LA MUSE ÉRATO ET L’AMOUR
(madame de sombheeii. et son fies) (?)
A M. Pierre Lebaudy
LES DERNIERES ANNEES DE NATTIER
en rien. Ce dernier tableau, qui semble plutôt une réplique de Nattier qu’un tableau d’atelier, mais que les repeints ont déplorablement défiguré, dut être jadis un morceau excellent , pour qu’il nous transmette encore une séduction féminine aussi pénétrante Or, les deux toiles, l’original de Saint-Omer et la répétition de Versailles, reproduisent, détail pour délai], pli pour pli, sans la moindre variante, la disposition des petits portraits de Madame de Pompadour gravés de son temps d’après Nattier. Cette présomption d’identité se justifie par un examen attentif : aucun trait ne s’y trouve en désaccord avec la tradition iconographique de la marquise ; on y note même la couleur indécise des yeux et l’indication des cheveux châtains. Ce portrait, qui nous a longtemps inquiétés, et dont la désignation ancienne ne pouvait nous satisfaire, nous apporte donc une heureuse surprise. Si ce n’est point le grand tableau commandé par le Roi, c’en est du moins la partie essentielle répétée par Nattier, probablement pour la marquise elle-même ; et voici enfin, ajoutée à cette galerie de ses images, si différentes les unes des autres, si délicieuses et si déconcertantes par leur variété, une Madame de Pompadour nouvelle, et non la moins enchanteresse.
Comme il n’y eut pas d’exposition au Louvre en 1749, Nattier ne présenta que l’année suivante les principaux tableaux auxquels il a mis cette date. On s’étonne qu’il n’y ait pas joint le portrait de l’ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris, Guillaume-Joseph de l’Epine, qui appartient encore à cette Faculté ; ce jeune dignitaire de l’Université, aux traits affadis et sans caractère, mais élégamment enfoui dans une éblouissante hermine, est celui qu’a gravé beaucoup plus tard Augustin de Saint-Aubin, ad viviini et dans le même costume. Le Salon de 1750 offrait trois portraits de Nattier : ceux du comte et de la comtesse d’Argenson, et celui de Madame Marsollier. Le tableau du ministre de la Guerre, « tenant le plan de Fontenoy », paraît aujourd’hui perdu. Si l’on en retrouve le buste, toujours marqué de la même mièvrerie, dans une copie qui est au Musée de Versailles, on y reconnaît mal l’homme énergique, spirituel et avisé
que fut le comte d’Argenson et que le pinceau de Nattier, trop habitué aux grâces féminines, n’était plus en état de révéler. Le portrait, évidemment beaucoup plus intéressant, de son aimable femme, en robe bleue, « tenant une petite caniche », est encore conservé par la famille d’Argenson, dans ce château des Ormes, en Limousin, où le ministre de Louis XV passa sa longue retraite et reçut tant d’honorables visites de ses contemporains. Un autre portrait de la comtesse d’Argenson, qui paraît être une réplique moins grande, est entre les mains de M. le marquis de Valfons, descendant de ce biâllant Valfons, de qui elle agréait les hommages au temps où Nattier immortalisait sa beauté épanouie. 11 ne serait pas invraisemblable que le peintre eût reçu d’elle la commande de la seconde toile.
Madame Marsollier, qui fut exposée au même Salon, est moins connue de la chronique; on parlait d’elle pourtant, même à la Cour, et le duc de Luynes n’a pas dédaigné de noter son histoire. Fille d’un procureur du Roi, et fort belle, elle avait épousé, pour sa fortune, un gros marchand de soie, et leur fille unique devait être extrêmement riche ; mais une des conditions du mariage avait été que la dame ne mettrait jamais les pieds dans la boutique où le mari vendait son étoffe ; elle évitait même de passer dans la rue Saint-Honoré pour ne pas voir la devanture. On riait de ces façons et on l’appelait la duchesse de velours. Pour se décrasser du négoce, elle fit acheter à M. Marsollier une charge de secrétaire du Roi. Le beau tableau de Nattier, dont le dessin est conservé à Weimar, la montre mêlant, d’un geste étudié, dans les cheveux de sa fille, des plumes et des fleurs. C’est devant la table à coiffer, drapée d’une étoffe à dentelles, où l’on aperçoit la boîte à poudre et l’aiguiére, que Nattier a placé ces bourgeoises jolies et précieuses.
Nattier était encore en possession de sa vogue, et certains critiques de l’époque lui promettaient même, après les succès du moment, les suffrages de la postérité. Saint- Yves l’assurait, par une prophétie qui a fini par se trouver véridique, que ses tableaux seraient un jour recherchés