‹ J.-P. Brissot (volume 2)Chapitre 5 sur 18 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Marthe Gouy a publié contre moi nombre de pamphlets et débité mille calomnies auxquelles je n'ai pas toujours daigné répondre. La lettre imprimée que je lui adressai, et qui m'attira tant de haines de la part des planteurs, n'était qu'un factum dicté par une juste colère. Ce n'est pas sur ce ton que j'écrivis à Barnave ; mais Barnave méritait plus d'égards que Gouy, et je crois que cette Lettre à Barnave (1), malgré la rapidité avec laquelle je l'improvisai, est un des meilleurs et des plus utiles morceaux qui soient sortis de ma plume. C'est du moins l'un de ceux qui produisit le plus de sensation et acquit le plus de famosité.

Nos colonies étaient dans le plus grand danger : les guerres intestines qui les déchiraient étaient dues à l'absurde système que suivait le comité colonial, ou plutôt son rapporteur Barnave. C'est un fait remarquable que les calamités dont elles éprouvaient le ravage datent des décrets des 8 et 28 mars, décrets tant exaltés par l'intérêt et par l'ignorance. On les avait prédites, et l'on pouvait prédire encore que le décret du 12 octobre ne ferait que les aggraver.

En s'obstinant à marcher dans un pareil système, en négligeant d'asseoir nos rapports avec les colonies et leur organisation intérieure sur les bases immuables de la justice universelle, de soutenir le parti de la justice par une volonté ferme

(1) Lettre de J.-P. Brissot à M. Barnave sur ses rapports concernant les colonies, etc., Paris, 20 novembre 1790, 104 p. in-8.

plutôt que par la force, on sacrifiait à jamais nos îles. Elles devaient nous échapper pour passer sous un gouvernement étranger ou s'anéantir dans l'indépendance. Telle était l'incontestable vérité que je cherchais à démontrer.

Si les dangers qui menaçaient nos colonies étaient immenses, ceux qui menaçaient la liberté ne l'étaient pas moins, et dans ma Lettre à Barnave je m'attachai à les signaler. Ce n'était pas la rage impuissante des ennemis de la Révolution qui m'effrayait, mais nous-mêmes, mais notre disposition à l'idolâtrie pour quelques individus, disposition qui a perdu Rome et toutes les républiques. Je voyais mille dangers dans les comités anarchiques ou despotiques de l'Assemblée nationale, dans leur envahissement universel de l'administration, dans les lenteurs interminables de la Constitution, qui faisaient le désespoir des patriotes réfléchis. Il fallait déchirer le voile qui couvrait ces erreurs et ces abus, et braver les menaces et la colère des hommes populaires comme des aristocrates les plus détestés.

Alors comme aujourd'hui, la puissance de ceux qui usurpaient la confiance publique et qui abusaient de l'opinion n'était pas capable de m'intimider. Je songeais à ma patrie et non pas à ma personne. Barnave, alors porté en triomphe, et Robespierre, maintenant divinisé, m'ont trouvé le même au milieu de l'adulation publique ; je n'ai pas craint de la heurter. Caton a-t-il jamais cessé de sonner l'alarme contre César ou Pompée environnés de cohortes puissantes ? Et nos grands hommes du jour sont encore peu loin de César et de Pompée. Point d'idoles, ou nous ne sommes pas dignes d'être libres, et nous ne le serons jamais.

Déjà les injustices et les erreurs que Barnave faisait sanctionner par l'Assemblée nationale à l'égard des colons n'étaient pas les seuls reproches qu'on pût lui adresser. Il était essentiel de mettre le peuple en garde contre ies faux patriotes de son espèce, les Lameth, les Dillon, les Duport, qui, parés d'un zèle factice, couraient après le tribunat pour vendre ensuite le peuple ; il fallait démasquer ces sycophantes qui, à l'ombre du titre de patriote, surprenaient les suffrages,

usurpaient la popularité, et en trafiquaient ensuite avec le pouvoir, auquel ils avaient su se rendre redoutables. Telle fut la marche de beaucoup de démagogues ; de ce Strafford dont la plume ignorante de Cazalès crayonna impudemment l'éloge ; de Cromwell, qui ne renversa le trône que pour s'asseoir sur ses débris ; de Monk, qui vendit la République à Charles II. Si la France a dû et doit plus que jamais redouter quelque chose, c'est un Cromwell ou un Monk, déguisé d'abord en patriote, et mêlé peut-être parmi ces tribuns mêmes qu'il prétend vendre ou asservir (1).

Barnave, comme je le lui reprochai, n'a jamais eu de véritable patriotisme, mais seulement de la vanité d'orateur et de l'ambition de tribun. Ce n'était pas mon amour pour les noirs, comme on l'a cru, ce n'était pas une aveugle indignation qui m'anima contre lui. J'avais vu au fond de son âme, je l'avais suivi dans tous ses replis. Où trouver dès lors des traits de véritable patriotisme dans ses opinions sur le Pacte de famille, la réunion d'Avignon, l'indépendance des Belges ? On y voit au contraire une flexibilité de principes, un langage plein d'artifice et bien extraordinaire à l'âge de Barnave. Rien ne garantissait dès lors que l'homme qui avait sacrifié à l'intérêt de ses amis les sang-mêlé des colonies ne sacrifierait pas plus tard les citoyens actifs ou non actifs de la France, quand un intérêt nouveau le lui ordonnerait.

Sa perversité a été prouvée par ses complots avec la Cour, et, si l'on a eu quelques doutes à cet égard, la découverte de l'armoire de fer aux Tuileries a tout démontré. Les Lameth en ont voulu faire un second Mirabeau, ils n'ont réussi que d'un côté.

Au fond de l'âme de Mirabeau il y avait de la grandeur, de la générosité, et un véritable amour de la liberté, une franche haine de la tyrannie ; c'est de là que jaillissaient ces éclairs de génie et ces beaux mouvements oratoires que Barnave n'a jamais eus qu'après les avoir étudiés. Mirabeau, au

(1) Ici, je supprime deux pages, textuellement extraites de la Lettre de Brissot à Barnave (pages 70-73).

milieu des dissipations de sa vie turbulente et agitée, avait cependant beaucoup lu et beaucoup médité. Barnave ne savait rien que ses discours, quand il les avait appris par cœur ; il avait la logique d'un avocat, mais ne savait point raisonner en homme d'état.

