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Bach obéit d'ailleurs avec une fidélité attentive à l'inspiration sentimentale que les paroles lui souillent. Vers la fin de l'ensemble qui termine le quatuor où la basse, le ténor puis le soprano el l'alto déroulent successivement leurs invocations avant de s'unir dans une forte prière, le soprano module subitement du majeur au mineur, pour augmenter, par l'assombrissement soudain de la musique, l'accent de compassion avec lequel le chanteur doit prononcer ces mots : « Parce que tu as expié par un douloureux supplice. » D'autre part, le pittoresque n'est point dédaigné dans cette œuvre d'une sensibilité si délicate. La fureur du « chien d'enfer » gronde rudement à la basse continue, dans l'arioso d'alto par lequel s'ouvre la seconde partie de la cantate, et les fanfares des clnrini, certaines intonations puissantes de la basse ornent toute celle œuvre d'une parure héroïque, où se représentent le fracas rythmé des armées et la rumeur des acclamations.
La même énergie et les mêmes nuances font
la richesse et la vie de la cantate Gott ist mein Kônig1 . J'ai signalé déjà cette composition, écrite pour la mutation du conseil de Mùhlhausen, le 4 février 1708. Dans la forme, cette œuvre a aussi de nombreux traits de parenté avec la précédente. Toutes deux manquent de récitatifs2, et les airs y sont d'une architecture assez incertaine. Mais ici Bach écrit des chœurs plus développés, emploie un orchestre plus complet, où figurent, avec le quatuor et les trompettes soutenues des timbales, les flûtes, les hautbois et le basson. Cette variété d'instruments lui offre des ressources dont il profite ingénieusement. L'accompagnement d'un chœur où les voix supplient le Seigneur de ne point livrer à l'ennemi la vie de ses tourterelles est d'une disposition d'orchestre fort curieuse et, par la succession des trompettes, des hautbois, des flûtes et des violons, il obtient, dans le premier chœur, des dégradations de sonorité d'un effet extraordinaire. Dans l'air de ténor intervient, variée, la mélodie d'un choral que chante le soprano. La poésie toute subjective des paroles dites par le ténor se relie ainsi à la poésie de la prière commune et l'orgue, qui récite en soliste, environne
2. Spitta considère le récitatif de soprano de la première comme ayant été ajouté à l'œuvre primitive.
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les deux voix de ses longues phrases flottantes, contemplatives el rêveuses. Toute la cantate est d'une rare diversité, surtout dans les airs : ainsi dans l'air de basse où les deux hautbois et les llùtes se répondent, au commencement et à la (in, taudis que le milieu n'est accompagné que de la basse continue.
C'est encore àMùhlhausen, comme la partition originale l'indique, que Bach a composé la cantate Ans (1er Tiefe. Dans un choral exposé par le soprano, tandis (pic la basse chante le troisième verset du psaume i3o [De profundis) et tandis que le hautbois ne cesse de discourir, tantôt plaintif et tantôt apaisant, se retrouve le même mélange de la piété lyrique et de l'imploration collective que dans l'air avec choral de la cantate Gott ist mein Kônig1. Le dernier chœur, terminé par une fugue, est, au début, d'une profondeur expressive et d'un mouvement dramatique étonnants. Au milieu de cette sorte d'introduction pathétique à la fugue, quand le texte annonce la grâce «lu Seigneur, une mélodie tendre du hautbois fleurit tout à coup, plane au-dessus des accords soutenus par les voix, et semble apporter le message de consolation et la promesse de
salut.
lime paraît presque certain que la louchante i. B.-G., i3i.
cantate Galles Zeil[ [Actus tragicus) est aussi de l'époque de Miïhlhausen. C'est une cantate funèbre, composée sur des paroles tirées de l'Ecriture. Je croirais volontiers que Bach la fit en l'honneur de son oncle Tobias Lâmmerhirt, mort à Erfurt au mois de septembre 1707, dans un âge assez avancé. Comme les précédentes, cette œuvre est sans récitatifs, et le choral y est employé avec la même signification que dans ces cantates. L'orchestre en est tout particulier, formé seulement de deux flûtes, de deux violes de gambe et des instruments qui jouent et réalisent la basse continue. C'est un poème de la mort, un appel fervent adressé à Jésus libérateur, un cantique passionné du pessimisme chrétien où l'âme, lasse de ce monde, souhaite moins le repos que la transfiguration, dans la lumière d'une vie plus haute et plus intense. Le musicien est trop jeune encore pour rêver le bonheur dans la paix du néant. Il ne sépare point l'idée de félicité de l'idée d'activité. Encore que la sonatina qui précède la cantate soit, à proprement parler, une « symphonie du sommeil », et que la voix qui implore la venue de Jésus2 défaille, après les derniers murmures de l'orchestre assoupi, Bach ambitionne un état plus élevé que cette béatitude