‹ J.S. Bach (volume 2)Chapitre 58 sur 64 · B.-G., XIV · texte numérisé non relu

B.-G., XIV

et mineurs avait déjà dirigé plusieurs maîtres du clavecin au xvii^ siècle. Dans les suites pour clavecin de Chambonnières les tonalités de la mineur, do majeur^ ré mineur^ ré majeur, fa majeur, sol mineur, sol majeur, sont juxtaposées. Chez Louis Couperin (i63o? i665), la succession des tons modernes est encore plus nette : do majeur, do mineur, ré mineur, ré majeur, mi mineur, fa majeur, fa dièze mineur, sol mineur, sol majeur la majeur, la mineur, si mineur. Cet enchaînement se distingue aussi, moins complet, il est vrai dans les suites de Johann-Jakob Froberger ( f 1667), se retrouve dans les suites (1679-1680) de Benedickt Schultheiss { -J- lôgS), et paraît, encore plus développé, dans les dix-sept suites de Johann Pachelbel (1653-1706), écrites en do mineur, do majeur, ré, mineur et majeur, mi mineur et majeur, fa majeur, sol, mineur et majeur, la, mineur et majeur, si bémol majeur, si mineur, do dièze mineur, mi bémol majeur, fa dièze mineur, la bémol majeur. J.-K.-F. Fischer, dans son Ariadne Musica (ï7i5) veut donner aux organistes « le fil qui les guidera » dans le labyrinthe des tons majeurs et mineurs et il ne lui manque plus que cinq modes pour qu'il ait accompli entièrement sa promesse. C'est, en fait, le vrai précurseur de Bach dans cette tentative. Par le titre qu'il donne à son recueil de

pièces de clavecin, vers 1689, Bernhard Christian Weber, organiste à Tennstedt, non loin d'Erfiirt, formule déjà, en propres termes, le titre de Bach : Das wohltemperierte Clavier oder Prœludieii und Fiigen durch aile Tône und Seniitonia sowohl Tertiam majorem oder ut re mi aiilaiigend als teriiam miiiorem oder re mifa^.

Désireux de mettre à profit les études d'Andréas Werckmeister" sur le tempérament égal des demi-tons, plusieurs musiciens ou amateurs de musique avaient, dans les premières années du siècle, essayé de pratiquer toutes les tonalités. En 1702, Johann-Philippe Treiber, professeur de droit à Erfurt (1727) édite une méthode pour accompagner un air dans tous les tons, et en 1704 il publie Der accurate Organist im Generalbass où deux chorals sont harmonisés dans presque tous les tons. La bibliothèque du Conservatoire de Paris possède une fantaisie manuscrite de Friedrich Suppig, organiste à Dresde, Labyrinthus musicus, œuvre composée avant 1722, où l'auteur passe successivement dans tous les tons majeurs et mineurs. Enfin, sans parler de Joh-

I. Voyez l'excellente histoire de la musique de clavecin de M. le D' Max Seififert (3« édition de la Geschichte der Klaviermusik de Weitzmunn, i*' volume, 1899, p. 388.)

u. Pour ces travaux relatifs à l'Iiisloire du tompérainent de la g-iiniinc, je renvoie à l'oiivi'iigi' <ie M. le D' Hugo Kicinann, Gesclticlile der Musiklheorie (iyi)î<).

David Heinichen qui, en 1728, déclare encore qu'en si majeur et la bémol majeur on ne compose que rarement, et en fa dièze majeur et do dièze majeur, jamais % il faut signaler ici les modèles d'accompagnement pour tous les tons donnés par Johann Mattheson, dans son Exem^ plarische Organistenprobe (17 19).

Je ne tenterai même pas d'analyser ici la première partie du Clavecin bien tempéré^ non plus que la série de préludes et de fugues dont l'ensemble, réuni sans doute de 1740 à 1744» est considéré comme la seconde partie de ce recueiF. Ce sont des œuvres que l'on ne peut effleurer, et qu'il faut examiner dans le détail, quant à la technique et quant au sentiment. Je renvoie donc aux études publiées sur ces compositions ^ et, surtout, aux textes mêmes.

Le plan de cet ouvrage ne me permet pas non plus de parler longuement des Suites pour clavecin. C'est à Gôthen que Bach composa les Suites françaises'' dont il transcrivit les six plus belles dans le livre de clavecin d'Anna Magdalena. Les Suites anglaises'" furent apparemment

1. Der Generalbass in der Composition. Voyez sur cette question les Monatshefte fur Musikgeschichte de Robert Eitner, 1899, p. ia5.

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