Jamais il ne prouva mieux le vide de sa tête et la légèreté de ses idées en politique que lorsque, au nom delà Société des Amis de la Constitution, il adressa à toutes les Sociétés qui lui étaient affiliées la fameuse lettre où l'on devait trouver la profession de foi des Jacobins, et où l'on ne trouvait que des phrases sans raison et qui n'avaient pas même le mérite d'être sonores, puisqu'il ne les prononçait pas. C'était au fond le langage captieux et erroné qu'il faisait entendre à la tribune nationale. Il y prouvait sa complète ignorance des gouvernements constitutionnels ; il y disait que l'Assemblée nationale approchait de l'instant qui devait mettre un terme à nos débats, en fixant d'une manière invariable la charte de nos lois constitutionnelles. Il ne savait donc pas que chez un peuple libre il n'y a jamais de terme aux débats ; que la liberté n'existe que par eux, que le silence en annonce l'anéantissement ; [qu'il n'y a rien d'invariable que les lois naturelles qui composent la Déclaration des droits ; que les lois constitutionnelles, c'est-à-dire celles qui concernent l'organisation des pouvoirs, sont variables par leur nature ; que, par exemple, il peut convenir à un peuple d'avoir, dans un temps, le pouvoir exécutif héréditaire, et, dans un autre, électif ; d'avoir, dans un temps, le corps législatif en une seule chambre, et de le diviser en deux sections dans un autre ; de donner, dans un temps, les finances au pouvoir exécutif, et de les lui ôter dans un autre. Un peuple peut altérer ces divers modes de constitution quand il le juge nécessaire ; il n'y a que ce droit même de pouvoir changer et modifier la Constitution qu'il ne peut jamais aliéner ; il est inséparable de lui, c'est sa souveraineté. Robespierre, qui sentait bien qu'une telle lettre renversait les principes de la Déclaration des droits, essaya bien d'en combattre quelques passages, lorsque Barnave la lut à la Société. Mais que pouvait la sage éloquence

de l'un contre le verbiage séducteur de l'autre ? Il n'y eut pas de discussion, et Barnave en enleva la publication d'assaut comme il enlevait les décrets des colonies. Au reste, des publicistes à la Robespierre et à la Desmoulins n'y regardent pas de si près ; ils ont le talent d'exciter les soulèvements de la multitude, mais ils ne savent pas l'instruire. Gomment lui apprendraient-ils ce qu'ils ignorent eux-mêmes ? Camille Desmoulins, qui portait à l'extrême les droits de la souveraineté du peuple, puisqu'il voulait lui f^ire ratifier tous les actes du pouvoir législatif, n'en approuva pas moins les principes de la lettre de Barnave, et la reproduisit dans son journal (1). Mais une telle inadvertance était probablement l'effet de ces distractions bacchiques dont il parlait dans ce numéro même].

Que voulait Barnave en prodiguant au souverain cette basse adulation qui ne convient qu'aux esclaves ? Que voulait-il, en mettant dans la bouche des Jacobins tant d'idées fausses, incohérentes, présentées sans dignité, dans un style ridicule ? Le succès de la proclamation rédigée par Mirabeau, au nom du Directoire, offensait sans doute son amour-propre, lui qui se croyait un autre Mirabeau. J'étais loin d'approuver entièrement cette proclamation, mais il ne convenait point alors à des Jacobins de guerroyer contre le Département. Barnave enfin voulait-il calmer l'effervescence de Paris ou des provinces? Elle n'existait pas dans le peuple, elle était toute dans les prêtres réfractaires ; c'était donc à eux qu'il devait adresser ses sermons. Et quand Barnave venait prêcher le peuple sur son ardeur turbulente, il l'injuriait en prêtant à ses mouvements un caractère qu'ils n'avaient pas. En lisant cette amplification prolixe, on voyait que Barnave avait délayé en six pages une idée qu'on pouvait exprimer en deux lignes : «Peuples, voulez-vous avoir de bonnes lois? ne troublez pas vos législateurs, et point de mouvements. »

Cette idée était fausse. J'aurais dit au contraire : à la paresse

(1) Révolutions de France et de Brabant, n° 68, du 14 mars 1791. — Tout le passage entre crochets est tiré du Patriote du 17 mars

opposez les stimulants, à l'orgueil un frein, à la corruption une surveillance infatigable, aux usurpations une résistance active, aux révoltes cachées ou manifestes des mesures vigoureuses. Et tout cela ne se fait qu'avec des mouvements, et le peuple était alors au milieu de toutes ces circonstances. L'inquiétude et le mouvement étaient donc essentiels à sa situation présente.

En définitive, il ne manquait à la lettre de Barnave, pour être bonne, que l'intention, la justesse et la précision des idées, la netteté du style, le dessin, le coloris, et jusqu'à l'observation de la grammaire.

Cazalès, qui n'aurait pas été fâché qu'on mît un peu de côté Mirabeau, ne trouvait personne plus éloquent à l'Assemblée que Barnave. Barnave ne trouvait rien de comparable à Cazalès. Barnave était doué d'une certaine éloquence de diction qui avait séduit jusqu'à Mirabeau. « C'est une jeune plante qui montera haut si on la laisse croître », disait-il ; mais pour féconder cette plante, il eût fallu de l'âme, de l'enthousiasme, une conviction profonde, et Barnave manquait de tout cela. Ses discours étaient dictés par les intérêts du moment. Qui eût pensé que l'homme qui s'était écrié: Périssent les colonies plutôt qu'un principe! eût voulu plus tard étouffer tous les principes en faveur des colons ? Dans la suite, Mirabeau apprécia mieux la rhétorique de Barnave. « Les rhéteurs, lui cria-t-il en réponse à des phrases sonores et hautaines, les rhéteurs parlent pour produire un effet de vingt-quatre heures ; les hommes d'état travaillent pour tous les temps. »

L'éloquence facile et spontanée de Cazalès était bien supérieure à celle de l'avocat de Grenoble ; et s'il eût consacré ses talents à défendre une cause moins déplorable, Cazalès eût mérité de la patrie la statue qui a été élevée à Barnave par les planteurs de Saint-Domingue. J'ai toujours rendu justice au talent de Cazalès ; et, tout en blâmant ses discours, je n'ai souvent pu me défendre de les écouter avec intérêt. Je me rappelle surtout l'effet qu'il produisit dans la séance du mois

de mai 1790 (1), où Ton discuta si les ministres auraient sur les avocats et sur les juges de France l'influence dangereuse que les ministres anglais ont sur les juges et le barreau anglais (2).

Cazalès, livré à la profession des armes dès l'âge de treize ans, n'avait reçu qu'une éducation fort négligée. Il n'avait guère étudié l'histoire et réfléchi sur les institutions politiques des nations que depuis son entrée aux Etats-Généraux. Parmi les hérésies et les absurdités qu'il débita dans la question du renvoi des ministres, où il s'était surtout signalé, n'en était-ce pas une des plus singulières que de vouloir comparer l'Assemblée constituante au long-Parlement, et surtout que de vouloir faire de Strafford un héros (3) ?

Barnave, du reste, n'avait commencé à faire cas du talent de ce champion de l'aristocratie qu'après l'avoir méprisé ; mais, à la suite d'une discussion dans laquelle Barnave s'était livré à ces emportements qui lui méritèrent une leçon de Mirabeau, il avait été provoqué en duel par Cazalès et, après s'être réciproquement insultés, ils s'étaient voué une admiration mutuelle.

Barnave n'avait ni l'instruction, ni le caractère, ni la mesure qui conviennent au législateur ; il courait après les succès de tribune, et ne songeait point au peuple ; il voulait qu'on parlât de lui, et aurait risqué à ce prix sa réputation et sa tête. Il avait apporté une renommée de bravoure ; il en était fier et voulait la soutenir. Dans son duel avec Cazalès (4), il le blessa d'un coup de pistolet. Un tel scandale devait-il être donné par des membres de l'Assemblée nationale ! S'ils n'avaient pas la force de fouler aux pieds un préjugé barbare, dans un temps où la France entière se faisait gloire de vaincre tous les préjugés nuisibles, au moins auraient-ils dû respecter leur caractère, ne pas oublier qu'ils appartenaient à la nation, et qu'ils

(1) Séances du 3 au 7 mai 1790.

