LE COMTE DE NOAILLES
PLUS TARD DUC DE MOUCHY ET MARECHAL DE FRANCE A M. le duc de Mouchy
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LES DERNIERES ANNEES DE NATTIER
la place, une coiffure de tête élégante, un ajustement recherché, toute l’afféterie d’une femme du monde à sa toilette, et des yeux pleins de volupté, pour ne rien dire de plus. » Diderot est plus sévère encore pour l’unique tableau exposé par l’artiste en 1761 : « Le portrait de Madame Infante en habit de chasse est détestable; cet homme-là n’a donc point d’ami qui lui dise la vérité ! »
Ces critiques étaient d’une dureté bien inutile : la carrière de Nattier était terminée. Eprouvé comme il l’avait été par la mort tragique de son fds, sentant venir le déclin de ses forces et atteint d’une dangereuse maladie, abandonné enfin par la faveur publique, dont les artistes supportent mal l’inconstance , la fin de sa vie devenait douloureuse . Il ne travaillait plus que pressé par le besoin, et les commandes même se faisaient rares. Ces dernières années, qui furent si tristes, sont racontées en termes touchants par Madame Tocqué : « Il avait si malheureusement négligé les moyens de s’assurer un sort heureux pour le temps de sa vieillesse, qu’il y a tout lieu de présumer que, sans la longue maladie qui, en l’arrachant de son cabinet, l’a forcé à garder le lit pendant plus de quatre ans, il eût été obligé de travailler jusqu’au dernier moment, s’il eût voulu continuer à vivre aussi honorablement qu’il avait toujours vécu. En ne perdant point de vue cette espèce d’obligation de travailler, on jugera combien elle a dû augmenter sa sensibilité, au moment où il s’est trouvé dans la dure nécessité de se survivre à lui-même ; car, bien avant que d’être hors d’état de pouvoir toucher le pinceau , il éprouva le sort de la plupart des hommes célèbres de tous les siècles , il fut malheureux ! La guerre, le fléau des arts, l’inconstance du public , le goût de la nouveauté, tout se réunit pour lui faire éprouver le plus triste abandon. A cette grande affluence, à laquelle il était accoutumé, succéda une désertion presque totale . Enfin , il ne lui resta plus de ces grandes occupations que quelques ouvrages à finir pour la Cour, commencés dans des temps plus heureux. »
La Cour, ou plutôt l’administration des Bâtiments du Roi, n’abandonne point Nattier. M. de Marigny lui fait accorder par le Roi, le 5 mars 1761,
une pension de 500 livres, vacante par le décès du peintre Colin de Vermont. En même temps, il est invité à établir l’état général des portraits exécutés par lui pour le service du Roi, afin que ses derniers comptes soient réglés. 11 n’a pas fourni moins de trente-huit tableaux, et on lui doit encore plus de treize mille livres. En attendant de pouvoir obtenir le parfait paiement, il sollicite une gratification, « en considération des peines et des soins qu’il s’est donnés pour porter lesdits ouvrages au plus haut point de perfection, et des faux frais qu’il a été nécessité de faire pendant l’espace de près de vingt années ». Cochin, secrétaire perpétuel de l’Académie, consulté suivant l’usage, donne un avis favorable à la requête de son vieux confrère, et Marigny fait tenir à celui-ci une gratification de 3,000 livres.
Pendant ce temps, l’hydropisie dont il était atteint l’avait obligé, au mois de juillet 1762, à prendre le lit de souffrance, qu’il ne devait plus quitter. Le 14 août, il faisait son testament, déposé chez M® Trutat, notaire, et partageait ses biens par tiers entre ses trois filles. Madame Tocqué, Madame Brochier et une autre non mariée, Madeleine-Sophie Nattier, qui était sur le point d’épouser le peintre Challe. L’assurance que sa troisième fille avait, elle aussi, trouvé un bon mari, adoucit pour le vieillard les inquiétudes que lui causait l’insuffisance de sa fortune.
Une fois encore le nom de Nattier figura aux expositions du Louvre. Si ses enfants voulurent lui procurer une dernière satisfaction, ils ne semblent pas s’y être pris habilement. Deux petites toiles tirées de son atelier. Un Chinois tenant une flèche et Une Indienne^ ne pouvaient rien ajouter à sa gloire. « Si vous n’avez voulu, écrit Diderot, que m’apprendre comme on était vêtu à la Chine et dans l’Inde, soyez content, vous l’avez fait. » Le grand tableau de 1730 , qui le représentait avec sa femme au clavecin et ses quatre premiers enfants, avait été terminé tant bien que mal pour être exposé. Le public s’y trompa et y vit une nouveauté qu’il jugea sévèrement : « Cet homme a été autrefois très bon portraitiste, mais il n’est plus rien. Le portrait de sa famille est flou, c’est-à-dire faible et