LAURE
d’être conduit, épouse d’un Turcaret, sachant par cœur le roman des /ncas, et rompant des lances pour les Barmécides (1), parce que l’auteur les avait récités chez ‘elle après les avoir lus devant Louis X V,quiavait dit à la favorite: « Madame, cela vous a-t-il bien fait bâiller ? »
C'était encore une madame de Franconville (2), une madame de Fourqueux (3), fameuse par le rôle qu’elle avait fait Jouer à Musson (4) ; et puis avant tout, madame Du Deffand, qui avait formé mademoiselle [de] Lespinasse ; madame Dupin (5), chez qui Rousseau fit quelque temps l’humble métier de pédagogue et de copiste ; madame Helvétius (6) et madame Necker, que j'eus plus tard l’occasion de connaître, et qui me parut encore moins pédante que sa fille et son mari; et enfin madame Suard (7), qui tenait aussi son petit bureau, car ces femmes d’académicien et de procureur, de bourgeois et de grand seigneur, de contrô-
Jardins (Ibid., 23 décembre 1782). La Correspondance littéraire (XIII, 127) contient un portrait de Delille, écrit par elle.
(1) La première représentation des Barmécides de La Harpe eut lieu le 11 juillet 1778, quatre ans après la mort de Louis XV. D’autre part, d’après une note de M. de Montrol, c’est à la représentation d’un opéra, intitulé /sménor, que Louis XV aurait dit ce mot à la jeune comtesse d'Artois.
(2) Lisez de Franqueville ou plus exactement encore de La Tour- Franqueville, qui fut une des correspondantes de Rousseau. Voir sur elle la France littéraire de Quérard,et surtout Musset-Pathay, Hist, de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, t.II, p. 181-187.
(3) « Une virtuose présidant à un bureau d’esprit », disent les Mémoires secrets, 2 mars 1778 ; cf. 20 avril 1787. Elle a écrit deux romans.
(4) Ici, M. de Montrol donne en note l’historiette fort scabreuse à laquelle il est fait allusion. Elle est trop grossière pour être reproduite, et d’ailleurs M. de Montrol l’a prise toute entière dans les Mémoires secrets, 2 mars 1778. Musson était un peintre sans talent, mais grand mrystificateur.
(5) Mme Dupin de Chenonceaux (1702-1800). Voir sur elle les Confessions de Rousseau et G. Sand, Histoire de ma vie, t. I, p. 45 et suiv.
(6) Me Helvétius, née de Ligneville, morte en 1800, chez qui se réunissait, Vers la fin du xvirie siècle, la « Société d'Auteuil », Morellet, Cabanis, Destutt de Tracy, etc.
(7) Sœur de l’imprimeur-éditeur Panckoucke.
leur des finances et de simple financier, toutes voulaient avoir un bureau à présider. Le plus couru d’entre tous, comme on sait, était celui de madame Geoîffrin, que J'ai vu fermer (1}. Lui-même avait succédé à celui de madame
Doublet, dont on a beaucoup moins parlé (2).
C’est pourtant son salon qui avait servi de type à tous les bureaux pédantesques qui fourmillaient dans Paris. Elle seule peut-être aurait pu se le faire pardonner, si pareille réunion eût été supportable (3). Ce fut de sa maison que sortirent les prétendus Mémoires de Bachaumont, gazette littéraire et souvent scandaleuse, écrite sous la dictée de tous ceux qui venaient chez elle raconter le soir la chronique du jour. Bachaumont, sous le nom duquel on l’a publiée, y avait contribué pour beaucoup, ainsi que le vieil abbé Xaupi, homme d'esprit. qui ne croyait à rien, et s'était fait jansémiste pour être quelque chose (4). Mais il faut distinguer leur ouvrage, qui se réduit à quelques volumes, de l’ordurière continuation qu’on y a jointe, et dans laquelle on recueillait sans discernement et sans goût tous les bruits les plus invraisemblables, toutes les critiques les plus injustes, et où l’on attaquait indistinctement et sans raisons les hommes les plus célèbreset lesplus obscurs, depuis le vieux Voltaire jusqu’à un jeune et pauvre écri-
(14) Mne Geoffrin mourut en 1777.
(2) Mme Doublet de Persan (1677-1771), femme d’un maître des requêtes, intendant du commerce en 1734. Tout a été dit sur son salon, d’où sortirent, en effet, les Mémoires secrets, commencés par Bachaumont en 1762, et continués après sa mort (1770) par divers littérateurs jusqu’à 1787. Cf. Hatin, Hist. de la presse, p. 460 et suiv.
(3) Un passage d’une lettre de Petion à Brissot peut faire présumer que madame Doublet était originaire de Chartres,et parente du docteur Doublet, dont il a été question tout à l’heure (Note de M. de Montrol).
