MADAME VICTOIRE DR FRANGE
Musée de Versailles
NATTIER, PEINTRE DE LA FAMILLE ROYALE
sissons une lettre qu’adresse à Charles Coypel, premier peintre du Roi, le frère de Madame de Pompadour, M. de Vandières, qui a la survivance de M. de Tournehem et rencontrera, par la suite, bien d’autres occasions d’être agréable à Mesdames :
Versailles, 9 décembre 1751.
Madame Henriette, Madame Adélaïde et Madame Victoire, Monsieur, veulent des copies de leurs portraits d’après l’original de M. Nattier. Vous aurez agréable de donner des ordres de ma part à M. Nattier, d’envoyer à Versailles les originaux aussitôt que vous aurez reçu ma lettre. Il vous dira peut-être que les vêtements ne sont pas finis; n’importe. Gomme Mesdames de France les veulent en buste, il n’y a qu’à faire venir les originaux dans l’état où ils sont. J’ai donné mes ordres à M. Portail de faire travailler à ces copies dès le moment qu’il les aura reçues; tenez la main, je vous prie, à la prompte exécution de ce que je vous demande.
Une lettre de Portail , garde des tableaux du Roi , n’est pas moins instructive. Elle est écrite au signataire de la lettre précédente, alors devenu marquis de Marigny, et mentionne des envois nombreux de copies destinées au couvent où les « petites dames » ont été élevées :
Versailles, 10 mai 1755.
J’ai fait encaisser comme vous me l’ordonnez les trois portraits de Madame Victoire que j’adresse à Madame l’abbesse de Fontevrault. Je compte qu’ils partiront pour leur destination vers le milieu de la prochaine semaine. Les deux portraits de Madame Louise seront finis pour ce temps... A l’égard du buste que vous désirez qui soit fait d’après le grand portrait de Madame Adélaïde, je ne connais que celui du sieur Nattier, qui est dessus une porte des appartements de Choisy. Vous aurez, s’il vous plaît, agréable d’ordonner au sieur Bailly de me l’envoyer à Versailles.
11 devenait nécessaire de faciliter l’ouvrage des copistes officiels qui travaillaient à Versailles, sous les ordres de Portail, et dont nous savons les noms pour cette époque : Coqueret, Prévost, Frey, Hellard, De la Roche , ce dernier beau-frère de Nattier. La Direction des Râtiments demanda à Nattier de fournir les têtes qu’il avait sur des toiles à part et qui servaient à son propre travail. Les copistes disposèrent à leur guise, ou suivant le goût des princesses, les costumes et les accessoires. Les correspondances du service mentionnent en grand nombre ces travaux, qui n’ont plus rien à voir avec Nattier. Celui-ci a livré ses études de têtes, préparées sur de grandes toiles, et comme on ne les lui rend pas, car elles restent continuellement en main, on trouve équitable, une dizaine d’années plus tard, de les lui payer à part, sauf à déduire ce prix
des grands tableaux s’il les achève. Pour ces têtes, estimées alors 500 livres l’une, voici l’instructif mémoire de l’artiste :
Mémoires de six portraits de la Famille royale, dont il n'y a que les têtes qui soient achevées, lesdits ouvrages ordonnés pour le service du Roi par M. de Tournehem, au sieur Nattier, ès années 11 k8 et suivantes :
Les portraits ci-après servent continuellement aux copies dont la Cour a besoin.
Portrait de Madame Adélaïde; la tête est disposée sur une toile de 7 pieds et demi de haut sur environ 6 pieds de large ; 500 livres. — Portrait de Madame Infante, duchesse de Parme; la tête est disposée pour un portrait en habit de Cour : 500 livres. — Portrait de Madame Henriette ; la tête est disposée pour être habillée en Vestale ; 500 livres. — Portrait de Madame Victoire; la tête est disposée pour un portrait en habit de Cour : 500 livres. — Portrait de Mgr le Dauphin ; 500 livres.
Lesdits ouvrages, dans l’état où ils sont, estimés la somme de 3,000 livres.
Ces précieuses études, faites devant la nature et où se révélait, plus que dans les portraits arrangés, la façon dont Nattier voyait et interprétait ses augustes modèles, ont subi des fortunes diverses. En 1761, Nattier vivant encore, le garde des tableaux Jeaurat fit une enquête pour savoir ce qu’elles étaient devenues. On s’enquit auprès du peintre de l’état d’avancement des tableaux , et l’on apprit que le portrait de Madame Adélaïde était seul au cabinet de Versailles ; celui de Madame Infante en habit de Cour avait été donné au duc de Parme, qui en avait payé l’achèvement 1,800 livres; celui de Madame Infante en habit de chasse était achevé et placé chez Madame Victoire ; celui de Madame Henriette, achevé aussi, était chez M. Nattier. La tête de Madame Victoire restait encore dans l’atelier de l’artiste telle qu’il l’avait peinte en 1748; il n’avait ni ébauché, ni même esquissé le tableau. Quelqu’un se chargea de le finir après sa mort; c’est peut-être la déplorable Hébé du musée de Versailles, où, dans une médiocre imitation d’un arrangement de Nattier, et sous des surcharges maladroites, la tête semble s’illuminer du pinceau du maître.
Si nous revenons à établir la liste chronologique des peintures de Nattier faites pour la Famille royale, nous rencontrons un tableau commandé par M. de Tournehem pendant le séjour de Madame Infante à la cour de son père, au mois de juillet 1749. C’est un portrait de Madame Adélaïde, que la sœur mariée a voulu emporter en Espagne : « Ledit portrait a été fait à