LA LEGENDE DE ROQUEBRUNE
Hoquebrune près Menton
Des oliviers tremblants, des vignes, des épis, Les Alpes dans le fond, voilà le paysage. A mi-côte, au soleil, les maisons du village Se dressent sur le dos de grands rocs accroupis.
Pendus au flanc du mont, et comme dans latlente, Ces gigantesques blocs demeurent là, dormants. Or, une nuit, dit-on, de sourds tressaillements Les firent s'ébranler, hésitants, sur la pente;
Du haut en bas du mont passaient de longs frissons : C'était comme un réveil de la montagne entière. Et sur ses flancs mouvants on vit les blocs de pierre Glisser en entraînant les murs et les maisons.
Attirés par l'abîme, ils descendaient en file, Lentement; dans les champs ils s'ouvraient des che-
[mins;
Leurs grondements profonds couvraient les cris
[humains, Les clameurs du village effaré qui vacille.
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Tout craque; le clocher se penche dans les airs; Cest la mort : qui pourrait, sur le sol qui s'incline, Retenir ces géants en marche?...
Une racine De genêt se trouvait sur la pente, en travers.
Elle s'avançait là comme une main tendue. Vers elle, lourdement, glissait le premier bloc. Il la touche, et soudain sous le monstrueux choc Elle frémit, se tend et se tord éperdue.
Cramponnée et plongeant au fond du sol tremblant, Elle ne rompit pas. Le haut rocher se penche, Hésite, puis s'arrête, et toute l'avalanche Derrière lui se tasse et s'appuie à son flanc.
N'importe : elle tient bon dans Théroique lutte, El les blocs, se poussant comme de lourds troupeaux. L'un sur l'autre pressés, rentrent dans le repos : La montagne s'était arrêtée en sa chute.
Le village est vivant, il s'agite ; des voix. Des appels rassurés courent dans l'air limpide : Tous sont sauvés, et seul, humble cariatide, Le genêt écrasé porte l'immense poids.
Plante profonde, ô toi que rien ne déracine, Salut!... — Ainsi vers nous, parfois, sur le chemin, Se tend l'aimant secours de quelque douce main. Croyez-moi, la plus forte est souvent la plus fine.