(4) « L’abbé Xaupi que j’ai connu en 1778, s’est tué en descendant de voiture ; c'était le doyen des abbés et des beaux esprits de son temps ; il aVait quatre-Vingt-douze ans.» (Note de Brissot). — Joseph Xaupi (1688-1778), d’abord chanoine à Perpignan, était deVenu doyen de la Faculté de théologie de Paris.
vain, qui s'appelait Brissot.,et dont on voulait salir le nom avant qu’il en eût un (1).
La maison de madame Doublet avait été ouverte pendant un demi-siècle à tous les gens de lettres qui s’y étaient présentés. Elle recevait particulièrement des savants et beaucoup de médecins. A force de causer avec ceux-ci, sa petite-fille, qui allait beaucoup chez Favart, et qui avait épousé le frère de l’abbé Voisenon, devint folle de médecine, et voulut traiter tout le monde, ses gens, ses amis, ses amants ; il paraît que deux ou trois de ces derniers furent horriblement maltraïités. C’est cette même dame Voisenon qui, au temps où les mystifications étaient à la mode, reçut un jour le diplôme de président de la Faculté de santé : on avait fait imprimer exprès une gazette pour lui bien persuader sa nomination. Cette gazette fut copiée sérieusement par d’autres : le Journal des Savants répéta même son discours de réception, ou plutôt sa lettre d’acceptation, et cela fit rire tout Paris. Faut-il que je fasse ici un nouvel aveu ? Cette anecdote et beaucoup d’autres de ce genre, que Guillard avait retenues, devaient figurer dans un nouveau Pof-pourri, mélange de prose et de vers, et que nous voulions composer à l’époque où il était encore question d’une comédie intitulée Les Bureaux d'esprit (2), comédie qui n'aura probablement jamais été représentée que sur des théâtres de société, et dont Rutledge (3), qui s’est distingué dans ces derniers temps par son enthousiasme pour notre révolution et sa haine contre Lafayette, se prétendait l’auteur; on lui a depuis disputé cette pièce(4), ainsi que plusieurs autres ouvrages, qu'il s’attribuaïit,
(1) Voir notamment 14 février 1785 (t. XX VIII). (2) Le Bureau d'esprit, comédie en 5 actes et en prose, 1777.
(3) Le chevalier baronnet James de Rutledge, irlandais d’origine (1743-1796).
(4) On l’attribuait aussi à Mercier (Quérard).
dit-on, parce que personne n’osait alors en prendre la responsabilité.
Ainsi ma lettre de cachet ne m'avait pas servi de leçon. J’allais donner encore carrière à mon humeur satirique. Cette fois, il est vrai, je n’attaquais que des travers d’esprit, et Je le faisais, je crois, avec décence et bon goût. Mais je compris qu’il fallait laisser le fouet de la satire aux mains de Gilbert ; que ce n’était point à cette littérature qu'un esprit grave et philosophique devait jamais s’adonner ; que le plaisir de plaisanter aux dépens de quelques ridicules ne pouvait éloigner l’idée de la peineet peut-être du tort que l’on causait aux personnes ridiculisées. Guillard, malgré le prix avantageux qu’un libraire lui avait déjà offert de notre ouvrage, partagea mes sentiments, et ne balança point à jeter au feu l’œuvre commencée. Cette bonne action doit excuser et faire oublier la mauvaise action qui l’avait amenée. Je crois que notre conduite était d'autant plus méritoire que l’un et l’autre nous étions bien loin d’avoir de l'argent à jeter.
La pauvreté n’était pas mon plus grand malheur ; il fallait emprunter et, pour séduire mes amis, il fallait en imposer sur mes espérances futures. Ce rôle humiliant déchira souvent mon âme. Oh ! combien de fois je regrettai de ne pas savoir un bon métier qui me rendît complètement indépendant en me conservant toutefois les idées et les connaissances que j'avais ! Cette époque de ma vie est celle dont le souvenir m’attriste le plus ; je n’y trouve que misère cachée sous l'apparence de l’aisance, liaisons dangereuses, expédients peu délicats, tels que celui que je viens de rappeler, et dont il auraït été presque pardonnable à mes yeux de profiter.) Ah ! je remercie le ciel d’avoir préservé mon
cœur de plus grands vices et des fautes auxquels la détresse peut quelquefois vous pousser. Je frémis encore en y pensant. À quoi l'indigence ne peut-elle pas conduire une jeunesse imprudente ! et combien ils étaient coupables, ces prêtres scélérats qui, me séparant de ma famille, voulaient me séduire par la force à abjurer mes opinions !
Guillard s’était lé avec une jeune actrice de l'Opéra qui était alors dans son début. Il s’essayait pour ce théâtre, mais n'avait pu encore y produire aucun ouvrage. Il faut rendre Justice à sa maîtresse, elle était loin d’avoir les vices de ses semblables, et c'était même par une espèce de vertu qu’elle s'était arrachée à toutes les séductions pour vivre avec Guillard.
