B.-G., 98, 99 et
i44 J.-S. BACH
et où Ton trouve un admirable air d'alto. La cantate Es istdas Heil uns kommen her ' peut encore figurer dans cette liste.
C'est aussi dans la même période que Bach dut composer la cantate Christus der ist mein Leben ^ Dans cette œuvre, il considère la mort comme l'éveil de l'âme à la véritable vie, comme la fin bienheureuse pour laquelle l'homme a été créé. A la vérité, il va nous dire, en passant, que la mort est un sommeil, et il mêlera quelques tons amers aux voix prolongés du chœur, lorsqu'elles chanteront le mot sterben (mourir), mais il ne cède qu'à peine à ces interprétations communes de l'idée de la mort. Il nous l'annonce plutôt comme une résurrection que comme un assoupissement, et il la célèbre avec joie. Le premier chœur a, dans l'accompagnement, un charme de renouveau. Dès l'introduction, les hautbois d'amour dialoguent avec les violons en phrases d'un rythme et d'une harmonie tendres où la caresse des tierces alterne avec l'ardeur plus profonde des sixtes. De grands traits lumineux fleurissent bientôt, souples et comme impondérables. Dans cette musique passe un souffle de bénédiction, qui amollit tout, et dissout même la rigidité de la mesure. On
dirait que Bach s'est proposé de nous donner des impressions de printemps, dans ces pages où il célèbre la naissance de l'âme à la vie mystique. Parmi les cantates écrites sur des chorals, cette œuvre est une des plus délicieuses. Elle difFère d'ailleurs essentiellement des cantates de ce genre que nous avons déjà signalées. Bach n'y emploie pas moins de quatre cantiques différents, et chacun de ces cantiques est orné par les instruments. Un seul air se rencontre dans cette cantate où l'orchestre met déjà tant de lyrisme. Dans cet air, le ténor conjure « l'heure inconnue » de sonner bientôt pour lui, et Bach réalise une de ses descriptions favorites : le quatuor, senza Varco, fait entendre un tintement de cloches lointaines.
Dans la cantate Ein' feste Biirg ist miser Gott\ le choral tient aussi une fort grande place. Un air, un long récitatif et un duo sont les seules parties où le chant du vigoureux cantique de Luther ne soit pas évoqué. Nous avons vu. plus haut que Bach avait formé cette cantate en ajoutant deux chœurs à la cantate Ailes was von Gott geboren. Le premier chœur est de même forme que certains préludespour l'orgue. Chacune desphrases de la mélodie est exposée séparément à la fin d'un verset en style fugué, où le thème de ce
PiRRO. 10
i46 J.-S. BACH
fragment du cantique est traité. Ce sont les voix accompagnées de Torchestre, qui préparent ici à ces apparitions de la mélodie principale. Elle éclate, dans ce chœur, avec une puissance magnifique. Les trompettes et les hautbois la proclament, et les basses de l'orchestre, avec lesquelles gronde la trompette de i6 pieds de l'orgue, la redisent exactement, une mesure après que trompettes et hautbois l'ont entonnée. Les voix continuent leur chant, environnées ainsi par une sorte de muraille merveilleuse.
Dans les cantates Ach Gott, u-ie manches Herzeleid^ et 0 Ewigkeit du Donnenvort'-, Rach nous présente des compositions de caractère tout particulier, auxquelles il donne le nom de « dialogues ». L'une des voix expose le choral, l'autre voix le commente. Mais, dans le chant même où il paraît intégralement, le choral est déjà interprété. Tandis que, dans le premier chœur de la cantate £"//?' fesle Burg, le compositeur donne à la mélodie traditionnelle une si grande puissance objective et l'élève en dehors de la nature humaine comme pour symboliser le secours venu de Dieu, dans la cantate O Ewigkeit^ au contraire le cantique est tout pénétré d'émotion. Ce n'est point hors de l'homme (pi'il agit, mais par l'homme, pris individuellement.