Dépensant largement la troublante énergie Qu'en mon cœur je sentais avec mon sang courir.

Et c'est alors qu'un jour s'ouvrit devant ma vue Un horizon plus doux et plus fuyant encor Que ces bords indécis d'une terre inconnue Où parfois m'emportait mon rêve en son essor.

J'avais cru voir briller la vérité lointaine. Et, sentant un espoir infini dans mon cœur, ■T'oubliai désormais toute pensée humaine Pour suivre dans la nuit sa divine lueur.

J'ai marché bien longtemps : l'éternelle promesse Me souriait toujours du fond du ciel serein, Et j'allais : sur mon front pâlissait ma jeunesse; Parfois ma tète en feu retombait dans ma main.

Mais avec la douleur croissait mon espérance : « Souffrir, c'est mériter », disais-je, et sans effroi Sur mon corps épuisé j'appelais la souffrance : Vérité, je voulais être digne de toi!

Les jours se sont passés. J'ai vécu dans mon rêve. L'horizon, si riant d'abord, s'est assombri; Je n'ai plus cette ardeur, cette foi qui soulève; Je suis las : l'espoir même en mon cœur s'est flétri.

Que me reste-t-il donc? Des sphères traversées Rapporté-je une branche arrachée, un débris. Une fleur où mon œil s'attache, où mes pensées Retrouvent un rayon des jours évanouis?

Non, nulle certitude où l'âme se repose : Les grands cieux ont gardé leur silence sacré. — Mais du sombre inlini j'ai senti quelque chose Entrer en le blessant dans mon cœur enivré.

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