Elle avait une compagne : il fallait lui donner un second, et mon poëête, peu scrupuleux sur les moyens, n'eut pas de peine à faire naître une liaison qui m'a coûté bien des regrets, bien des larmes, et sur laquelle je dois jeter ici un voile.
La mauvaise compagnie où nous étions lancés devait nous faire tomber tôt ou tard dans un précipice, Je suis encore à concevoir comment Je l’ai évité. Cependant mon penchant à obliger, au milieu de mon malheur, m'attira une bien cruelle affaire. Un de ces goûts éphémères que se permettait trop souvent Guillard nous avait liés avec un baron allemand, couvert, de dettes, et réduit aux plus fàcheux expédients pour vivre. Guillard m’engagea à m'intéresser à lui. Le baron soutenait un procès dont l’objet me paraissait juste, et il avait des espérances assez fondées sous d’autres rapports. Je l’adressai à un bijoutier que Jj avais connu lorsque je travaillais au Palais ; il m'avait rendu quelques services et je croyais à sa probité. Le bijoutier vint me voir, me dit qu'il n'avait pas d'argent, mais qu'il avait des bijoux, qu'il les vendrait volontiers au baron à crédit, que celui-ci pourrait emprunter sur ces gages ; il
m’ajouta que, malgré la solidité des süretés qu’il lui offrait, il ne conclurait rien sans mon consentement. Je répondis à cet homme que cette condition était doublement extravagante, premièrement parce que le baron m'était étranger, parce que je ne l’avais lié avec lui que pour procurer à l’un du pain, à l’autre une affaire lucrative ; et secondement parce que j'étais mineur (1). Le brocanteur ne s’arrêta point à ces raisons ; il me dit que ma minorité ne l’inquiétait point, parce qu’il connaissait ma bonne foi; je persistai dans mon refus ; mais le baron se jeta à mes genoux, me promit tout ; Guillard se joignit à lui ; je n’ai jamais pu résister à des larmes, et je cédai. Le subtil brocanteur, abusant de son ascendant sur nous, prit tous les moyens pour me bien lier, et pour tromper le baron. Il lui vendit d’abord ses bijoux six fois plus qu’ils ne valaient ; il exigea quatre ou cinq sortes de billets, mon cautionnement, et cela ne lui suffit pas ; il me dit qu’il serait possible que le baron nous trompât tous deux, et que pour le lier bien complètement il fallait lui faire passer une lettre de change de cent louis, à mon ordre, laquelle resterait entre mes mains. Cette lettre, ajouta-t-il, vous mettra à portée de le faire arrêter, s’il manque de parole. Comme je répugnais à ce moyen, il me dit qu’il se chargeait de l’arrestation, avec un endossement. Encore une fois, je croyais à son honnêteté ; je souscrivis à tout ; le baron fit la lettre, et je la gardai ; quelques jours après, je rencontre le bijou- Lier, qui me fait entrer dans un café. Là il me raconte que nous sommes pris pour dupes, qu’il a de bons renseignements, que le baron n’est qu’un escroc, qu’il est urgent de le faire arrêter. Je ne doute pas un instant de la véracité de mon homme ; il me presse de lui remettre la lettre, Je fais d’abord quelques difficultés ; le fourbe connaissait
(1) « En droit, on est mineur jusqu’à vingt-cinq ans » (Dict. de Trévoux).
mon caractère, 1l persiste, et je cède encore. Telle était mon aveugle confiance en sa probité, que je lui remets la lettre
de change avec mon endossement valeur reçue, sans même
exiger un reçu de lui, qui constatât que cet endossement n'était que simulé. On m'a peint dans ces derniers temps comme un homme fin et défiant ; le trait que je rapporte prouvera combien ce portrait est faux. On se corrige peu d'un pareil penchant, et, arrivé à l’âge de quarante ans, ce n’est qu'avec de violents efforts que je puis quelquefois me vaincre et me permettre quelques défiances.
On a dit que la confiance était le partage des âmes supérieures. Cette maxime devient fausse en la généralisant trop, car cette confiance aveugle caractérise aussi fort souvent l’étourderie et l’irréflexion.
Quoi qu’il en soit, mon penchant à la confiance ne tient ni à l’orgueil, ni à l’étourderie ; il est inné dans mon âme, et je ne puis m'en détacher. Il tient, je crois, à ce caractère de bienveillance et de facilité dont j'ai déjà parlé.
Quelques jours s’écoulent. J'apprends, avec le plus grand étonnement, que le bijoutier veut poursuivre, non seulement le baron, mais moi-même. Rien n’égale ma surprise que ma terreur. Je vis le piège qu'il m'avait tendu, Je vis l’orage qui allait m'’atteindre, et je me hâtai de le prévenir.
