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sistoire. Quelques années auparavant, Bach avait sollicité du prince le titre de compositeur de la chapelle royale. Il avait attendu longtemps (1733-1736) cette faveur qui, aux yeux de ses adversaires, devait lui donner plus d'autorité.
Tracassé à la Thomasschule, Bach avait du moins plus de liberté, sans doute aussi plus de satisfaction artistique dans la direction de la société musicale fondée par Telemann, au début du siècle. C'était un Collegium musicum formé d'étudiants. Bach en avait le gouvernement depuis que Georg-Balthasar Schott était parti pour Gotha, en 1729. Chaque mercredi, l'été, cette société se faisait entendre de quatre à six heures au jardin Zimmermann ; l'hiver, chaque vendredi de huit à dix heures du soir au café Zimmermann. En temps de foire, les réunions avaient lieu deux fois par semaine. Après ij36, Bach laissa de côté ce groupe musical, pour lequel il avait écrit un certain nombre de cantates profanes, parmi lesquelles sont plusieurs œuvres de circonstance, composées pour célébrer les anniversaires ou les visites à Leipzig des souverains.
C'est ainsi que Bach faisait sa cour aux grands personnages, par des chefs-d'œuvre écrits ou par ses étonnantes improvisations d'organiste. J'ai déjà rapporté avec quelle admiration le prince
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héritier de liesse L'avait accueilli. Le duc de Weissenfels lui témoigna sa grande estime en le nommant maître de chapelle honoraire de sa cour. Mais l'hommage le, plus éclatant lui vint du roi de Prusse, Frédéric le Grand. Karl-Philipp-Emanuel Bach était depuis 174° au service du roi (ui qualité de claveciniste accompagnateur. Parmi ses collègues de la chapelle royale élaienl plusieurs musiciens qui avaient pour l'art de Jean-Sébastien le plus haut respect : les deux Graun1, Franz Benda 2, Johann-Joachim Quantz ;, Ghristoph Nichelmann 4. A force de les entendre parler du vieux cantor, Frédéric éprouva un vif désir de le connaître. Emanuel informa sou' père des sentiments du roi à son égard, et des invitations discrètes qu'il lui adressait. Accablé de soucis et de travail, Bach ne se décida qu'en iy4y à se rendre à la cour. Accompagné de son lils aîné, Wilhelm-Friedemann, il arriva à Potsdam le dimanche 7 mai. Le roi se disposait à commencer, avec ses musiciens,
1. Karl-Heinrich (i 701- 1759), compositeur de plusieurs opéras et d'un oratorio encore souvent cité, Dcr Tod Jesu. Son frère, Jobann- Gottlieb (1698-1771) «'tait, violoniste.
2. Ce violoniste était r< nmé pour son jeu expressif. Il vécut
di- 1 709 à 1 7 -S f > .
';. (Né on 1697, mort en 1773.) Quantz était maître île flûte >lu roi. Il a lai- uni méthode fort intéressante pour 1 histoire de la musique (1-
; . Second claveciniste du roi, Nicbelmann a laissé un ouvrage sur la mélodie 11 vécul de t-17 à i-(>-2.
un concerto de flûte, où il devait jouer la partie principale, lorsqu'on lui apporta la liste des étrangers qui venaient d'arriver à Potsdam. Il parcourait, tout prêt à jouer, le rapport qu'on lui avait remis, quand il s'écria vivement : « Messieurs, le vieux Bach est venu ! » On le manda sur-le-champ, et il dut paraître en habit de voyage, sans avoir eu le temps de revêtir son costume noir de cantor. Le roi lui fit essayer ses forte-pianos de Silbermann, instruments auxquels il tenait beaucoup Le maître improvisa une fugue sur un thème donné par Frédéric. Celui-ci Unit par lui demander déjouer, sans préparation, une fugue à six parties. Bach choisit un thème et le traita aussitôt, devant les auditeurs émerveillés. Le lendemain, le roi le lit jouer sur toutes les orgues de Potsdam. Il alla aussi à Berlin, où l'on remarqua son habileté à apprécier du premier coup d'œil l'acoustique d'une salle de l'Opéra1.
De retour à Leipzig, Bach travailla de nouveau le thème donné par le roi, le développa à trois et à six parties, y ajouta des canons, un trio pour ilùte, violon et basse continue, et fit graver cette œuvre, dédiée au roi, sous le titre d'Offrande musicale {MusihaliscJies Opfer) '-.
i. S j] il ta. J.-S. Bach, II, p. 712.