(2) Ici, je supprime une page tirée du Patriote du 8 mai 1790.

(3) Id. pour une longue digression, prise dans le Patriote du 25 octobre 1790.

(4) 11 août 1790.

n'avaient pas la liberté de la priver d'un seul de ses représentants.

Ce n'était pas la première fois que Barnave donnait un pareil exemple ; déjà il avait eu ce qu'on appelle une affaire d'honneur avec Louis Noailles (1), pour je ne sais quel sujet futile. Noailles, plus généreux que lui à l'égard de Cazalès, après avoir essuyé le feu de ses armes, avait tiré son coup en l'air et l'avait embrassé. Il eût beaucoup mieux valu s'embrasser avant et ne point se battre, comme je le remarquais à propos de Doulcet de Pontécoulant (2), qui avait eu le malheur de se croire outragé par les discours d'un impertinent et d'oublier aussi son caractère de député en allant au bois de Boulogne en demander raison. Ce fut encore une de ces déplorables affaires dont on parla dans le temps, et qui devint un sujet de tristesse et de regret pour les amis de la philosophie et de la liberté. Doulcet a prouvé cent fois plus de courage en se rangeant parmi les vrais amis de la République, en combattant avec énergie pour sa défense, qu'en bravant les coups d'un spadassin qui ne l'avait sans doute insulté que pour l'assassiner.

D'Aiguillon, qui servit d'abord la cause du peuple avec un zèle dont je ne veux point flétrir le motif, soit que son attachement à d'Orléans ou sa haine contre Marie- Antoinette ait seul dirigé sa conduite, d'Aiguillon, à l'époque même où les Noailles et les Barnave se soumettaient à un préjugé cruel, donna l'exemple que tous les hommes sages auraient dû suivre.

Accusé publiquement de s'être déguisé en femme de la halle dans les journées des 5 et 6 octobre, et d'avoir cherché à pénétrer jusque dans l'appartement de la reine pour l'égorger, il ne voulut point tuer l'auteur de cette accusation, parce qu'un meurtre n'aurait rien prouvé ; mais il demanda que sa con-

(1) Louis-Marie, vicomte de Noailles, né en 1756, beau-frère de Lafayette, député de la noblesse de Nemours, un des héros de la nuit du 4 août, mort à la Havane, le 9 janvier 1804, de blessures reçues en combattant pour la France.

(2) L.-G. Doulcet, comte de Pontécoulant (1764-1853), député du Calvados à la Convention, un des Girondins décrétés d'accusation le 3 octobre 1793. Le duel est de février 1791, alors qu'il n'était encore que député suppléant à la Législative.

duite et les assertions de l'accusateur fussent jugées, et il s'adressa en même temps au Châtelet et au Comité des recherches, comme il me l'écrivit (1).

Sur quoi pouvaient être fondées les absurdités contre lesquelles d'Aiguillon avait demandé justice ? Elles ressemblaient à celles dont Mirabeau et d'Orléans avaient été l'objet. Il était presque inutile de démontrer leur fausseté ou d'y répondre. D'Aiguillon néanmoins eut raison de le faire ; cela valait mieux que de se taire ou de se fâcher. Caton, accusé soixante-dix fois, descendit soixante-dix fois dans l'arène pour se justifier. Chatam lisait tous les libelles qu'on publiait contre lui et ne dédaignait pas de les réfuter. Washington, Dickinson (2), Franklin, plus vertueux que nous, n'ont point hésité à repousser la calomnie quand elle pouvait faire impression sur l'esprit de leurs concitoyens. La repousser dans cette occasion est un hommage qu'on rend à l'opinion publique.

La calomnie fonde son succès sur le silence ou la crainte ; il faut donc la terrasser toutes les fois qu'elle lève la tête. C'est un serpent qui ne se fatigue pas facilement, il ne faut pas se fatiguer de le fouler aux pieds toutes les fois qu'il se redresse (3).

Telle ne fut point la conduite de plusieurs autres députés, et entre autres de Charles Lameth, dont le duel amena un événement qu'on eût évité (4)

Quelques sections vinrent à ce sujet demander à la barre de l'Assemblée une loi sévère contre le duel. Un bataillon de la garde nationale réclama la punition immédiate de Castries.

(1) Brissot était membre du Comité des recherches de la Municipalité de Paris, institué le 22 octobre 1789 pour rechercher les conspirateurs et supprimé le 13 octobre 1791. Cette lettre, datée du 19 janvier 1790, fut publiée à la fois par le Patriote Français et par le Moniteur du 21 janvier. Elle n'est donc pas adressée personnellement à Brissot et je crois inutile de la reproduire.

(2) Dickinson, auteur des Lettres d'un fermier américain (1769), plus tard gouverneur de la Pensylvanie.

(3) Je retranche ici deux pages tirées du Patriote du 31 mai 1790, et relatives à des attaques dirigées contre d'Aiguillon par le chevalier de Meude-Monpas, un des rédacteurs des Actes des Apôtres.

(4) Id. six pages racontant le duel de Ch. de Lameth avec M. de Castries. Elles ont été prises au Patriote du 14 novembre 1790.

C'était pousser trop loin la tendresse pour Lameth, car, si Castries eût été puni, Lameth n'aurait pas dû être plus épargné que lui. Au lieu de répondre à l'absurde provocation de son adversaire, il aurait dû se lever et déclarer à la face de l'Assemblée qu'il ne verserait son sang que pour faire respecter la loi et non pour la violer.

Le glaive particulier doit se reposer lorsque celui de la justice est tiré, et il était temps enfin de livrer au mépris les hommes qui voulaient nous ramener à la barbarie et nous faire oublier que, pour jouir de sa liberté, il faut jouir de sa raison. C'était vouloir souiller la Révolution que de consacrer la mode de ces combats, qui peuvent protéger un meurtrier heureux ou adroit, mais jamais un honnête homme, un bon citoyen. La plupart des bretteurs ne vont-ils pas sur le terrain avec la certitude de tuer leurs adversaires ? Quel courage ! La plupart d'entre eux sont tellement dépourvus de la véritable valeur, qu'ils s'exercent continuellement à tirer au blanc pour apprendre à ne pas manquer leur homme. Voilà ce que j'ai vu et je pourrais dénoncer ici la plupart des chefs de l'aristocratie de cette époque.

Castries, [qui traitait d'insolence l'accusation que j'avais portée contre son père d'avoir émigré, de n'avoir pas prêté le serment civique, d'être en correspondance avec les ennemis de la Révolution] (1), se montra bientôt digne imitateur du chef de sa famille ; il saisit le prétexte de l'irruption d'un peuple offensé, ou égaré si l'on veut, dans sa maison, pour abandonner la France et aller grossir le nombre des ennemis de sa patrie. Une lettre adressée par lui au président de l'Assemblée nationale l'informait de cette démarche, et le prévenait qu'il attendrait un congé en Suisse.

