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im Grabe ^ et Ich biii vergnugt mit meinem Glûcke-.
Cette cantate est faite pour le soprano solo. Spitta juge qu'elle appartient au style de la musique religieuse domestique plutôt qu'au style d'église. Cependant elle est destinée à un dimanche de l'année liturgique, le dimanche de la Septuagésime, et le lien qui la rattache à cette fête est assez apparent. C'est en effet ce jour-là qu'on lit la parabole des ouvriers et du maître de la vigne. Loin de murmurer, comme les mercenaires de l'évangile, le chrétien remercie le Seigneur de ce qu'il lui accorde. Il estime en effet que les bontés de Dieu pour lui dépassent de beaucoup ce qu'il a mérité. Aussi est-il loin de subir la vie avec une résignation maussade. Convaincu de son indignité, il accepte ce don journalier de la main de Dieu avec reconnaissance et en souriant. Le sujet, on le voit, n'est pas éclatant. C'est pour ainsi dire une glorification de la patience qui permet de gagner, à force de la contrefaire, une espèce de sérénité dont la paix est beaucoup moins composée de joies réelles que de douleurs oubliées.
Mais on dirait que Bach a su conquérir, en pratiquant cette patience, l'illusion du bonheur, car il la décrit, dans son langage musical, comme
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le bonheur même. Dès le début du premier air, la démarche accentuée du rythme nous fait penser à l'énergie persistante d'une âme de bonne volonté. Et, peu à peu, les motifs échappent à cette contrainte d'une cadence pesante, et s'élancent en souples lignes délicatement équilibrées. La voix se balance en larges vocalises et le hautbois lui répond. Tout paraît clair, aisé, élégant : l'effort ne se trahit point dans ce jeu harmonieux où la musique s'épanouit, vivante et spontanée. Le compositeur y surmonte les difficultés de son art avec une telle grâce que son art paraît facile, de même que le chrétien fait bon visage malgré les épreuves, et laisse croire que sa force d'âme n'est qu'une indifférence béate. Enfin le deuxième air annonce la joie plus que la résignation. Seul, le choral qui termine l'œuvre est chanté à quatre voix ; sur la mélodie consolante du cantique Wer nu?' deii liebeii Gott Idsst walten. Les paroles expliquent le secret de cette félicité intérieure dont l'œuvre entière est animée : elles disent la consolation de l'âme qui vit en Dieu.
C'est aussi pour des solistes que sont écrites les cantates Ich liebe deii Hôchsten von ganzem Gemûthe\ et Ich habe meine Zuversicht"'. Cette
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cantate est la première parmi les cantates de Leipzig que nous ayons où figure Vorgaiw obligato, c'est-à-dire Forgue employé comme instrument concertant. Elle fut peut-être composée peu de temps après que le positif de Forgue de Saint- Thomas eut été muni d'un clavier qui permît à Bach de jouer la partie d'orgue tout en restantau milieu deses musiciens ( 1780). L'orgue obligé paraît aussi dans un certain nombre de cantates qu'on peut dater sans doute de 1731 et de 1782. Ce sont les cantates Geist uiidSeele wird verwirret \ Wer weiss wie nahe mir mein Eiide ", Ich geJC und suche mit Verlangen^, Gott soll allein mein Herze hahen'*^ Vergnûgte Ruh\ beliebte Seelenlust^ . Dans plusieurs de ces cantates, Bach utilise, dans l'introduction instrumentale, des fragments de ses concertos de clavecin, transcrits pour Forgue. Le deuxième air de la cantate Gott soll allein mein Herze haben est un merveilleuse arrangement du Siciliaiio du concerto en mi majeur :\a\\.o noue à la mélodie de Forgue une nouvelle mélodie, d'expression très caractérisée. Dans la Vergnûgte Ruh\ Forgue est écrit à deux claviers : deux parties d'accompagnement
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se déroulent ainsi, enchevêtrées et distinctes pourtant, comme si elles étaient jouées sur deux instruments différents, et la basse est faite par les violons et altos réunis. Cette combinaison de l'orgue, de la voix et des instruments à cordes est ingénieuse et il serait à désirer que cet air, fort pathétique, fût plus connu du public.
Bach se sert encore de l'orgue obligé dans la cantate Wir danken dir, Gott\ Cette œuvre fut écrite pour le service religieux célébré le 27 août 173 1, pour rendre grâces à Dieu après l'élection du conseil de la ville de Leipzig. Dans l'orchestre résonnent déjà les trompettes et les timbales. Ces instruments sont comme les inévitables hérauts de la joie publique, et les cortèges officiels ne sauraient se passer de ces guides éclatants et compassés. Mais, sous la main de Bach, les fanfares surannées des « musiciens de ville » se parent d'une grandeur inaccoutumée, et le maître fait rayonner d'une splendeur extraordinaire le spectacle de ce défilé d'hommes graves que la musique semble accompagner. La procession bourgeoise qu'on imagine prend l'allure épique d'un triomphe. Dans l'enchantement des sons clairs, et par la persistance des rythmes lourdement ordonnés s'organise peu à peu, pour l'esprit, cette vision
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dune « suite magnifique de gens richement vêtus, évoluant sur les degrés d'un escalier monumental », image suggérée à Gœthe par une ouverture de Bach où, comme dans la Sinfonie de cette cantate, les trompettes chantent, allègres et somptueuses ^ Ici, toutefois, le tumulte argentin de leurs appels n'a pas suffi à Bach, et leur souffle saccadé lui a paru trop bref. A ces fortes clameurs espacées, il a joint une voix continue qui les domine et qui les relie. Les marches de la montée superbe que Gœthe a rêvée conduisent à un temple, et la harangue inlassable de l'orgue y évoque et y prêche le seul pouvoir qui n'ait pas de limites. Nulle part Bach n'a donné pareil empire à l'orgue, en face de Torchestre. Dans les cantates que je viens de citer, il l'utilise comme un instrument principal dans un concerto, mais sans lui conférer une telle omnipotence. Car, dans ce préambule, l'orgue prend le pas sur le reste de l'orchestre. Il l'emporte sur les timbales, les trois trompettes, les deux hautbois et toutes les cordes. Ainsi, cette musique que l'on croirait alourdie par le conflit des instruments reste claire et, comme disaient les anciens maîtres, « aérée ». La vigueur de Torgue réduit l'accompagnement
I. Mendelssobn lui en avait joué une transcription au piano. Voyez sa lettre à Zeller, datée de Munich, le aa juin i8Jo.
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instrumental à n'être qu'une manière de réalisation colorée de la basse continue, pas beaucoup plus que les résonnances harmoniques éveillées par les vocalises du soliste colossal : cette introduction est un arrangement du prélude de la Partita en mi majeur^ que Bach a écrite pour violon seul*.
Un certain nombre de cantates écrites d'après des chorals paraissent avoir été composées ou remaniées entre 1780 et 1734. H faut citer les cantates Der Herr ist meiii getreuer Hirt^^ Gelobet sei der Herr^, Ich ruf zu dii\ Herr Jesu Christ ', Was willst du dich betrûben % Lobe deii Herren*, Sei Lob und Ehr'\ les trois cantates sur le choral Was Gott thut, das ist wohlgethan^ et la cantate In allen meineii Thaten^ où le premier chœur est en forme d'ouverture française,
1. De la même époque date apparemment la cantate Man singet mit Freuden vont Sieg (B.-G. i49)'