Ibid . , p. Co
du Xord^ Mais elle ne pouvait aussi être accueillie et persister que dans une ville telle que Lûbeck. Buxtehude s'est révélé comme le poète spontané de la société qui Tentourait, Sa musique décantâtes correspond à l'âme de cette bourgeoisie commerçante et de ces navigateurs au corps alourdi, à Tesprit précis, mais nullement spéculatif, chez qui sommeillait toutefois une fantaisie tumultueuse et colorée.
Quand Bach revint à Arnstadt, émerveillé de l'habile facilité des cantates et de la science plus apparente des pièces d'orgue de Buxtehude, il fut invité par le consistoire à rendre compte de son absence prolongée. Le 21 février 1706, on lui reprocha d'avoir fait d'un congé de quatre semaines un congé de quatre mois, et comme on était en humeur de le tancer, on exposa, contre lui, d'autres griefs encore. Il mêlait au choral d'étranges variations, le troublait par de soudains caprices d'accompagnement, et ne prenait aucun souci des élèves du chœur, ce qui privait l'église de chant figuré. On lui laissait huit jours de réflexion; après ce délai, il aurait à se déclarer catégoriquement. A la même séance du consistoire, le préfet du chœur, l'écolier Joli. -Andréas Rambach eut à rendre compte
I. Rappelons que Buxtehude élail Danois d"origitie. Il naquit à Elsencur.
des « désordres » qui avaient éclaté à 1' « église neuve » entre les écoliers et l'organiste, Rambach déclare que les choristes étaient mis dans l'embarras par l'organiste qui, autrefois, faisait de trop longs interludes et, maintenant, après une observation du surintendant, était tombé dans l'excès contraire, et jouait trop brièvement. Mais le consistoire avait d'autres motifs de plaintes contre Rambach. 11 avait quitté le sermon pour se rendre à l'auberge voisine. Ce trait nous laisse deviner quels rêves d'art pouvaient inspirer les collaborateurs de Bach. Et l'on conçoit aisément qu'il se soit lassé bien vite d'exercer, pour des motets ou des cantates, ces élèves grossiers. Certains d'entre eux avaient d'ailleurs, contre lui, une animosité qui se manifestait par des actes violents. Quelques mois avant de partir pour Lûbeck, il avait paru devant le consistoire à cause de ses démêlés avec l'élève Geyersbach. Un jour, Geyersbach avait attaqué Bach à coups de bâton, comme il revenait du château à la maison avec sa cousine Barbara-Catharina, la fille de Johann-Christoph Bach. Geyersbach se vengeait ainsi, disait-il, de ce que l'organiste l'avait outragé, et lui en demandait raison. Bach soutint qu'il ne lui avait rien dit, vA qu'on en pourrait témoigner. L'écolier prétendit que si Bach ne l'avait pas outragé personnellement, il
avait du moins, un jour, a outragé son basson », qu'il prenait l'injure pour lui, et que Bach n'était qu'un « valetde chiens ». Alors Bach tira Tépée, Geyersbach se jeta sur lui pour le maintenir et tous deux luttèrent jusqu'à ce que cinq écoliers, qui étaient avec Geyersbach, se missent entre eux pour les séparer. 11 fut établi un peu plus tarp que Bach avait en effet donné à Geyersbach un nom injurieux (29 août ijoj).
Ces débats avec les élèves furent sans doute la cause principale pour laquelle Bach se refusa toujours, par la suite, à leur faire exécuter des œuvres de musique. Le 11 novembre 1706, le consistoire se plaignit encore de ce manquement de Bach à ce qu'il [était tenu d'accomplir. Le même jour, on lui demanda aussi pourquoi il s'était permis d'introduire, à la tribune de l'orgue, une jeune fille étrangère.
Il ne resta plus que peu de mois à Arnstadt. Le 29Juin 1707 il se présenta devant le conseil pour solliciter son congé et rendit la clef de l'orgue. 11 quitta la ville bientôt après, laissant à son cousin Ernst, fds de Johann-Christoph', quelques florins de son traitement.
Bach venait d'être nommé, quelques jours
I. Johann-Christoph Bach était le frère jumeau du père de Jean- Sébastien, Ambrosius Bach. On assure que ces deux frères se ressemblaient tellement qu'on ne pouvait les distinguer qu'à leur costume. Ernst avait remplacé Jean-Sébastien absent.
4o J- S. BACH
auparavant, organiste de la Blasiiiskirche, à Mùhlhausen.
Il s'était fait entendre à Pâques dans cette église où Joliann-Georg Aille avait été organiste pendant plus de trente ans, de 1672 à la fin de 1706 \ Aille s'était acquis une renommée de poète et de musicien, avait été admis dans le conseil de la ville et avait reçu de Léopold P"" le titre de « poète lauréat ». C'était un personnage auquel Bach devait être fier de succéder. En outre la ville était plus riche qu'Arnstadt en ressources musicales. Des traditions s'y étaient établies. Le souvenir de compositeurs tels que Joachim à Burck (i54i-i6io), Johann Eccard (i553-i6ii), Johann-Rudolph Aille (1625-1673) -, le père du prédécesseur de Bach, y vivait encore. Chaque année, on célébrait avec une grande pompe le renouvellement du conseil de la ville ^ et l'on jouait, pour la circonstance, une œuvre composée tout exprès. En i7o5,pourracted'hommage que Mùhlhausen, ville libre et impériale, adressa à l'cmporour Joseph T"", on avait fait composer
I. Une pièce d'orgue de J.-G. Ahlc se trouve dans le recuoil qui forme la seconde partie du livre déjà cité d'A.-G. Ritter.
2. On peut citer de lui les GeislUclic Dialo^e (ifi^S) et les GelstUche Fest-itnd Communion Andaclilen. (Voyez le :1« vol. des Dfnkmiiter deutscher 7'on/iunst, éd. par M. Johanncs Wolf, kjoi).
3. Il y avait 48 conseillers, dont six bourpmestres et ifi conseillers expriaiont iiUcrnnlivPinont li- pouvoir pondant un nn. Le i-hnnpe» mont so faisait au mois de février.
LA VIE 4i
une musique solennelle par Philipp-Heinrich Erlebach (1657-1714). L'orchestre comprend hautbois, trompettes et timbales, deux parties de violon, deux parties d'alto, le basson et la basse continue. Il y a quatre solistes, réunis en un petit chœur, et un grand chœur à quatre voix. La composition est assez brillante et ne peut être exécutée que par des musiciens bien exercés '.
Pour la mutation du conseil, le 4 février 1708, Bach fut requis de donner une cantate, suivant l'usage. Cette cantate, Gott ist mein Kônig ^, a été la seule cantate imprimée pendant la vie de l'auteur. 11 était, en effet, dans la coutume des conseillers de faire publier la musique de ces compositions par quelqu'un des célèbres imprimeurs de la ville.
Peu de temps avant de composer cette cantate, Bach avait épousé, le 17 octobre 1707, en l'église de Dornheim, près d'Arnstadt, sa cousine Maria-Barbara, fille de Michael Bach, organiste à Gehren. Spitta suppose que Maria-Barbara était cette «jeune fille étrangère » que l'on avait reproché à Bach d'avoir reçue à la tribune de l'oroue de réo;lise neuve d'Arnstadt.
Quelques jours après la fête du « changement de conseil», les nouveaux magistrats en charge