J'étais alors lié avec le comte Schmettau, fils de ce maréchal Schmettau, dont les services avaient été si utiles au
roi de Prusse (4). C'était un vrai philosophe, quoique bien
(1)jLe comte de Schmettau (1684-1751), feld-maréchal d’abord au serVice de l'Empereur, puis à celui du roi de Prusse, Frédéric IL. Je ne sais rien de son fils, sinon qu’il était assez répandu dans le monde de Paris ; une note de Gorsas, dans son « Cri public contre Beaumarchais », le montre lié aVec le peintre Aubry et Ddudet de Jossan, l’amant de Me Kormann. C’est lui qui (d’après Barbier et Quérard) aurait été l’auteur de la première traduction française*
de Werther, qui parut en 1777 sous le nom d’Aubry (et dont l’ Année
littéraire de 1778 rendit compte; Cf. Journal des Savants, avril 1778).
jeune encore ; un vrai républicain, quoique homme de qualité. I1 m'avait donné plusieurs fois d’utiles conseils ; il avait même contribué à me faire recevoir dans une loge allemande de franc-maçonnerie. Je m'étais toujours moqué du secret de cette institution, qui ne me paraissait utile que pour le plaisir. Schmettau entreprit de me convertir. Pouvez-vous m'’assurer, lui dis-je, que cette association ait un but utile à l'humanité, tel que celui de perfectionner les sciences ou le bonheur de l’homme, ou le délivrer de ses tyrans? Si cela est, je me fais demain franc-macçon. Il me répondit que ses serments l’empêchaient de trahir le secret de cette société, mais que je ne serais pas trompé dans l’objet de mes vœux, si je voulais y entrer. — Sur ce mot, je consentis ; je passai par toutes les épreuves, je fis d’horribles serments ; mais soit que je n’aie pas été assez avancé dans les grades, soit qu’au fond ce ne fût que pure niaiserie, mon attente a été f.ustrée. Mon ami Bonneville (1) et Thomas Paine (2), à qui je racontai cette anecdote, et qui se piquent de posséder tous les secrets de l’ordre, m'ont depuis assuré que je l'avais fort mal jugé.
Puisque j'ai prononcé le nom de Bonneville, que je consacre quelques lignes en tribut à l’estime qu’il m'a inspirée. Je parlerai plus tard de Thomas Paine. Profondément instruit dans toutes les langues de l’Europe, Bonneville a fait connaître à la France la littérature allemande, qu’on méprisait trop avant lui (3). Il a aidé Letourneur dans sa traduction de Shakespeare, et son secours n’a pas été inutile à Luneau [de] Boisjermain (4). Original, bizarre, si l’on veut,
(1) Nicolas de Bonneville (1760-1828), littérateur et publiciste bien connu, surtout par son rôle dans la Révolution, où, aVec Fauchet, il avait fondé le « Cercle social » et rédigeait la Bouche de fer.
(2) Tomas Paine (1737-1809). Trop connu pour qu'il y ait lieu de lui consacrer une note.
(3) Nouveau théâtre allemand, 12 vol. in-8°, Paris, 1782.
(4) Polygraphe fécond (1732-1801), qui a publié, entre autres ouVrages, un cours de langue anglaise, 1784, 1787. « Luneau de
dans son style et ses idées, son esprit enthousiaste l’a porté dans la mysticité franc-maçonnique, et il en discourt comme un illuminé; ilamême publiéun long ouvrage sur ce sujet(1), que je lui demande pardon de n’avoir jamais pu lire ; mais ardent apôtre de Révolution, et digne de la servir comme elle doit être servie, il employa tous ses talents à seconder son essor. Vrai philosophe, véritable ami du peuple, véritable ami de la liberté, il n’a point dépassé les bornes nécessaires. Comme Thomas Païne et beaucoup d’autres, pour l'honneur de la République, il a mérité la haine de nos plus affreux anarchistes (2); puissent-ils échapper à la proscription, que, sous le règne des Tibère, le courage et la vertu ne sauraient manquer d'attirer sur leurs têtes !
Je reviens à l’histoire du bijoutier. Schmettau, indigné au récit que je lui fis, me proposa de me transporter aussitôt chez lui pour le forcer de rendre la lettre de change, j y consentis. Schmettau parla à ce vil coquin avec cet ascendant que donne la vertu, et que donnait alors la naissance sur les hommes de cette espèce. Il le menaça du lieutenant de police, d’une lettre de cachet; Verrier(3), effrayé, consentait bien à me donner un reçu qui attestait que je n’avais pas touché la valeur de l’endossement. Le comte voulait la lettre de change, parce qu’il craignaïit que, si elle était cédée à un tiers, je ne fusse mis en prison ; mais le bijoutier tint ferme et je n’eus ni la lettre de change ni le reçu. Le comte Schmettau alla aussitôt chez le lieutenant de police, qui promit et ne tint pas parole. Je rendis plainte du vol,
BoiSjermain s’adjoignit Bonneville pour sa traduction interlinéaire de Télémaque » ( Biogr. Rabbe).