Qu'avait-on de mieux à attendre d'un homme qui, après avoir combattu pour l'indépendance des Etats-Unis, quitta ce rôle honorable et afficha les sentiments les plus favorables au despotisme, les plus antipathiques à toute idée d'amélioration et de liberté ? Tous ces grands seigneurs avaient l'âme

(1) Phrase tirée du même numéro du Patriote.

pétrie de petitesse, d'égoïsme ; ils ne voulaient du bonheur que pour eux, de la liberté que pour eux, de l'égalité que parmi eux. Gastries, furieux de ce que j'avais dévoilé la conduite de son père, m'avait déguisé sa colère dans une lettre remplie de ces formules de cour qui doivent être répudiées sous un régime régénéré. Mais son indignation redoubla quand je lui répondis sans lui donner ces vains titres qui ne font pas aller une lettre plus vite à son adresse, sans lui assurer en finissant que j'étais son très humble serviteur, parce qu'un homme libre ne doit être le serviteur de personne. Castries ne pardonnait pas le décret qui avait supprimé les qualifications féodales, et ses laquais auraient été fort mal venus s'ils ne l'eussent pas appelé monsieur le duc. Au reste, il avait cela de commun avec quelques-uns de ceux mêmes qui avaient provoqué l'abolition des titres. Mirabeau, plébéien à l'Assemblée, n'était-il pas chez lui M. le comte, et n'avait-il pas des gens à livrée ?

Castries était un aristocrate déclaré. Après avoir abjuré les principes qui l'avaient fait combattre pour la cause de l'Amérique, il n'avait pas affecté de s'en parer à l'Assemblée nationale ; c'est une franchise dont il faut lui savoir gré : car, des ennemis de notre Révolution, les pires de tous furent ceux qui, sous le masque du patriotisme, ont voulu la tuer. Telle fut la conduite des Lameth, de Dillon, de d'Aiguillon, qui montrèrent dans l'affaire des colonies qu'ils préféraient leurs intérêts particuliers à ceux de l'humanité et de la patrie, et donnèrent à soupçonner que l'abandon de leurs privilèges, en France, n'était pour beaucoup d'entre eux qu'un sacrifice imposé par la force des choses, auxquelles ils n'auraient pu résister.

Crassous (1) a vu Arthur Dillon et Moreau de Saint-Méry

(1) J. A. Crassous (1745-1829), député de la Martinique à la Convention, où il ne prit place que le 6 octobre 1793. Il devait,

également convaincus des droits des gens de couleur et de la justice de leur cause. Il m'a dit avoir lu, à la Martinique, une lettre qui avait été envoyée, imprimée et signée du nom de Dillon, et dans laquelle il établissait la nécessité de rendre les gens de couleur citoyens actifs, de détruire l'ancienne milice et le despotisme des chefs. Pourquoi Dillon a-t-il changé de langage ? Pourquoi Blanchetière (1), député extraordinaire, qui apporta en France l'esprit de l'Assemblée coloniale, lui en inspira-t-il un si différent? Dillon ne craignit pas de se montrer au club Massiac, où son nom était détesté, et là il fit abjuration de la popularité que lui avaient acquise ses ennemis. Ainsi, de petits intérêts, des suggestions étrangères changent les sentiments de ceux qui ne savent pas tout sacrifier aux principes. Les Lameth ne reconnaissaient-ils pas au fond de leurs cœurs que, noirs, mulâtres et blancs, tous étaient hommes comme eux, et avaient droit, par conséquent, à tous les bienfaits de la société au milieu de laquelle ils vivaient? Tels étaient du moins leurs discours parmi les Amis des noirs, où ils venaient chercher la popularité, et qu'ils ont reniés depuis, comme ils ont renié les Jacobins.

Les Lameth, en égarant Barnave sur la question des colonies, ont été la cause première de toutes ses autres erreurs, ou plutôt, en le gagnant pour ce sujet, ils lui ont appris à se laisser gagner pour beaucoup d'autres. On traitait de la franchise de Bayonne, si contraire à tout esprit d'uniformité et d'intérêt public. Barnave, sous prétexte de rappeler un grand principe (qu'enfin le corps constituant devait s'occuper de terminer la Constitution sans se perpétuer dans l'usage de faire des lois particulières), demanda que le projet de franchise fût renvoyé à la prochaine législature. Il avait raison dans la forme ; mais au fond son discours n'était qu'une affaire de complaisance. Charles Lameth avait épousé Mlle Picot, fille d'un négociant de Bayonne, dont la fortune était intéressée à la conservation de la franchise, franchise tout à fait

pour que Brissot l'eût connu avant sa proscription, être venu déjà habiter Paris.

(1) Blanchetière-Bellevue.

favorable aux vues des commerçants capables de spéculer aux dépens de l'Etat.

A cette époque, Barnave était partout désigné dans l'opinion comme un des principaux moteurs de l'insurrection du 14 juillet 1789, comme un des principaux agents de l'affaire des 5 et 6 octobre suivant, et on parlait de lui élever une statue dans le Dauphiné. Il avait non seulement excité les premiers mouvements révolutionnaires, mais il avait excusé jusqu'à leurs excès ; et lui qui a dénoncé la liberté comme un superflu, avait commencé par dire qu'il n'était pas de sang trop pur à regretter pour elle. Quoi qu'il en soit, Barnave a eu bien plus de part aux troubles qui ont agité nos colonies qu'à ceux qui ont agité la France ; mais son activité dans les comités n'a pas toujours été désintéressée.

Brack (1) m'a attesté avoir connu un arrangement relatif aux colonies, par lequel quatre cent mille piastres avaient été comptées à Barnave sur des lettres de change de Bordeaux ; elles avaient été données en compte de pareille somme livrée en piastres, et apportées de Saint-Domingue. Brack connaissait un colon qui avait contribué pour cette gratification volontaire. Il avait mis les témoignages de ce marché dans mes mains ; mais je n'ai point voulu en faire usage ; je ne croyais point, malgré la vraisemblance, à une pareille vénalité ; en combattant les principes et les opinions de Barnave, je ne voulais point le déshonorer par une révélation qui pouvait être une calomnie ; j'ai la calomnie trop en horreur pour la risquer imprudemment. Aujourd'hui que son traité avec la Cour est révélé, ne peut-on pas croire à son traité avec les planteurs ? Mais supposons que l'or des colonies n'a eu aucune influence sur le cœur de Barnave, et qu'il s'est laissé égarer seulement par les perfides insinuations des Lameth. Qui l'a égaré dans la route du patriotisme ? encore les Lameth. Mirabeau mort, ils voulurent le remplacer, Barnave à la tribune, les Lameth dans ses rapports avec la Cour. Leur conduite, qui commençait déjà à donner des soupçons aux pa-

(1) Voir plus haut, p. 32.

triotes, fut entièrement dévoilée à l'époque du voyage de Varennes.

