AVANT-PROPOS III
conservés en partie, tout en faisant mes réserves dans les notes au bas des pages et en usant d'un plus petit caractère d'impression, forment les chapitres XVI, XVII, XVIII et XIX de mon édition.
Mais les deux parties vraiment intéressantes, documentaires, et certainement authentiques des Mémoires de Brissot sont celle qui précède cette lacune (chapitres I à XV de mon édition) et celle qui la suit.
Le récit de l'adolescence de Brissot fait comprendre, mieux que toutes les dissertations, ce que pouvait être, vers 1770, l'âme d'un jeune homme pauvre, intelligent, studieux, ambitieux de gloire littéraire et épris de beaux rêves d'humanité, imprégné de Rousseau sans avoir rien gardé de sa misanthropie. Ses débuts dans le journalisme, d'abord au Courrier de V Europe, puis pour son propre compte à Londres, abondent en renseignements qu'on ne trouve nulle part ailleurs ; son excursion en Suisse présente une jolie peinture, vive et touchante, de la société genevoise en 1782, lors des troubles qui amenèrent l'asservissement momentané de la petite république. Sa vie chez Clavière, ses relations avec Mirabeau, Bergasse, etc., nous font voir, avec des précisions curieuses, un des foyers où se préparait la Révolution.
D'autre part, le récit de son arrestation à Moulins est émouvant, et ses deux plaidoyers contre Saint- Just et Amar sont des morceaux d'une belle éloquence. C'est vraiment, pour parler comme les informateurs de 1793(1), un Testament politique. On y trouvera d'ailleurs, sur le rôle de Brissot pendant la Révolution, des informations précieuses, précisément pour l'histoire des années qui nous manquent.
Il me reste à indiquer comment j'ai disposé le texte :
(1) Voir plus loin, Étude critique, p. x.