AUX EAUX T>E CHANTILLY
Musée C onde. CItaniilly
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Le public, toujours prêt à reconnaître un nouveau maître de la mode, le salua d’une acclamation unanime, dès que Natlier produisit, en ce genre, ses premiers chefs-d’œuvre. Ce furent de beaux morceaux, en vérité, traités dans la donnée des portraits de Raoux, mais avec plus d’ampleur, et où l’heureuse ressemblance des modèles n’excluait pas la composition allégorique la plus ambitieuse. Les deux principaux ouvrages qui, de l’avis des contemporains, établirent la réputation de Nattier, sont restés dans les collections françaises. Ce sont Mademoiselle de Clermont, en déesse des Eaux de la Santé, peint en 1729 et conservé à Chantilly, et Mademoiselle de Lambesc, avec son frère, qui est au Louvre, sauvé peut-être, par un achat de La Caze, de la destruction presque totale des anciennes œuvres de notre peintre.
Le premier tableau, qui était pour les Condé un portrait de famille, celui de Marie-Anne de Bourbon, sœur de Monsieur le Duc, est d’autant mieux placé à Chantdly qu’on y trouve représentée une des vues anciennes du parc, le Pavillon des eaux, tel qu’il venait d’être aménagé vers 1725, le parterre qui le précédait et le « miroir» encadré de gazon, qui a disparu avec le pavillon et le parterre. La peinture n’est pas signée, et la date de l’exécution est fournie seulement par les pièces d’archives de la maison de Mademoiselle de Clermont, qui mentionnent, en 1729, un paiement de 1,800 livres, plus 129 livres 3 deniers pour frais de voyage à Chantilly. Des paiements de l’année 1730, montant à 1,172 livres, indiquent d’autres travaux de l’artiste pour la princesse; c’est vraisemblablement son second portrait, d’une composition différente, que Palissot signale chez le duc de Saint-Aignan et que nous retrouvons à Hertford House. Celui qui est à Chantilly se trouvait placé, au xvm® siècle, « dans la chambre à coucher de Monsieur le Prince ».
L’altière princesse du sang, surintendante de la Maison de la reine Marie Leczinska, a été peinte plusieurs fois, notamment par Rosalba Carriera, dont les crayons ont assez bien rendu l’humeur résolue et le caractère volontaire du modèle. Dans le pastel, sa beauté, qui est réelle, se nuance d’une expression piquante et n’a point cette irréprochable pureté
de lignes que présente la toile de Nattier. Le peintre français peignait la princesse huit ou neuf ans après la Vénitienne, et alors que l’épisode sentimental de sa vie, son amour pour M de Melun, avait torturé son cœur violemment épris; rien cependant, dans le portrait, ne nous révèle cette âme passionnée. Ce n’est qu’une belle indifférente, mollement assise sur un tertre, au bord des eaux. On l’a transformée en déesse de la fontaine, dont le flot bienfaisant coule de l’urne où elle s’appuie ; elle attend placidement le verre qu’une délicieuse nymphe emplit pour elle. Le bel enfant nu qui joue, au premier plan, avec un gouvernail et le serpent d’Esculape, n’est point l’Amour, mais un vigoureux Génie de la santé, dont les chairs rosées, barrées par une écharpe jaune, font ressortir agréablement les carnations plutôt brunes de la princesse. Celle-ci a les pieds nus, indolemment croisés sur l’herbe ; le corps est revêtu d’une tunique blanche et d’un manteau franchement bleu; la poitrine, en partie découverte, est fort belle, le cou s’allonge, la bouche sourit, le front est élevé, les yeux sont grands et noirs. C’est une fort agréable personne que cette princesse du sang; mais est-ce bien, sans fraude. Mademoiselle de Clermont? C’est un doute que les portraits de Nattier permettent souvent d’exprimer.
Il existe une composition moins connue, où elle est en « Sultane sortant du bain, servie par des esclaves », suivant le texte du livret du Salon de 1742, où l’œuvre fut exposée après sa mort. La même étude de la tête a servi à l’artiste , et la poitrine est ouverte identiquement ; mais l’attitude de la baigneuse est toute différente, et les regards sont appelés au centre du tableau, vers ces belles jambes nues, d’un fin dessin, qu’essuie avec un drap blanc une femme de chambre enturbanée. Dans la pièce voûtée, qui sert de chambre de bains à Mademoiselle de Clermont, négresses et négrillons s’empressent à la servir, et leur teint d’ébène fait valoir son éblouissante chair. Un des moricauds, assis sur le tapis d’Orient, parmi les précieuses étoffes et la fourrure d’hermine, tient en ses mains un collier de perles de sa maîtresse et la contemple avec admiration. Une négresse, non moins extasiée, renverse un grand bassin d’eau dans la vasque indiquée au premier plan . Toute cette scène offre un mélange de fantaisie et de