(1) La maçonnerie écossaise comparée avec les trois professions et le secret des Templiers du XIVe siècle, 1788, 2 Vol. in-8°.
(2) Dénoncé à la Convention, dans la séance du 18 mai 1793, par Levasseur et Marat, défendu par Lanthenas (Moniteur, XVI, 420), il fut emprisonné peu après, et élargi après Thermidor.
(3) Brissot nomme ici le biioutier auquel il avait affaire.
mais n'ayant aucun moyen pour suivre ma plainte, elle tomba dans le néant.
Le bijoutier allait m’arracher ma liberté, lorsqu'un événement inattendu vint me soustraire à ses poursuites. Avant de le raconter, je veux finir l’histoire de cette escroœuerie, qui n’a été terminée que dix années après. |
Pendant mon absence de Paris (1), le bijoutier obtint une sentence de prise de corps contre moi ; j'en interjetai appel au Parlement et, fondé sur ma minorité, je demandai un arrêt de défense contre l'exécution provisoire. L'arrêt me fut accordé ; ce fut un coup de foudre pour mon adversaire ; mais il n’en fut pas atterré. A l’affût des occasions pour renouveler ses poursuites, il saisit le moment où je me présentai au barreau de Paris ; c'était en 1782. Il me dénonça à cet ordre si ridiculement rigide ; 1l était déja question de me rayer de la liste du stage à cause de ma Théorie des lois criminelles. La tracasserie nouvelle du bijoutier, jointe à toutes celles que j'éprouvai, me fit abandonner la robe. |
Je croyais cette affaire entièrement oubliée, lorsqu'en 1791, immédiatement après mon élection à la législature, ce bijoutier, réduit à l’état de domesticité par la banqueroute qu’il avait faite, m’adressa une lettre menaçante. Il me disait que mes ennemis lui avaient marchandé ses papiers pour publier de nouveaux libelles contre moi, qu'il s'était constamment refusé à leurs offres quoiqu’elles fussent infiniment avantageuses, qu'il allait éclater si je ne le payais pas.
Je crus d’abord à ce trait de générosité, et j'étais sur le point d’en être la dupe ; mais quelques renseignements m'apprirent que cette générosité n’était que feinte, et quoique accablé de libelles, quoique environné d’ennemis,
(1) Pendant son premier retour à Chartres, c’est-à-dire en 1777.
quoique convaincu que ce procès les égayerait à mes dépens, fort de ma conscience, je résolus de le suivre ; le tribunal auquel il fut porté confirma mes espérances en déclarant nulle la lettre de change. |
Cette histoire doit être une leçon salutaire pour mes enfants. Elle doit les mettre en garde contre la bienveillance même, qui n’est souvent qu'une vertu funeste dans la corruption où nous sommes plongés. Elle doit les engager à ne jamais souscrire d'obligations, ni prendre des engagements sans en bien connaître l'étendue et les conséquences.
J'ai annoncé un événement qui m'avait soustrait aux poursuites de mon fripon de bijoutier. La guerre déclarée par la France à l'Angleterre pour soutenir. l’indépendance des Etats-Unis de l'Amérique le fit naître. Cette guerre avait déjà exercé ma plume : je m'étais amusé aux dépens du cabinet britannique dans une brochure qui fit alors quelque bruit ; elle avait pour titre : Testament politique de l Angleterre (1). Rien n’était plus propre que cet écrit à donner la confiance à notre nation,-à faire apprécier l’extravagance de lord North et de ses adhérents, à inspirer le respect pour les principes des Américains. J'étais fondé à croire que sous ces rapports elle plairait au comte
de Vergennes, qui avait décidé le cabinet de France à cette
(1) Testament politique de l'Angleterre (sous la fausse rubrique de Philadelphie), 1779-1780, in-12 (Quérard). Mais cette date de 1779-1780 indique nécessairement une réimpression, puisque c’est sur la lecture de ce pamphlet que Swinton vint embaucher Brissot et l'emmena à Boulogne (avril 1778). L’exemplaire que j’ai en mains (in-12 de 102 pages, sous la rubrique de Philadelphie) porte la date de 1781, sans indiquer que ce soit une édition nouvelle, Enfin l’ Année liléraire de 1780 (t. VIII, p. 145-172) fait déjà de cet ouvrage un compte rendu très élogieux : « Excellent pamphlet, vues lumineuses..…., un homme de beaucoup d’esprit, un écrivain exercé, un politique, un penseur... »
rupture. Le manuscrit lui en fut présenté, mais il avait tellement peur d’irriter les Anglais et d’accoutumer les esprits français à la politique, qu’il en défendit expressément la publicité. Sa défense ne m’arrêta pas, et grâce aux presses de Neufchâtel, qui se chargeaient alors d'éclairer la France malgré les ministres, le Testament politique de l'Angleterre vit le jour.
