‹ J.S. Bach (volume 2)Chapitre 49 sur 64 · SE · texte numérisé non relu

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Les mêmes procédés d'ornementation, ou plutôt d'amplification mélodique et d'accompagnement, se retrouvent dans les chorals réunis dans un recueil manuscrit intitulé Orgel-Buchlein, formé quand Bach était à Gothen, mais dont les éléments étaient sans doute déjà prêts depuis quelques années. Mais l'usage que le musicien lait ici des moyens employés dans les Partilc n'est plus le même. La variation de la mélodie du cantique y est assez rare et, quand elle se présente, moins libre et moins abondante que dans les Parlile. Le thème reste distinct. Le plus souvent même, il demeure intact. De plus, les motifs de l'accompagnement sont d'un caractère tout particulier. Si, dans les Pavlile, on arrive à discerner, dans certaines variations, une sorte de commentaire musical de la strophe correspondante du cantique, cellecxégèsc estbeaucoupplus

commune et beaucoup plus nette dans les chorals de V Orgel-Bûchlein. Dans cet ouvrage d'enseignement, destiné à apprendre aux organistes à « traiter de toute manière le choral », Bach nous montre clairement ses intentions significatives'. Philipp Spitta détermine avec beaucoup de justesse la nature de l'interprétation symbolique du compositeur. « Bach alla plus loin dans le perfectionnement de la forme, en mettant dans les motifs contrapontiques de l'accompagnement le reflet de certaines émotions provoquées par la poésie du choral. Pachelbel s'en était abstenu : il manquait de cette profondeur de sentiment qui permet de parvenir ainsi jusqu'au cœur du sujet traité. Et c'est bien une pénétration intime, et non pas une sorte de peinture extérieure. Car, il faut le redire, en chaque mouvement du monde extérieur, nous reconnaissons l'image d'une émotion intérieure déterminée, et chaque représentation d'un mouvement suscite, dans l'imagination sensitive, un mouvement émotif analogue. Le procédé de Bach n'est tel que parce qu'il va jusqu'à la substance expressive de la poésie. « Ah! que la vie de l'homme est fugitive et vaine" », chante Michael Franck, et Bach

1. Voyez l'article de Fr. Chrysander dans les Jahrbiicher fiir musikalische Wissenschaft (11, p. 241).

2. B.-G., XXV* p. 60 (éd. Peters, V., p. 2) Ach wie nichlig, ac/i wie fliicktig.

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iio J.-S. BACH

accompagne la mélodie par des doubles croches qui glissent sans relâche, passent comme des fantômes, comme des formes brumeuses. « La troupe des anges vint du ciel* », dit Luther au début de son chant de Noël, et les motifs unis de la main gauche, que la pédale reprend, deux fois plus lents, descendent rapidement, puis remontent, comme de célestes messagers, qui s'approchent de la terre puis s'élèvent de nouveau. (( Par la chute d'Adam, la nature et l'essence de l'homme ont été entièrement perverties'», dit le commencement d'un cantique de justification : un intervalle de septième répété par la pédale, décrit la « chute ». On ne doit point blâmer ceci comme une illustration trop simple du premier vers : la représentation de la chute de l'état d'innocence dans l'état de péché domine en effet la poésie tout entière. Ce ne sont que de telles représentations que Bach renouvelle dans sa musique. Il en témoigne dans sa composition sur le cantique funèbre : « Seigneur Dieu, maintenant ouvre ton ciel.' » Contournés, les motifs de contrepoint qui l'ac-

I. B.-G., XXV*, p. 10 (P. V., 54). Vont Himmel hain der Engel Sckaar.

a. B.-G.. XXV (P. V.. p. i5). « Durch Adam'» Fnll tst «anz veiderbt.

3. D.-G.. XXV*. p. a6 (P. V., p. ati). Ilerr GoU. nun schleiiss den Himmel auf.

compagnent paraissent incompréhensibles, tant qu'on n'en est pas arrivé, dans la première strophe, à ces mots : « J'ai souffert assez de peine et j'ai lutté. » Alors se dévoile l'image de la vie humaine, confuse et épuisante. Ou bien que l'on considère le choral « Quand Jésus était sur la croix ^ ». Le poème est une paraphrase des « sept paroles » du crucifié : les motifs de la pédale, ces syncopes qui entraînent lourdement la basse vers les tons graves symbolisent le supplice d'être suspendu, dans une sorte de repos accablant et torturant... "o

A la fin du choral « Homme, pleure tes grands péchés' », les motifs chromatiques, les harmonies amères, enfin le ralentissement du mouvement [adagiossimo) interprètent les dernières paroles de la première strophe où sont rappelés les mérites de Christ, « né pour nous... sacrifié pour nous, chargé de nos lourds péchés, sur la croix, longuement* ».

i. B.-G., XXV*, p. 32 (P. V., p. II). Da Jésus an dem Kreuze $tund.

a. B. Spitta, J.-S. Bach (I, p. 'Jq3).

3. B.-G.. XXVS p. 33 (P. V., 48). O Mensch, bewein' dein' Sûnde gross.

4. U est instructif de comijarer ce choral d'orgue au dernier chœur de la première partie de la Matlhàus- Passion, fait sur le même cantique.

.ad.ig'is.

Dans d'autres chorals c'est le rythme de l'accompagnement qui a une signification. Ainsi les motifs joués par la main gauche dans le cantique de Noël « Le jour qui est si plein de joie * » sont d'une animation tout allègre. Pour exprimer la 'oie du choral In dir ist Freude'\ Jean- Sébastien règle son prélude sur un thème obstiné de chaconne, repris sans cesse à la basse, comme un carillon. Le choral HeiiC triiimphiret Goltes Sohn^ (le fils de Dieu triomphe

1. B.-G., XXXV, p. 8 (P. V., p. i3). Der Tag, dei is( so freudenreich.

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