‹ J.-M. Nattier, peintre de la cour de Louis XVChapitre 11 sur 54 · AMATEUR PARISIEN · texte numérisé non relu

AMATEUR PARISIEN

A M. Ca/ien d'Anvers

LES DERNIÈRES ANNÉES DE NATTIER

deux portraits d’homme : celui du Dauphin à Fontenoy et un portrait « historique », daté de l’année précédente, le duc de Chaulnes en Hercule. Le fils du maréchal de Chaulnes, qui s’était appelé le duc de Picquigny jusqu’à la mort de son père, en 1744, avait fait peindre sa femme en Hébé et souhaité aussi pour lui-même le travestissement mythologique ; il nous apparaît assis sur des rochers, couvert de la peau d’un lion, la poitrine, les bras et les genoux nus, tenant dans ses mains la massue arrachée d’un arbre voisin ; si l’on isole la belle face au fort menton, à la bouche fine, avec son encadrement de cheveux naturels, on retrouve aisément le portrait d’un grand seigneur de la cour de France. Cet étrange tableau, d’une chaude coloration dorée, sort tout à fait de la manière ordinaire de Nattier.

Au Salon de 1748, il présentait les portraits de la Reine, de Mesdames Sophie et Louise, un pastel de M. de Maupeou, premier président du Parlement de Paris, et un portrait de la demoiselle Coraline, actrice de la Comédie-Italienne, qui n’est pas indiqué au livret et dont parlent seulement les Observations sur les Arts, du sieur Saint-Yves. On pourrait songer à identifier ce tableau soit avec la piquante tête brune, appuyée sur un bras charmant, le cou serré d’un collier de jais, qui semble porter la date de 1748 dans la collection Cronier, soit avec cette « Mademoiselle de Savigny », qui fut longtemps si admirée chez le feu marquis de Ganay et qui est, à coup sûr, un des plus séduisants morceaux de notre peintre.

A cette belle production de 1748, nous allons pouvoir joindre une pièce d’un intérêt particulier; c’est le portrait de Madame de Pompadour, dont il faut ici établir l’histoire, puisqu’il est demeuré oublié jusqu’à ce jour. Dès l’année qui suit le commencement de sa liaison avec Madame Le Normant d’Etioles, Louis XV la fait peindre par Nattier. Il la veut en Diane, rappelant ainsi peut-être l’entreprenante amazone de la forêt de Sénart, qui attira d’abord son attention au cours des chasses royales. La jeune femme est, selon toute apparence, en relations avec Nattier, car l’on peut supposer qu’elle a déjà eu son portrait du peintre à la mode. L’exemple de son amie. Madame de la Ferté-Imbault, de qui elle chercha longtemps à imiter les bonnes

manières, l’a sans nul doute décidée, et M. Le Normant de Tournehem, fermier général opulent et Mécène des artistes, a dû sans hésiter satisfaire un tel caprice de sa belle nièce. Un portrait en buste, qui nous est imparfaitement connu , et que Nattier a signé et daté , passe dans une famille de la descendance des Le Normant, pour représenter la brillante bourgeoise de 1742. Quelques années plus tard, ses hautes destinées s’étant accomplies, elle s’est retrouvée en présence du peintre.

Nattier est mandé à la Cour, pendant le séjour à Fontainebleau, dans l’automne de 1745 , et son court mémoire dit tout ce qu’il importe de savoir ; « Mémoire d’un portrait de Madame la marquise de Pompadour, peint par ordre de M. de Tournehem par le sieur Nattier, à Fontainebleau, pendant l’année 1746. Ce portrait est peint jusqu’aux genoux, sur une toile de quatre pieds quatre pouces de haut sur trois pieds quatre pouces de large. Il représente Diane avec ses attributs ; le fond est un paysage. Ledit ouvrage estimé 2,500 livres. » L’artiste, qui n’a fait à Fontainebleau qu’une étude de la tête, ne livre pas immédiatement son tableau ; il n’est payé que sur l’exercice de 1748, bien entendu sans réduction aucune.

Cette grande toile n’a été signalée nulle part, et on peut souhaiter que ces indications la fassent retrouver. Une Diane, qui figura dans une vente de 1877, et que citent les Concourt, portait le nom de la marquise; mais on sait quelle autorité ont les désignations des ventes. Un renseignement tout à fait sérieux est apporté par les petites estampes assez médiocres de Cathelin et de Le Beau : Madame de Pompadour y est représentée, d’après Nattier, en buste dans un ovale, de face, les cheveux relevés, sans fleurs ni bijoux, la gorge à demi nue, une draperie couvrant en partie la chemise, et fixée par un ruban qui passe sur l’épaule. Ces gravures contemporaines reproduisent apparemment un fragment de la Diane ; elles nous mettent, en outre, sur la voie d’une découverte différente.

Le musée de Saint-Omer tient, de la libéralité d’un particulier, un portrait en buste de Nattier, daté de 1748, que répète, avec quelque diversité dans l’expression, une toile de Versailles désignée jusqu’ici comme représentant la duchesse d’Orléans, à laquelle, à vrai dire, il ne ressemble

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