Petion, à son retour, m'avait communiqué les craintes que lui avait inspirées la manière d'agir de Barnave, et ces craintes ne furent que trop tôt justifiées ! Quelle différence, en effet, dans la conduite de Barnave et celle de Petion, de qui je tiens ces détails ! En présence d'un despote et de deux femmes affectant encore ces airs de majesté dont elles éblouissaient leurs esclaves, Petion conserva la simplicité d'un homme qui connaît ses droits, la fierté d'un représentant du peuple qui ne veut point déroger à son mandat. Méprisant ces forces adulatrices auxquelles les courtisans ont accoutumé les objets de leur idolâtrie, il se conduisit avec la famille de Louis XVI comme il l'eût fait dans sa maison, avec franchise et dignité ; et sans doute les sentiments que lui inspirait la conduite du roi fugitif durent percer au fond de ses discours, comme dans ses manières et dans son maintien. Cet homme, qu'un caractère sacré couvrait encore de son égide, ne venait-il pas de l'avilir, ne venait-il pas de démentir tous ses actes et tous ses serments ? La Constitution jurée sur l'autel de la patrie était un jeu de comédien ; les décrets sanctionnés, les actes d'un faussaire ; il s'était moqué à la fois, et du peuple qu'il fuyait, et de ses représentants qu'il insultait, et de ses ministres même qu'il avait trompés. Et c'était l'homme pour lequel Barnave se prenait tout à coup de passion et de dévouement, après l'avoir, devant moi et devant mille autres, traité avec tant de mépris et tant de dédain !

Les discours de Petion ne devaient pas plus convenir à Louis XVI que ses manières. Il aurait fallu, au gré de l'ex-roi, rendre à l'instant à la monarchie une dignité qu'elle avait perdue, au gouvernement les moyens de comprimer les factieux, qu'il semblait désigner, et affermir la Constitution qu'il avait trahie. L'inflexible député sut apprécier les plaintes de Louis XVI à leur juste valeur ; il parla des droits du prince et de ceux du peuple trop longtemps méconnus ; et après avoir peint le ridicule acharnement de la Cour et de la noblesse à soutenir des privilèges pour jamais détruits, il ajouta que la

force des choses entraînerait nécessairement le peuple, entièrement éclairé, au gouvernement républicain. A ce mot, qui fit rêver Louis XVI, mais ne lui donna pas assez à réfléchir, Marie-Antoinette arracha des mains de Petion le jeune dauphin, que, par un mouvement d'intérêt et d'affection, il avait pris sur ses genoux.

Louis XVI et Marie- Antoinette vouèrent dès lors à Petion une aversion qu'ils n'ont point démentie. La conduite de Petion à leur égard ne se démentit pas non plus. Il sourit de dédain en voyant les mauvais quolibets dirigés contre lui et les anecdotes défigurées par quelques journaux à propos du voyage de Varennes. La Cour, qui payait ces journalistes, avait droit d'attendre qu'on racontât les choses de manière à intéresser en sa faveur. C'est ce qu'elle fit plus d'une fois, et notamment dans la fameuse entrevue du roi et de Petion, après le 20 juin 1792. Dans le récit qu'en firent les gazettes, auxquelles on l'avait dicté, on n'aurait pu trouver un mot de vérité. Il faut espérer que l'histoire ne puisera pas ses matériaux dans ces feuilles salariées (1).

Dans cette scène, qui se passait au milieu des courtisans, dont les regards sinistres auraient pu intimider tout autre que Petion, il est aisé de voir de quel côté la décence et la dignité s'étaient trouvées ; mais ce n'est point ainsi que la Cour fit raconter cette entrevue : tout y était inventé. Les détails que je consigne ici m'ont été répétés par Sergent, devant Petion lui-même, et Sergent, l'ennemi et le persécuteur de celui qu'il s'honorait alors d'avoir pour protecteur et pour ami, atteste encore aujourd'hui la vérité de ce récit.

La fermeté de Petion est sans rudesse, et rien n'est plus doux et plus sensible que le fond de son cœur; mais son patriotisme, qui sut braver l'impertinence du despotisme, après avoir repoussé, quelque temps auparavant, ses séductions et ses offres intéressées, n'était pas capable de céder à des bienséances de cour et à des cajoleries de princesses ; il le montra,

(1) Suit le récit de cette entrevue, extrait du Patriote du 25 juin 1792. Je ne le donne donc pas.

avant et après le 20 juin, comme il l'avait montré dans le voyage de Varennes.

Il eût été heureux pour la gloire de Barnave que pendant ce voyage il eût imité son exemple ; mais il oublia trop vite le caractère d'un député de la nation, pour jouer le rôle de courtisan. Il écoutait avec une complaisance digne du temps de V Œil-de- Bœuf les plaintes et les reproches qu'on adressait amèrement à l'Assemblée nationale, et s'apitoyait sur les malheurs de la France, c'est-à-dire des aristocrates et des prêtres. Les patriotes qui entouraient la voiture ayant repoussé durement un curé qui cherchait, on ne sait pourquoi, à s'en approcher, Petion les rappela à la loi, qui protégeait également tous les citoyens ; mais Barnave leur cria qu'ils étaient des assassins, et dès lors il conquit toutes les bonnes grâces des Majestés fugitives, et particulièrement celles des femmes, qui dirigèrent sur lui toutes leurs séductions. Marie- Antoinette, qui avait du tact, s'aperçut facilement que la conquête de Barnave était faite d'avance ; elle ne ménagea pas ses petites manœuvres pour achever une conversion en si beau chemin. Petion devint un témoin incommode, et dont on se cachait ; il put à l'instant prévoir les résultats de ce manège. Avant d'arriver à Paris, Barnave n'était déjà plus qu'un vil agent de la Cour, enfin le digne émule des Lameth et des Duport.

Mais Barnave avait-il attendu cette rencontre pour renier les amis déterminés de la liberté ? Quoiqu'il n'eût pas encore ostensiblement passé à l'ennemi, ne pouvait-on pas déjà le regarder comme un déserteur de la cause populaire ? et enfin semblait-il étranger à la fuite de Varennes ?

On en pouvait demander autant de Lafayette, qui s'était alors réconcilié avec ceux dont les principes et les sentiments avaient été longtemps en opposition avec les siens. A la nouvelle de la fuite de Louis XVI, Reubell voulut qu'on mandât Lafayette à la barre de l'Assemblée, et qu'il fût tenu de déclarer comment le roi avait pu s'échapper. Barnave s'empressa de prendre la parole et s'écria que dans de telles circonstances on devait redoubler de confiance à l'égard d'un aussi bon citoyen que Lafayette. Il fallait, disait-il, un centre d'unité, un

centre d'action, et c'était Lafayette ; il fallait craindre les insinuations perfides et l'effervescence populaire, qui se tourneraient aveuglément contre Lafayette et l'empêcheraient d'opérer le bien. Il fallait un bras qui exécutât puissamment ce que l'Assemblée décréterait, et Barnave ne voyait pour le salut de l'Etat que le bras puissant de Lafayette.

Les Lameth ne restèrent pas en arrière, et oublièrent aussi l'animosité qui s'était manifestée entre eux et Lafayette, lorsque l'un d'eux espérait ravir à ce général le commandement de la garde nationale. Il ne faut que se rappeler ici la fameuse séance des Jacobins, du 21 juin (1), témoin de tant de déceptions, de pasquinades et de palinodies, pour juger de leurs mutuelles perfidies. Danton, voyant paraître Lafayette, lui avait demandé quel hasard le rappelait dans ce club, qu'il semblait dès longtemps avoir déserté, et ce que lui, signataire d'un système des deux chambres qui eût changé la forme du gouvernement, venait faire parmi les Jacobins, dans un moment où le premier fonctionnaire public fuyait pour changer aussi, disait-il, la face de l'empire. Il avait rappelé à Lafayette que, dans les conférences qu'ils avaient eues ensemble, lorsque les amis de la Constitution se flattaient d'éteindre toutes les semences de discorde, il lui avait paru désirer un changement à peu près semblable à celui proposé par Siéyes ; qu'il avait même parlé de se rapprocher du projet trop exécré de Mounier. N'était-ce pas là un singulier rapport entre les motifs qui faisaient alors parler Lafayette et ceux qui faisaient maintenant agir le roi, et qui servaient de prétexte à sa fuite ?

