ETUDE CRITIQUE XIX
tellux, publié par Brissot en 1786, et son Nouveau voyage aux Etats-Unis, publié en 1791, ont fourni 87 pages.
B. — D'autres ouvrages de Brissot, Théorie des lois criminelles (1781), Traité de la Vérité (1782), ont été mis pour 15 pages à contribution.
C. — 49 pages ont été tirées des diverses brochures publiées par Brissot entre 1789 et 1793, — Plan de conduite pour les députés du peuple aux Etats- Généraux (11 pages), — Lettre de J.-P. Brissot à Barnave (4 p.), — Réponse de J.-P. Brissot à tous les libellistes (26 p.), — Réplique de J.-P. Brissot à Charles Thèveneau-Morande (2 p.), — Lettre de Brissot à ses commettants (6 p.).
D. — Mais la mine la plus riche, la plus inépuisable, que Montrol et Lhéritier ont exploitée sans se lasser, c'est la collection du Patriote français, le journal de Brissot. Un relevé fait année par année, jour par jour (et encore ne suis-je pas sûr, dans cette chasse aux emprunts, de n'avoir rien laissé échapper), me donne un total de 200 pages environ, prises çà et là dans le Patriote et plaquées au petit bonheur.
E. — D'ailleurs, les ouvriers de Ladvocat ne se sont pas interdit de butiner ailleurs. Tantôt, ce sont 6 pages sur le naturaliste Poivre, littéralement extraites de la notice consacrée à ce savant par Dupont de Nemours en 1786, — tantôt (20 pages environ) des emprunts au Moniteur (1), — tantôt la reproduction soit d'une brochure de circonstance faite par Brissot et Mirabeau en 1789 (10 pages), soit du fameux discours de Brissot du 10 juillet 1791, Le Roi peut-il être jugé ? (36 pages), discours qui n'était nullement inédit (2). Au total, 72 pages.
F. — Le long morceau contre Louis XVI intitulé : .Sur un roi honnête homme (t. IV, p. 120-216) et que Lhéritier nous donne comme tiré du « portefeuille de Brissot », ne peut décidément lui être attribué. C'est un ardent réquisitoire, écrit postérieurement à la condamnation de ce malheureux roi que
(1) Voir le détail dans mon article de juillet-août 1909.
(2) Paris, Imp. nat., in-8° de 27 pages. (M. Aulard l'a reproduit jn [extenso dans son Recueil des Jacobins, t. II, p. 608-626).
Brissot aurait voulu sauver. M. Maurice Tourneux a d'ailleurs fourni (Bibliographie, n° 21995) une preuve décisive de son inauthenticité, en faisant remarquer que l'auteur y cite une pièce, apocryphe d'ailleurs, tirée d'un recueil publié en 1803 (dix ans après la mort de Brissot !). Les explications que donne à ce sujet M. de Montrol (t. III, Avertissement, p. iv) sont des plus embrouillées, on peut même dire des moins sincères :
« Ce fragment, dit-il, n'a point été publié sur le manuscrit de Brissot, dont nous n'avions retrouvé que quelques feuillets incomplets, mais sur une traduction qui en avait été faite en anglais, soit par Mme Brissot, soit par M. Dupont, son frère, soit peut-être par miss Williams, qui, en traduisant ce fragment, semblerait l'avoir annoté, commenté et grossi, etc. »
Mais alors, Lhéritier n'aurait eu en mains qu'une traduction anglaise, et aurait pris la peine de retraduire en français ces 96 pages ! Quelle invraisemblance ! Et puis pourquoi mettre en cause la douce Mme Brissot, ou son frère, François Dupont, qui, passé depuis 1792 en Amérique, où il mourut vers la fin de 1793, avait bien d'autres affaires que de poursuivre la mémoire du roi ? Quant à miss Williams, qui eut, il est vrai, en 1803, le malheur de croire à l'authenticité de certaines lettres de Louis XVI et de les publier (1), on ne saurait vraiment lui imputer, à elle qui avait supplié Bancal des Issarts de ne pas voter la mort du roi (2), d'avoir, après le 21 janvier, « annoté, commenté et grossi » ce factum.
Donc, là encore, 96 pages à supprimer.
G. — Il ne faut pas oublier divers emprunts aux Mémoires secrets de Bachaumont et de ses continuateurs, contribution qui peut être évaluée à 9 ou 10 pages. C'est peu en soi, mais c'est intéressant comme indication d'un des procédés de Montrol.
H. — Puis vient une série de pièces soi-disant complémentaires, qui n'ont à peu près aucun rapport avec Brissot et ses Mémoires, et qui n'y ont été introduites que pour grossir la publication : ainsi, au t. I, p. 365-370, deux portraits de Marat,
(1) M. Tourneux, Bibliographie, n08 20828 et suiv.
(2) Souvenirs, p. 38-39.