Il tomba entre les mains du propriétaire du Courrier de l’Europe, feuille que rendaient piquante son impression en pays étranger, l’espèce de liberté qu’on lui supposait, et la nouveauté des scènes parlementaires qu’on y décrivait, enfin l'intérêt des nouvelles politiques qui s’y trouvaient. Jusqu'au moment de la publication du Courrier, l'Angleterre avait été véritablement une terre étrangère pour le reste de l'Europe. On ignorait presque tout ce qui se passait dans son sein. On ne connaissait guère sa constitution que par les écrits de Montesquieu, ou par les récits frivoles des voyageurs qui allaient passer quinze Jours à Londres pour le compte de quelques libraires, et revenaient à Paris débiter leurs relations. Les gazettes hollandaises auraient pu suppléer au vide total des faits et des documents, mais leurs'fragments mutilés, traductions informes des gazettes anglaises, étaient si défectueuses, si fatigantes, si confuses, qu’à peine pouvait-on les lire, et lorsqu'on les avait lues, c’était un chaos où l’on s’apercevait bien qu'il n'y avait rien à prendre. Un Français (1), homme d’esprit, avait entrevu dans tous ces motifs, et dans la nécessité où étaient les gouvernements du continent de connaître les affaires de l’Angleterre, les éléments d’un grand succès pour un journal. Il résolut de le fonder. Il sentit tout le parti qu'il pouvait tirer de l’amas immense des feuilles quotidiennes et périodiques que Londres voit éclore, pour
(1) Serres de la Tour. Voir la note de la page 92.
composer à Londres même un journal français. Il annonça son plan, qui fut partout goûté, même en France ; il leva les obstacles qu’il avait d’abord éprouvés, et fit adroitement sentir de quelle utilité ce journal pouvait devenir pendant le cours de la scène sanglante qui allait s’ouvrir. Il était extraordinaire sans doute qu'un étranger allât s’établir en Angleterre pour de là divulguer les desseins de l’ Angleterre. Il ne dut pas sembler moins étrange qu’un Anglais s’associât à cette publication fatale à son pays, et qu’il fournît les fonds nécessaires pour l’entreprendre.
On prétend, et Voltaire l’a répété dans sa préface de Zaïre, qu'il n’y a point de commerce qui déshonore à Londres. Celui du Courrier de l'Europe pouvait paraître peu patriotique, mais en se rappelant que les Hollandais fournirent eux-mêmes aux vainqueurs de Berg-op-Zoom les poudres qui firent prendre cette ville, on pardonnait à un spéculateur d'échanger les secrets de son pays contre l’or d’un pays ennemi : car l'or n'a point d’ennemis, disait-on sans doute. Cet or se dépensait à Londres, c’était tout bénéfice pour Londres. Ce calcul n’est peut-être pas tout à fait celui des Romains : mais les Romains n’étaient pas marchands.
L’entrepreneur du Courrier de l’Europe était Swinton. Il s'était associé à Deserre-Delatour, auteur du plan de ce journal, pour le faire imprimer. Il y mettait son argent, son industrie, l’autre y mettait son esprit. Ce fut lui qui, après la lecture de mon Testament politique, se transporta chez mon libraire, prit mon adresse, et vint me rendre une visite. Grand, bien taillé, d’un embonpoint considérable, il avait cet air de gravité qui caractérise les Anglais, et cette mise simple, mais riche, qui annonce l’homme fortuné ; il ne s’ouvrit pas d’abord sur son projet, mais il me parla vaguement du besoin qu’il avait d’un homme de lettres, actif, un peu versé dans la politique, sachant l'anglais, et
qui fût disposé à quitter Paris pour se fixer dans la province, ou même passer la Manche. Il n’offrait pas d’abord de grands appointements, mais 1l promettait de les augmenter. Guillard aurait bien désiré profiter d’une pareille occasion ; 1l aimait le changement, et il se promettait, dans ce nouvel ordre de choses, une abondance de bonnes fortunes. Mais Swinton, comme depuis il me l’a dit, craignait sa morale relâchée, sa légèreté, son goût pour les femmes ; il crut voir plus de solidité dans mon esprit, plus de sûreté dans mon caractère, et il me donna la préférence. Dès que son mot fut prononcé, je ne lui demandai plus rien: je quittais Paris. C'était mon suprême bonheur ; j'étais las de vivre dans le bourbier où mes connaissances m’avaient plongé. Ce n’était pas la misère qui me pesait ; j'avais assez de force pour la supporter ; mais, lorsque je rentrais en moi-même, ma Conscience me reprochait ma vie actuelle, mon désordre, elle me faisait entrevoir l’abîme où j'allais tomber. Je regardais donc Swinton comme mon libérateur ; il voulut faire des conditions, Je ne voulus en entendre aucune : on ne fait pas de conditions avec son père, et je le regardais comme le mien. Il me donna de l’argent pour régler mes affaires ; je payai toutes les dettes de notre petite communauté, je partageai le reste avec Guillard et
les personnes qui vivaient avec nous, et Je partis l'âme
satisfaite (1).
