‹ J.-M. Nattier, peintre de la cour de Louis XVChapitre 5 sur 54 · MADAME INFANTE · texte numérisé non relu

MADAME INFANTE

(lOUISE-ÉLISABETH de FRANCE, DUCHESSE DE PARMr) Musée de Versailles

NATTIER, PEINTRE DE LA FAMILLE ROYALE

Compïègne . Il est sur toile et de même grandeur que ceux de Mesdames à Fontevrault, en habit de cour avec une main tenant un éventail. Il a été donné à Madame Infante, à son départ de Choisy, qui l’a fait emballer surle-champ et fait partir avec son équipage. Ledit ouvrage estimé à la somme de 1,500 livres. » Ces indications suffisent à nous apprendre que Madame Inlante avait déjà, en copie, le portrait de ses sœurs peintes à Fontevrault; comme Adélaïde lui manquait, elle avait sollicité de son père le don d’un morceau de Nattier pouvant compléter sa série. On a ici un nouvel exemple de la bonne union qui régnait entre les filles de Louis XV. L’original de Nattier, que ses petites dimensions ont fait peut-être dédaigner, serait à chercher en Espagne ou en Italie , où la princesse alla passer, comme duchesse de Parme, la fin de sa vie. La composition nous en est donnée, semble-t-il, par un dessus de porte de la chambre à coucher de Louis XV à Versailles, où une Madame Adélaïde, faussement dénommée Madame Victoire, tient j^récisément un éventail. Cette copie, de fort mauvaise qualité, a cependant pour origine un Nattier, qui paraît être le tableau emporté par Madame Infante dans ses bagages.

Plus grave et plus regrettable est la perte, peut-être définitive, de la suite de quatre de Mesdames en « Eléments ». Les modèles, la dimension des œuvres, le lieu pour lequel elles furent exécutées, tout montre l’importance de cette série, qui formait l’ensemble le plus considérable que Nattier eût conçu pour la Famille royale. C’est à un désir manifesté par le Dauphin qu’il dut cette importante commande. Le prince venait de s’installer définitivement dans le bel appartement du rez-de-chaussée de Versailles , qui fait l’angle du corps du Château, du côté du parterre du midi. Parmi les restaurations et aménagements qui avaient approprié à son usage l’ancien appartement de Monseigneur (le Grand Dauphin) et du Régent, les Bâtiments avaient boisé à neuf et particulièrement soigné son grand cabinet, la pièce d’angle placée au-dessous du Salon de la Paix, et qu’un balcon de fer forgé, fait pour lui, désigne du dehors à l’attention du visiteur. C’est précisément en ce cabinet, dont le roi Louis-Philippe a fait détruire presque entièrement les boiseries, que la nouvelle administration du musée

a réuni les portraits des filles de Louis XV, au milieu des souvenirs de leur frère. Les quatre dessus de porte ne faisaient pas partie de la décoration primitive, les anciens bois ayant été compris dans la destruction du XIX® siècle; ceux-ci contenaient autrefois et ont gardé sans doute jusqu’à la Révolution les quatre Mesdames en Éléments.

Il ne fut d’abord question que de copier, en les agrandissant pour les places à remplir, les portraits déjà existants ; M. de Tournehem, vu l’importance de la destination, décida que ces copies devaient être de la main de Nattier lui-même. Voici un modèle de ces sortes d’ordres de service ; (( Ordre. — M. le Dauphin a demandé pour dessus de porte de son cabinet les portraits de Mesdames d’après Nattier. M. Lécuyer enverra audit Nattier les châssis afin qu’il puisse faire les copies dans la forme que M. le Dauphin a demandée. — A Versailles, le 11 janvier 1750. — Lenobmant. » Bientôt on s’avisa qu’il serait plus intéressant d’avoir des compositions nouvelles; l’artiste fut invité à fournir les dessins d’une série des quatre Éléments, avec l’espoir d’être payé en conséquence. La commande faite, il ne la put livrer que l’année suivante, et présenta le mémoire ci-dessous : « Mémoire de quatre tableaux représentant quatre de Mesdames de France sous la figure des cjuatre Eléments , peints par ordre de M. de Tournehem, par le sieur Nattier, en l’année 1751. Ces portraits sont de grandeur naturelle avec les attributs convenables aux quatre Éléments. Ils sont placés dans le grand cabinet de M. le Dauphin à Versailles et ont chacun 3 pieds 3 pouces de haut sur 4 pieds 3 pouces de large. Lesdits quatre tableaux estimés à la somme de 4,800 livres. »

Quatre maîtres du burin gravèrent ces tableaux pour le marchand Joullain et les rendirent populaires. La Terre, qui était Madame Infante, fut gravée par Baléchon; le Feu, qui était Madame Henriette, par J. Tardieu; l’Air, qui était Madame Adélaïde, par Beauvarlet, et l'Eau, qui représentait Madame Victoire, par R. Gaillard. La disposition des peintures originales se trouve renversée dans les estampes. C’est à ces documents, au dessin du second tableau mis au carreau et conservé chez le comte Primoli, enfin, au mémoire du copiste Prévost, qui fit de la série une reproduction peinte également disparue, que nous devons d’en pouvoir décrire la composition.

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