‹ J.-M. Nattier, peintre de la cour de Louis XV (volume 2)Chapitre 5 sur 23 · PESNE · texte numérisé non relu

PESNE

DESSINATEUl!

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LES DÉBUTS DE NATTIER

L’Académie tient séance le 27 ; ignorant que le malheureux s’est fait justice la nuit précédente, elle prend une délibération constatant qu’elle était « informée depuis un temps considérable de la conduite déréglée et des mœurs corrompues du sieur Nattier l’aîné... 11 ne convenait pas à l’honneur d’un corps si illustre d’y admettre davantage un sujet qui s’en est rendu indigne ; sur quoi l’assemblée a tout d’une voix jugé à propos, conformément à l’article XXVI des statuts, de destituer du corps de l’Académie ledit sieur Nattier, le déclarant incapable et déchu des privilèges attachés à la qualité d’académicien , sans qu’il puisse à l’avenir s’en prévaloir en aucune manière ni en prendre le titre, de rayer et ôter pour toujours son nom des registres et catalogues de l’Académie, et de supprimer son tableau de réception qui lui sera remis en rendant sa lettre de provision. » La décision n’était point valable, car le même jour avait été porté, sans prières, le cadavre du suicidé au cimetière Saint-Paul; mais tout le monde avait intérêt à n’insister point et, dit Mariette, « il ne fut plus parlé de lui ».

La bonne confraternité qui régnait alors parmi les membres de l’Académie adoucit sans doute pour Nattier l’amertume du scandale et la douleur de voir finir de telle façon un frère longtemps compagnon de ses travaux. En 1728, il fait acte de présence à une séance du Louvre; en 1730, il s’y montre plusieurs fois, et les années suivantes il se décide à remplir de temps en temps cette obligation académique. Au reste, il ne brigue point les honneurs que l’élection confère ; à peine si on le voit désigné, le 31 décembre 1732, pour faire partie de la délégation qui doit présenter, pour le commencement de l’an , les respects de l’Académie au duc d’Antin, son protecteur. Disons, pour en finir ici avec la carrière académique de Nattier, qu’il fut nommé professeur adjoint le 26 mars 1746, professeur le 29 mai 1752, et enhn choisi par ses confrères comme trésorier de la compagnie.

Reprenons, où nous l’avons laissée, la modeste biographie que nous essayons de constituer d’après les divers témoignages du temps. Les évé-

nements s’y feront rares désormais. La réception de Nattier à l’Académie royale, en lui assurant la sécurité de sa profession, l’a désigné à la clientèle de qualité ou de bourgeoisie, pour laquelle le titre de « Peintre du Roi » est un brevet de talent. En attendant que se produise l’occasion de donner sa mesure dans la peinture d’histoire, il se contente du portrait, et ses premières œuvres, qu’il serait intéressant de retrouver, ne paraissent même pas avoir ce caractère « historique », qu’il doit rechercher plus tard dans le portrait même.

Vers l’époque de sa nomination d’académicien, plusieurs séries de portraits lui furent commandées, et il lui arriva de faire, comme cela était fréquent alors, ceux de tous les membres d’une famille. Il était fort apprécié de son confrère Jean-Baptiste Massé, dessinateur et graveur, qui commençait à acquérir dans la miniature un renom considérable; Nattier devait travailler pour lui comme préparateur de ses miniatures , suivant l’habitude que nous avons signalée ; en tout cas , Massé avait travaillé pour Nattier, en gravant un de ses dessins de la galerie du Luxembourg. Il lui commanda et lui paya cinq portraits de sa famille, ceux de son père, de sa mère, de son frère, de sa belle-sœur et le sien; il indiqua plus tard, en décrivant ces toiles dans son testament, le cas qu’il n’avait point cessé d’en faire.

Une autre famille, par laquelle Nattier pénétrait dans le monde de la finance, posait tout entière devant ses pinceaux. C’était celle de Berthelot de Pléneuf, qui avait réalisé une grosse fortune dans les entreprises de vivres pour les armées, mais qui ne devait pas tarder à être « recherché » pour l’origine de cette fortune, puis obligé, comme tant d’autres, de donner ses biens pour sauver sa tête. A ce moment, la belle Madame de Pléneuf, née Rioult d’Ouilly, était une des princesses de la finance, et son salon, où la musique faisait un des grands plaisirs, réunissait une société de choix. Nattier la peignit en Vénus, une de ses filles auprès d’elle avec les attributs de l’Amour. Cette fille charmante, « la fleur des pois du siècle », selon le mot du marquis d’Argenson, allait devenir la marquise de Prie, et son brillant mariage, advenu au temps de la prospérité pater-

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