En disant adieu à Paris, en sortant de ses. barrières, il me sembla être déchargé d’un poids énorme. Comme la campagne me parut belle! Comme l’air me semblait pur ! C'était une volupté pour moi de le respirer.
Cependant je l’abandonnais dans un instant où tout autre que moi eût peut-être été désolé d’en sortir. Jamais Paris n'avait été plus brillant, plus animé ; jamais la vie
(1) Le 13 avril 1778, comme on va le voir plus loin.
n’y avait été plus remplie d'activité et d'émotions, de ces émotions qui agitent l'âme d’un peuple élégant, poète et philosophe. Au milieu de vingt autres circonstances propres à intéresser, c'était le moment du séjour de Benjamin Franklin et de Voltaire, le moment où chacun se portait encore sur les pas du législateur américain et le poursuivait
Jusqu'à sa retraite de Chaillot ; le moment des repré-
sentations d’/rène et des triomphes de son immortel auteur.
J'avais assisté à la première représentation d’/rène (1). Elle ne fut pas tout à fait un triomphe pour le génie de Voltaire, et n’aurait pas dû l’abuser sur A gathocle, que dès le soir même il préparait, dit-on, pour la scène. Dans deux lettres adressées au Courrier de l Europe, et qui devaient être mes débuts à ce Journal, Je rendais compte de cette tragédie, de sa représentation et des incidents qui s’y rattachaient. On n’osa pas les imprimer. L’éloge que je faisais du poëête, la respectueuse critique que Je me permettais sur son ouvrage, n'étaient point la cause de cette interdiction. Mais, au milieu des applaudissements prodigués à la pièce, Je parlais des applaudissements prodigués à MM. Bourbon et Condé (2) lorsqu'ils parurent dans leur loge, et du silence qui accueillit Marie-Antoinette et M. d'Artois, lorsqu'ils arrivèrent à leur tour au spectacle. J’expliquais à la fois ces applaudissements et ce silence. On sait que MM. Bourbon et d'Artois avaient été le matin au bois de Boulogne pour terminer un différend... Je racontais cette affaire avec une foule de curieux détails que je devais au hasard, mais à un hasard de bonne source. Swinton craignit de Se compromettre en publiant mes
(1) 16 mars 1778.
(2) Le duc de Bourbon et son père, le prince de Condé. Le premier Venait, le matin même, de se battre en duel avec le comte d’Artois, pour une querelle longuement racontée dans les Mémoires de Besenval.
lettres ; arrangées sous une autre forme, elles sont restées dans mes papiers (1).
En sortant de voir {rène, on me montra, dans le vestibule, les petits-fils de Franklin, qui avaient assisté à la représentation. J'avoue que je ne retrouvai point en eux l’image que Je m'étais faite des simples Américains. C’étaient des petits-maîtres français, portant l’épée et les talons rouges. J’ai été accueilli depuis par l’un d’eux sur la terre qui l'avait vu naître, et je dois dire que rien ne rappelait en lui cette frivolité, ni ces concessions d’un moment à la mode d’un pays étranger.
Je ne pus parvenir à rencontrer Franklin qu’une seule fois, pendant le séjour qu’il fit en France (2). Chose singulière, c'était chez Marat (3). Mais, grâce au ciel, J'ai joui du bonheur de le voir et de l'entendre en Amérique, au moment même où il échappait au tourment de la pierre, qui avait failli l'enlever (4).
Avant de quitter définitivement Paris, Je ne dois pas oublier une autre bonne fortune qui m'arriva le jour même de mon départ. Avec Franklin, qui y résidait depuis près de deux ans, Voltaire faisait alors l'admiration de la capitale, et y recevait à la fois les hommages des gens de lettres, des grands seigneurs,
(1) Il semblerait, d’après une note de Montrol, qu’il avait en mains ce récit de la main de Brissot. Il ne l’a pas donné.
(2) Franklin resta en France de 1776 à 1785.
(3) Voir, sur Franklin chez Marat, A. Bougeart, Marat, l’ami du peuples st. 1 D; 120.
