MADAME LOUISE DE FRANGE
Muaee de VeraaHlea
NATTIER, PEINTRE DE LA FAMILLE ROYALE
à moitié ses bras fluets ; une des mains présente une fleur d’un geste gentiment maniéré; l’autre retient la corbeille pleine où elle vient de puiser. Dans ses cheveux nuagés de poudre sont des perles et un pâle œillet. Toute la paix du couvent se révèle en cette petite princesse, parée bien artificiellement de l’habit de cour, qu’elle portera un jour à Versailles et qu’elle quittera plus tard pour la bure sombre des Carmélites.
Les deux sœurs plus âgées ont déjà les grâces de la femme, que Nattier devait se complaire à leur donner. Née en 1733, Madame Victoire, qui atteint ses quinze ans et qui va revenir à Versailles en mars 1748, passe pour la plus séduisante des filles de Louis XV ; une lettre du duc de Gesvres la montre , au moment de son retour , avec « une agréable figure, un beau teint de brune, les yeux grands et fort beaux, une forme de visage à peu près comme Madame Henriette » ; telle la fait voir son portrait juvénile. Ses yeux sombres ont une douceur inquiétante ; la longue frange des cils ombre ses joues ; la bouche est sensuelle, le menton étroit, le front large ; les cheveux noirs s’harmonisent au teint mat et doré. La robe brodée d’or, l’écharpe de soie jaune, les dentelles blanches semblent parer un corps souple et voluptueux. Madame Sophie est moins formée ; dans ces clairs paniers à grands ramages, son corps menu n’apparaît point; une guirlande de fleurs orne le corsage dont la pointe descend très bas. La main droite relève un voile léger posé sur la chevelure poudrée ; les grands yeux ont du rêve comme ceux de Louis XV, et le menton délicat achève l’ovale pur du plus joli visage du monde.
Les trois portraits de Fontevrault portent la même signature : Nattier pinxit 1748. Dans la déplorable confusion qui mêlait au musée de Versailles les princesses du xvin® siècle, et que Paul Mantz renonçait à débrouiller, déclarant à tort l’entreprise «colossale», une seule de ces images charmantes conservait son nom, celle de Madame Sophie. Madame Victoire était devenue, comme Madame Henriette en Flore, Louise- Henriette de Bourbon, duchesse d’Orléans; Madame Louise, moins infortunée, n’était qu’une « princesse inconnue ». Aucune série ne méritait davantage d’être identifiée avec certitude. Ces tableaux, qui comptent parmi les plus parfaits du
maître, sont d’ailleurs en excellent état. Le portrait de Madame Louise, qui a été autrefois mis en ovale, a servi à un arrangement dû à un copiste du Cabinet du Roi, qui a placé entre les mains de la princesse, au lieu de la fleur et de la corbeille , une guirlande qu’elle tient par les deux bouts; Madame Sophie, soulevant son voile, a été répétée en Vestale , vêtue d’une simple robe blanche , auprès de l’autel allumé ; Madame Victoire a été transformée en Hébé, avec l’aigle et la coupe; et la beauté vue par Nattier garde à cette copie un certain éclat. Tous ces arrangements sont conservés dans les collections de Versailles et servent à l’histoire du portrait de cour ; mais il serait fâcheux de les exposer à côté des admirables originaux.
Nattier dut au succès de ces trois toiles l’honneur d’être appelé auprès de la Reine. Marie Leczinska avait été peinte par les maîtres principaux du portrait : Belle, Jean-Baptiste Vanloo , Tocqué, Carie Vanloo l’avaient tour à tour représentée en grand habit, dans l’apparat d’une fonction royale qui ne convenait guère à la simplicité des goûts de « la bonne Reine », mais à laquelle, on le sait, elle se prêtait fort bien et avec une dignité parfaite. Les crayons de La Tour avaient fixé ses traits aimables et sans beauté sous la fanchon de dentelle, les épaules couvertes d’un mantelet de chambre ruché, et elle avait été si satisfaite de ce pastel, que Carie Vanloo, pour son dernier portrait officiel et le plus somptueux de tous, n’avait pas obtenu de pose nouvelle et s’était borné, ainsi qu’en convient le livret du Salon, à transporter sur la toile la tête étudiée par La Tour. Il fallut la séduction du talent de Nattier, et sans doute les sentiments reconnaissants de la mère flattée dans ses enfants, pour qu’elle consentît à poser devant un nouvel artiste ; ce devait être la dernière fois , sa coquetterie n’ayant pas accepté de vieillir pour la postérité au delà de l’année 1748.
Nattier était au travail, à Versailles, au mois d’avril, et faisait poser la Reine dans sa grande chambre à coucher, où se passaient la plus grande partie de son temps et les actes principaux de sa vie royale. Peut-être le peintre fut-il admis à entendre ces conversations aimables où Marie Lee-