LA MARQUISE D’ANTIN
A Madame Edouard André
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de Tencin, mais elle est encore agréable. Le visage allongé, au front haut, s’éclaire de deux grands yeux tendres; les cheveux, blonds, bouclent à peine. Sur une robe blanche flottante, très décolletée, retenue à la taille par une ceinture d’orfèvrerie, est jeté un manteau d’un rose sombre, aux larges plis.
Madame de la Ferté- Imbault, plus piquante que sa mère, d’un esprit plus vif et de plus d’attaque, fait avec elle un admirable contraste. Elle porte un domino blanc, bordé de rose, qui laisse apercevoir la robe décolletée; des perles, des nœuds de ruban rehaussent sa toilette de bal masqué. Elle vient précisément d’ôter son masque pour nous montrer le plus vivant des visages ; elle est brune, sans excessive beauté, mais des yeux pétillants, une bouche malicieuse, rachètent son manque d’éclat.
D’autres œuvres importantes appartiennent à la même époque. Nous ne citerons que les principales de celles qui nous sont connues. Deux portraits de jeunes femmes sont datés de 1739. L’un, appartenant à M. le marquis des Monstiers-Mérinville, représente la marquise de l’Hôpital, née Elisabeth de Boulongne, dont le mari fut nommé, en 1750, ambassadeur auprès du roi des Deux-Siciles. La jeune marquise, qui fut dame pour accompagner Madame Sophie, passait pour une des beautés de Versailles. A voir ce joli sourire sous ce front couronné de bleuets, on comprend la séduction qu’elle inspirait et le succès des quêtes pour les pauvres, qu’on aimait à lui confier aux cérémonies de la Chapelle. En dépit de cette candeur, malgré la chaste disposition de la chemisette et le geste des mains y ramenant la draperie rouge, l’artiste a su trouver le moyen de mettre en ce regard, qui devrait être parfaitement pur, quelque chose d’équivoque ; sur cette physionomie juvénile, il a glissé cet air voluptueux et averti qu’il prête alors à toutes ses têtes féminines. L’autre toile, qui rappelle la disposition de (( la Belle Source » et que M. le comte de Riocour tient de famille, représente en Naïade, avec de grands roseaux à sa gauche et l’urne jaillissante à sa droite, Marie- Henriette Berthelot de Pléneuf, dame de Guémadeuc, qui épousa, en 1734, à vingt-quatre ans, Charles-Denis Baudoin de Sorneville, commissaire des guerres en Alsace. Nattier, en peignant cette forte
brune, aux yeux caressants, ne faisait que retrouver un de ses modèles d’autrefois, qu’il avait peint à l’âge de l’enfance ; Madame de Guémadeuc était, en effet, la sœur cadette de Madame de Prie, et avait eu aussi ses admirateurs. Le beau sang de la famille est attesté par ce quatrain, madrigal facile comme il a dû s’en faire beaucoup dans le salon de Madame de Pléneuf et qui est adressé à Madame de Prie :
Vous êtes belle et votre sœur est belle ;
Entre les deux tout choix serait bien doux :
L’Amour était blond comme vous,
Mais il aimait une brune comme elle
Les tableaux de l’année 1740 sont assez nombreux. Un portrait d’homme âgé, d’une certaine puissance et dont la distinction évoque le souvenir de Van Dyck, est celui du maréchal de Montmorency-Luxembourg, lieutenant général du gouvernement de Flandre. Il fait constater opportunément que Nattier savait quelquefois échapper aux affadissements et aux mièvreries, auxquels le goût des femmes l’accoutumait ; une page aussi virile ne se retrouvera plus dans son œuvre. En même temps, il déploie toute sa grâce caressante dans la grande toile de la collection Gaston Menier, qui représente Madame de Laporte, née Gaumartin, en nymphe chasseresse, un fd de perle retenant sa tunique ouverte sur une gorge charmante ; elle tient l’arc de la main gauche et tire une flèche du carquois posé auprès d’elle. Le portrait de Mademoiselle de Leyde, qui appartenait à la famille de Wedel- Platen, est de la même année; enfin, l’artiste fait un effort pour renouveler ses allégories dans les deux fameux portraits des marquises de Flavacourt et de la Tournelle, en Silence et en Point du Jour. Aucun de ces tableaux de 1740 ne figure au Salon du Louvre.
Le Salon de 1741 ne présente que deux grandes toiles de Nattier. L’une est le portrait de la comtesse de Brac, image d’une femme qui n’est ni belle, ni jeune, et qui cependant a voulu être peinte « en Aurore ». Elle est placée, comme il convient, sur les nuages qui enveloppent le bas du tableau, et tient assez gauchement son flambeau, comme elle tiendrait un cierge à l’église ; l’étoile du matin brille au-dessus des perles de sa coiffure ; la