Danton demandait encore à Lafayette comment il se faisait que les motifs qui avaient engagé le roi à déserter fussent les mêmes qui l'avaient lui-même engagé à proposer l'établissement de réunions politiques capables de détruire ces Sociétés de prétendus Amis de la Constitution, composés presque entièrement d'hommes sans aveu et soudoyés pour perpétuer l'anar-

(1) Voir dans Aulard, Jacobins, II, 531-537, le compte rendu de cette séance, d'après le Procès-verbal même de la Société, imprimé et distribué dans Paris. Le récit de Brissot [?] y fait de larges emprunts et en reproduit les expressions les plus caractéristiques.

chie. Et, reprochant au commandant-général ses persécutions contre certains journalistes, et le serment individuel qu'on l'accusait d'avoir reçu d'une portion égarée de la garde nationale, et sa conduite envers les citoyens du faubourg Saint- Antoine qui voulaient détruire le donjon de Vincennes, dernier repaire de la tyrannie, et la protection qu'il avait accordée aux assassins armés de poignards qui voulaient favoriser la fuite du roi à Saint-Cloud, et les dispositions que lui-même avait prises, dans ce jour mémorable, pour favoriser cette fuite, et la destitution arbitraire des quatorze grenadiers de l'Oratoire qui s'y étaient opposés, et le hasard qui ramenait, le jour du départ pour Varennes, cette même compagnie de l'Oratoire qui s'y était trouvée lors du projet de départ pour Saint-Cloud, il demandait enfin s'il ne fallait pas regarder Lafayette comme un traître ou comme un homme stupide, lui qui avait répondu de la personne du roi sur sa tête et l'avait laissé partir, lui qui croyait avoir acquitté sa dette et détruit tous soupçons de connivence et de complot en reparaissant avec ses ennemis d'hier, ses amis d'aujourd'hui, au milieu du club des Jacobins ?

Que répondit Lafayette ? rien (1). Il laissa monter Alexandre Lameth à la tribune. « Je remercie, dit celui-ci, M. Danton, dont je n'ai jamais parlé qu'avec estime, d'avoir provoqué une explication nette et franche de la part des membres de l'Assemblée nationale qui se retrouvent aujourd'hui dans cette réunion. On est étonné de m'y voir avec M. Lafayette ; on devrait plutôt s'étonner de ne m'y pas voir avec lui. J'ai toujours regardé M. Lafayette comme l'un des plus fermes soutiens de la Constitution; et quoique j'aie souvent blâmé sa conduite et parlé de lui avec âcreté, j'ai dit à M. Danton lui-même que si jamais la Constitution était en danger, M. Lafayette mourrait pour elle les armes à la main. » Puis Lameth conjura d'abjurer comme lui toute haine, de faire cesser toute division, et de déjouer ainsi toutes les manœuvres des ennemis de la liberté. Et alors Lafayette assura qu'il regardait les

(1) C'est une erreur. La réponse de Lafayette est dans le Procès- Verbal; il est vrai qu'elle est courte.

Jacobins comme les meilleurs amis de la liberté. Et Barnave prononça anathème contre tous ceux qui ne se réuniraient pas aux Jacobins, contre tous ceux qui ne sauraient pas sacrifier leur haine et leurs opinions particulières à l'intérêt public, contre tous ceux qui s'éloigneraient de la route tracée par la Constitution. Et Chapelier, Dandré, Duport, Beaumetz, Desmeuniers, Bailly, etc. firent chorus avec lui et dévouèrent à l'infamie tous les ennemis de la liberté ; et ils votèrent avec acclamation une adresse proposée par Barnave et destinée aux sociétés affiliées ; et ils s'écrièrent que rien n'était plus pur, plus dévoué, plus patriote que les Jacobins (1).

Et puis, à l'Assemblée nationale, c'étaient mêmes protestations d'union et de patriotisme: là aussi chacun s'embrassait; on renouvelait la comédie du Jeu de Paume.

Marthe Gouy et les autres députés colons profitaient de l'occasion pour reprendre les places d'où ils s'étaient volontairement exclus. Leur patriotisme, disaient-ils, les ramenait dans cette crise au milieu de leurs collègues. Marthe Gouy, royaliste au fond du cœur et patriote seulement par calcul, joignait la délation à l'hypocrisie, et rendait compte de quelques circonstances qui lui semblaient prouver que le roi avait pris la route de Senlis, et que c'était de ce côté qu'il fallait diriger les poursuites pour l'arrêter (2).

D'autres, pour sauver l'apparence du parjure et l'honneur de Louis XVI, et peut-être la responsabilité de Lafayette, voulaient qu'il eût été enlevé. Vains efforts ! Louis XVI était perdu sans retour ; aucune confiance ne pouvait plus reposer sur lui ; il ne pouvait plus être que le jouet des ambitieux et des intrigants. Que voulaient donc persuader en sa faveur ces mêmes sycophantes qui naguère affectaient pour sa personne un si profond mépris ? qu'il n'avait pas trahi son serment, ou que, s'il était parjure, il était inviolable (3) ?

(1) Voir le récit de cette même séance dans la lettre de Mro« Roland à Bancal, du 22 juin 1791. L'adresse très courte (douze lignes en tout) proposée par Barnave est dans Aulard, Jacobins, II, 538.

(2) Voir Moniteur du 23 juin et Patriote du même jour.

(3) Suit un long passage sur Goupil de Préfelne, tiré mot à mot du Patriote du 17 juillet 1791 ; je le supprime.

Mais quel était le but qui avait produit l'éclatante réunion opérée par la fuite de Louis XVI ? Où en voulait venir la faction Duport, amenant aux Jacobins les députés qu'elle avait le plus déchirés ? Toute division semblait avoir disparu, et malheur à celui qui n'eût vu dans cette comédie que de funestes présages I Et pourtant il ne fallait que quelques heures pour justifier le petit nombre d'hommes auxquels les réputations n'en imposaient point, et qui, dévoués depuis longtemps à la cause de la liberté, avaient appris à en connaître les faux amis. Non, les hypocrites ne comptaient point que Louis XVI fût ramené ; le chirurgien Mongins et le maître de poste de Sainte-Menehould n'étaient pas dans leur confidence, et les aristocrates qui se pressaient de nous dire qu'un plan de conciliation allait terminer tous les débats, ainsi que le travail artificieusement prolongé de la Constitution, dévoilaient déjà les articles du traité secret qui allait se conclure avec eux. On n'eut pas plutôt appris l'arrestation de Louis XVI que toute la cohorte de ces réconciliés ne parut plus aux Jacobins, rougit de ses déclarations patriotiques, et dénonça la Société entière comme une assemblée de factieux.