(4) Ici, M. de Montroi avait intercalé 26 pages sur Franklin, empruntées fextuellement au Nouveau Voyage dans les Etats-Unis, publié par Brissot en 1791 (t. I, p. 311-337), et dans lequel celui-ci avait déjà introduit un de ses articles du Patriote du 13 juin 1790. Je supprime tout ce morceau
PARIS (2° SÉJOUR) 1777-1778 143 de tout ce que la cour et la ville renfermaient de plus distingué. Il n’était bruit que du grand homme, de ses conversations, de ses saïllies, de son Jrène, de tout ce qu’on faisait et disait autour de lui ou à son occasion, et de la mauvaise humeur de Louis XVI, et des cabales du clergé.
J'étais un matin chez un confrère de M. Aucante, M. Horeau (1), chargé de terminer une affaire embrouillée, qui les divisait, et dont j'avais eu anciennement la clé. C'était une mission que j'avais acceptée par complaisance, et que je m’applaudis vivement de n’avoir pas refusée.
M. Hureau était la tête la plus forte, l’esprit le plus fin, le procureur le plus retors qu’on pût voir au Parlement ; hors de là, l’esprit le plus borné, le plus épais, l’ignorant le plus encroûté qu’on pût trouver en France.
Pendant que je dissertais diplomatiquement au nom de celui qui m’envoyait, il entra un vieillard d’une taille élevée, à l’œil vif et perçant, au regard d’aigle ; homme sec et droit, malgré son grand âge et une figure souffrante, et qui tenait entre ses mains une canne à bec à corbin, sur laquelle il semblait à peine avoir besoin de se soutenir. Il venait demander des nouvelles d’un procès arriéré, et dont il indiqua l’objet. Je n’ai rien oublié de lui: une large robe de chambre bigarrée enveloppait son corps; sa tête était au fond d’une vaste perruque noire, surmontée d’une espèce de bonnet carré. C’était bien là le plus bizarre accoutrement que j'aie vu de ma vie.
Hureau commença par lui faire répéter le sujet de sa visite. « — Je vous demande, dit le vieillard, où en est le procès que M. de Voltaire vous a chargé de poursuivre, il y a quelques années, et dont il n’a plus entendu parler. » A ce nom de Voltaire vous m’eussiez vu tressaillir de la tête aux pieds. Mon
(1) On ne trouve pas, aux Almanachs royaux, le nom de Horeau parmi les procureurs au Parlement de Paris. Il faut certainement lire Hureau (Alm. roy. de 1775, p. 596). L’anecdote est d’ailleurs rapportée dans les Mémoires secrets (t. XI, p. 184, 6 avril 1778), et ils disent Hureau. Je ferai de même.
procureur ne s’en émut pas plus que s’il eût été question de Pierre ou de Jérôme ; il alla à ses dossiers.
« Je ne me rappelais plus, dit-il en revenant, que j'avais M. de Voltaire au nombre de mes clients. Que fait-il donc à son Ferney ? — A son Ferney, répondit le vieillard, il cherche à éclairer le monde et, depuis qu’il est ici, il s’aperçoit que la lumière n’est pas encore universellement répandue. — Quoi! serait-il à Paris ? » réplique Hureau. Alors je vis passer sur les lèvres du vieillard ce rire sardonique qui me l’avait déjà révélé.— « Oui, Monsieur, il est à Paris, et chez vous, quoique vous n’aÿez pas l’air de vous en douter. » En effet, le rustre chicaneur ne témoignait pas plus d’égards à l’illustre visiteur que s’il se fût agi du plus obscur particulier. Il se civilisa pourtant, car si pour Hureau l’homme de génie n’était rien, il voyait du moins en lui un client et un procès.
Pour moi, heureux et honteux à la fois de me voir chez un tel homme, et si près du sublime auteur de tant d’immortels ouvrages, je tâchais de m'’effacer, de me faire disparaître, rougissant du procureur, comme si j’eusse été complice de sa rusticité. Mais je ne perdais pas un mot, un geste, un mouvement de Voltaire. Mes yeux le parcouraient, le dévoraient. Je voulais le contempler cette fois pour toujours, car qui me disait que je pusse le revoir jamais ?
Quand il fut sorti, les jeunes clercs d’'Hureau, qui avaient appris le nom du philosophe, descendirent sur ses pas, ne croyant pas l’avoir vu d’assez près et assez longtemps dans leur étude ; ils l’accompagnèrent jusqu’à sa voiture. Déjà la nouvelle avait couru du haut en bas de la maison, et tout le monde dans la rue s’était assemblé sur son passage. La foule qui s’était formée, et qui se grossit, l’accompagna, l’escorta jusqu’à son hôtel.
J’ai entendu raconter, dès ce jour même et fort diversement, cette anecdote. On a parlé du mécontentement qu'avait témoigné Voltaire, de son orgueil blessé, parce qu’il y avait dans Paris un lieu où il était ignoré, parce qu'il existait un individu en Europe à qui son génie était inconnu. Je puis assurer qu’il ne témoigna qu’un peu d’ironie en se voyant obligé