Cependant on chassait le peuple des environs des Tuileries, on ne laissait entrer dans les tribunes que les amis dévoués, qu'on reconnaissait à leurs cartes marquées du timbre de la bande ; le commandant-général, au lieu de les punir, semblait protéger les militaires qui dispersaient violemment les groupes où l'on osait parler de l'infamie des comités. Qui m'eût fait soupçonner que Lafayette prenait part à ces manœuvres, lui qui, quinze jours auparavant, me disait qu'il désapprouvait le projet des comités, et convenait avec moi de leur infamie ?

[Ceux qui dirigeaient ces comités étaient habiles en intrigues; ils en donnèrent mille preuves. Ils multipliaient les libelles, ils faisaient courir une Grande conspiration de Barnave, qui n'était qu'une plate apologie de Barnave ; ils faisaient circuler une feuille du soir sous le nom de celle qui avait le plus de vogue, feuille consacrée à leur panégyrique, pour tromper le peuple ; ils faisaient crier dans les journaux que le roi était

déchu de la couronne, quoiqu'il n'y en eût pas un mot dans le décret ; ils répandirent une pétition sous le nom de quarante mille personnes qui était entièrement de leur fabrique ; ils firent investir le Champ-de-Mars d'une forêt de baïonnettes, pour empêcher le peuple de s'y assembler et de faire une pétition ; sous prétexte de troubles imaginaires, ils multiplièrent les générales, les détachements, les patrouilles ! ! ! et tout cela, disait-on, était destiné contre les républicains ! Et ces manœuvres étaient exécutées sous les ordres d'un homme qui m'avait dit cent fois être républicain, qui se disait ami du républicain Condorcet, qui m'avait dit détester cordialement les vils individus avec lesquels il était alors coalisé, qui m'avait dit rejeter l'opinion même pour laquelle il avait voté la veille. Gomme je le déclarai alors publiquement, il ne pouvait plus rien y avoir de commun entre lui et moi. Je ne l'avais cultivé que par la foi que j'eus toujours dans son amour pour la liberté et les principes ; je devais rompre avec lui du moment où il ne voulait pas rompre lui-même avec une coalition qui n'avait d'autre but que de détruire la liberté, et qui n'était formidable que parce qu'il lui prêtait son appui. Lafayette reconnaîtra un jour ses torts et ses faiblesses; il reconnaîtra que, si l'on n'a pas toujours les bravo du peuple en allant sans cesse droit devant soi, en tenant constamment aux principes, au moins on a le témoignage de sa conscience, témoignage qui dédommage bien de toutes les horreurs qu'amasse sur la tête de l'honnête homme la fureur de ses ennemis] (1).

(2) Le roi, comme pour braver l'opinion publique et insulter aux décrets de l'Assemblée nationale, ne s'entoure que de prêtres non assermentés, communie près de l'un d'entre eux, et, comme pour essayer sa liberté et se préparer au plus long

(1) Ces pages sur Lafayette semblent aussi avoir été rédigées avec des coupures du Patriote Français. Voir notamment les numéros des 16 et 17 juillet 1791. J'ai mis entre crochets les parties manifestement empruntées au journal.

(2) J'ai déjà signalé, dans mon article de la Révolution Française d'août 1904, que les six pages qui vont suivre n'étaient évidemment pas à leur place. Elles semblent d'ailleurs avoir été faites avec des phrases découpées dans le Patriote des 20 avril 1791 et jours suivants.

voyage de Varennes, il fait annoncer son départ pour Saint- Cloud. Il veut partir. Le peuple l'arrête ; malgré leur commandant, les gardes nationaux, comprenant enfin leur devoir, protègent le peuple au lieu de protéger le départ du roi. Lafayette, irrité de ce qu'il appelle la désobéissance de la garde nationale, donne sa démission deux jours après, c'està-dire le 21 avril.

Je le vis le 22. Il me conta les particularités de l'arrestation du roi et de la séance du Département. Quand la voiture du roi fut arrêtée, Lafayette harangua d'abord le peuple et les gardes nationaux sur le respect dû à la loi; ils lui répondirent que, s'il y avait une loi semblable, elle était mauvaise, et qu'ils ne lui obéiraient pas. Alors il leur rappela le décret de l'Assemblée nationale qui permettait au roi de s'éloigner jusqu'à vingt lieues de la capitale. « Pas dans ces circonstances, s'écria un orateur. — Veto, répliqua un autre en s' adressant au roi. Sire, ajouta- t-il, pour votre sûreté et pour la nôtre, il faut rester. » Lafayette jura hautement que le roi partirait. Deux grenadiers, en lui présentant la baïonnette, répondirent : « Non, il ne partira pas. » Charton, membre du Département, a déposé qu'il avait vu un chasseur mettre en joue le général. Les gardes nationaux commençaient à s'indisposer.

Lafayette s'avança vers le roi ; ce fut là qu'il entendit les propos les plus violents, surtout contre la reine. Un grenadier

soldé la traita en face de f b ; un autre appela le roi

gros c ; un troisième disait, en montrant le Dauphin :

« Autrefois, quand ce bambin-là se promenait, on lui disait: Voilà tes sujets, tes soldats... On t'en donnera, maintenant! » Soit rage, soit douleur, la reine était en larmes.

Lafayette me dit qu'étant venu au Département, il demanda un ordre du D rectoire pour faire exécuter la loi par tous les moyens. (Camille Desmoulins prétend qu'il demanda la loi martiale. Garnier et ses pareils étaient prêts à la lui accorder. M Js D nton éta t là ; Siéyes et Talleyrand y étaient aussi. Camille ' esn oulins montre Lafayette, Bailly et Garnier terrassés par l'éloquence victorieuse de Danton, le réquisitoire

de Lafayette rejeté, Lafayette offrant sa démission, et Danton s'écriant qu'il n'appartenait qu'à un lâche de déserter son poste dans le péril ; qu'au surplus ce n'était pas le Département qui avait nommé Lafayette, et qu'il devait porter sa démission aux quarante-huit sections qui l'avaient fait général). Lafayette, en quittant le Département, revint vers la garde nationale, la harangua de nouveau, pria, ordonna et ne put rien obtenir. On lui répondit qu'on se moquait de lui, du Département et des écharpés. Il fallut, après deux heures d'attente, que le roi se décidât à rentrer au château.

De retour au milieu du Directoire, Lafayette engage ses membres à prendre une mesure vigoureuse et à aller à l'Assemblée nationale demander un décret. On lui promet tout ; mais tout change en un clin d'œil.

Le Département s'avise de convoquer les quarante-huit sections et leur pose cette question : « Faut-il, dans les circonstances présentes, prier le roi d'exécuter son premier projet, qui était d'aller à Saint-Cloud, ou le remercier d'avoir préféré de rester pour ne pas exposer la tranquillité publique ? » Question posée d'une manière absurde, ridicule ; mais on fait en même temps la fameuse adresse au roi, adresse vigoureuse, simple, énergique, laconique, qui va droit au fait, et la première qui était écrite dans le style d'un peuple libre (1).

Cette adresse, répandue à propos, dans laquelle on donnait vingt soufflets au roi, dans laquelle on le menaçait du conseil des quatre-vingt-trois départements du royaume, avait été combattue par La Rochefoucauld, qui ne voulait point la signer : il la trouvait trop violente. Plusieurs membres semblaient être de son avis. Garnier, surtout, s'y était opposé ; son ami Duquesnoy, en le défendant de cette opposition et de l'absurde et cruelle motion qu'on l'accusait d'avoir faite, ne put s'empêcher de peindre l'inconvenance du ton de cette adresse, et le danger de dégrader encore plus qu'elle ne l'était aux yeux du peuple la monarchie en ruine. La députation à l'Assemblée nationale était vêtu e^ de noir : « Nous portons,

(1) Cette lettre est dans le Patriote du 20 avril 1791 ; je ne la donne donc pas.

dit Garnier, ce deuil de la monarchie que nous a prédit Mirabeau, et qu'il ne croyait pas si prochain. » Ce fut ce motif, que le hasard amena, qui détermina la majorité en faveur de cette fameuse adresse dont Danton et Pastoret étaient les auteurs.

Ainsi, on laissait Lafayette dans l'embarras, en ne voulant rien statuer sur un point qu'il était urgent de décider. Mais Garnier d'Autun (2) proposait de poursuivre les journalistes que l'on accusait d'avoir ameuté le peuple. Cerutti empêcha cette poursuite vivement sollicitée, et combattue par plusieurs membres que Lafayette me nomma, entre autres Lacépède et Kersaint, qu'il me dit avoir rédigé l'adresse du lendemain aux citoyens de Paris, adresse plate et entortillée.

Après l'adresse du Directoire au roi, on ne devait pas s'attendre à celle-ci. Autant la première s'appliquait avec un juste discernement à la véritable cause du dernier désordre, à l'état de la question, autant la seconde s'en écartait et violait les convenances. Les alarmes des citoyens étaient fondées ; ils ne pouvaient s'attendre à rien de bon d'un pouvoir exclusif, presque entièrement livré aux ennemis de la liberté ; et lorsque, dans cet état de choses, il ne manquait plus, pour faire é,clater la guerre civile, que d'éloigner le roi de l'Assemblée nationale pour le livrer aux destructeurs de la Constitution, comment le Département pouvait-il faire craindre au peuple des suggestions ennemies, des craintes exagérées ou mensongères ? Il existe un fait. Le roi allait partir au milieu des plus grandes défiances, au milieu d'une accumulation de circonstances alarmantes, que le ridicule dont quelques politiques le couvraient ne détruisait point. Ce départ n'était pas annoncé, il était subit. Ceux qui le regardaient comme un malheur n'avaient pas le temps de délibérer ; il fallait, ou s'y opposer comme on l'a fait, ou le laisser faire ; et si Ton ne peut blâmer ceux qui ont regardé l'irrégularité de leur démarche comme un mal beaucoup moindre que le départ du roi, peut-on leur reprocher de ne pas avoir eu recours à la

(2) Il s'agit de Germain Garnier (1754-1821), député suppléant du Tiers, procureur- général-syndic du Département de Paris. — Je ne sais pourquoi Brissot l'appelle Garnier d'Autun.

voix des adresses, des pétitions, des députations ? Le temps ne le permettait pas, et les citoyens passifs ne pouvaient pas y avoir recours.

Que signifient ces mots : Citoyens ! pouvez-vous oublier la probité du roi ? Pouvait-on encore moins oublier qu'il était environné de malveillants ? Il avait juré de maintenir la Constitution ; mais prouvait-il bien l'envie de la maintenir, en s'environnant de ceux qui la détestaient ?

Voilà, n'en déplaise à Kersaint, les hautes considérations qui devaient bien moins échapper au grand nombre qu'à ces petits corps de délibération dont chaque membre craint d'attacher sur son front le conseil d'une démarche hardie, quoique les circonstances l'exigent impérieusement.

La nation était encore dans le travail de l'enfantement et livrée aux ennemis de la liberté. Les uns voulaient qu'elle avortât, les autres voulaient dévorer son fruit, et l'on voulait décourager, en la blâmant, en l'intimidant, cette force publique qui, n'ayant pas encore pu recevoir sa dernière organisation, avait cependant sans cesse besoin de toute son énergie.

La députation du Département vint à l'Assemblée nationale, et prévint ainsi la motion que l'on s'attendait à voir soulevée au sujet du voyage de Saint-Cloud ; elle surpassa les arrêtés qu'elle avait pris. L'un était cette absurde question destinée aux quarante-huit sections, et sur laquelle les sections répondirent qu'il n'y avait lieu à délibérer ; l'autre était le compte rendu de ce qui s'était passé et l'assurance que le roi, malgré l'assurance faite par le Département de seconder son voyage, avait préféré de rester : le roi allait venir leur donner un démenti à ce sujet. Puis elle communiqua l'adresse qu'elle avait faite, et le président, en lui témoignant la satisfaction de l'Assemblée, invita le Département à persévérer dans ses bonnes intentions.

Bientôt paraît le roi; il déclare venir au milieu de l'Assemblée avec la confiance qu'il lui a toujours témoignée. Arrêté la veille dans le projet qu'il avait formé d'aller à Saint-Cloud, il n'a pas voulu, dit-il, qu'on employât la force contre quelques hommes égarés, qu'il aime mieux ramener par la con-

fiance. Mais il importe à la nation, ajoute-t-il, que rien ne le gêne pour la pleine liberté de sa sanction et de son acceptation ; il faut donc qu'il soit libre d'aller où bon lui semble. Il assure, d'ailleurs, qu'il mérite la confiance du peuple, dont il ne cessera de vouloir le bonheur.

Chabroud lui répond assez poliment ; mais dans sa réponse, on distingue ces phrases : « Quelques inquiétudes sont inséparables des premiers progrès de la liberté. La liberté, votre personne et la Constitution, ce n'est qu'un seul intérêt pour nous. Evitons qu'une faction trop connue et bien dangereuse se mette entre le trône et le peuple. Là sont vos ennemis et les nôtres. Eloignez-les, Sire, et votre cœur paternel ne sera plus troublé. »

A ces mots adroitement dirigés, la salle retentit de Vive le roi ! Les membres de la droite étaient consternés ; ils n'applaudissaient pas.

Cazalès veut prendre la parole, on la lui refuse ; il insiste. Rœderer le somme de déclarer pourquoi, dans le côté droit où il s'asseyait, on n'avait pas donné un seul applaudissement au roi. Cette question eut de nouveaux applaudissements d'un côté, tandis qu'on lève la séance au milieu des murmures de l'autre.

C'était une véritable journée des dupes que celle-ci et, depuis le commencement de la séance jusqu'à la fin, l'Assemblée nationale avait constamment péché contre ses devoirs et sa dignité (1).

(1) Les pages qui suivent dans l'édition Montrol (304-328 du tome III), toutes relatives à l'affaire du voyage de Saint-Cloud, sont des découpures, sommairement arrangées, d'articles du Patriote Français (21, 22, 23 et 26 avril 1791). Je ne puis donc que les supprimer.

Viennent ensuite, dans cette même édition (p. 329-332), quatre pages sur les partis en 1792, que je supprime également, parce que, de l'aveu de M. de Montrol lui-même (Avertissement du t. III), c'est un morceau, non de Brissot, mais d'Achille du Chastellet. Elles sont d'ailleurs textuellement tirées du Patriote du 10 mai 1792, sans que rien, dans le journal, indique qu'elles soient de Du Chastellet plutôt que de Brissot.

Page 1