Même notice
■ii .1 . S. BACH
écrites a van 1 Bach1. Comme organiste; Bohm est surtout intéressant parce qu'en lui s'unissent le calme tics organistes thuringiens et la fantaisie des organistes du nord de l'Allemagne. Les premiers se distinguaient par leur sensibilité grave, leur application, leur recherche de la sonorité agréable et de la clarté2. Les œuvres des seconds témoignent surtout d'une imagination brillante 31 d'un goût, poussé à l'extrême, pour la variation ornementale des mélodies de cantiques. Bohm imite leurs procédés quand il assouplit en grandes phrases ornées les périodes uniformes des chorals, mais ses vocalises sont expressives comme des traits de récitatifs, et de l'ensemble du cantique ainsi traité se dégage une puissante exhortation à la piété. Son prélude au choral Vdter miser im Himmelreich a la même éloquence implorante que certains airs spirituels de Johann Fischer ou d'Erlebach. A mesure (iiie se découvre l'ampleur pathétique de cette pièce vraiment inspirée, Ton oublie l'impropriété de l'écriture, l'emploi de noies répétées qui répugne a la continuité mouvante de l'orgue. Mais, dans cette paraphrase lyrique du vieux choral, je reconnais plutôt une prière individuelle qu'un prélude à la prière commune.
i. J.-S. Bach, .'. |> 206.
2. A. -G Rillcr Ziu Geschiehte <lcs Orgclspich, 1884. f, p. 1G2
LA VIE a3
Elle appartient au culte domestique plus qu'à l'assemblée chrétienne. Et l'imperfection même de la facture, le défautde convenance pourTorgue, semble nous annoncer que l'auteur a pensé en claveciniste1. Ce caractère est encore apparent dans des séries de variations sur des chorals 2 où l'on rencontre des détails qui ne sont point de l'orgue. On ne sait point sûrement si Bach fut, dans le fait, l'élève de Bohm, mais tout porte à le croire. Ayant résidé à Ohrdruf, tout près du pays natal de Bohm, Bach pouvait facilement trouver accès près de l'organiste deLùneburg. A défaut d'autre recommandation, il lui aurait suffi de se présenter devant lui au nom de ces Bach dont les compositions étaient chantées à la Micliaeliskirche. Bohm avait trop longtemps vécu dans la région courue jadis par Hans Bach « à la jolie barbe » pour ignorer cette famille de ménétriers où quelques-uns s'étaientdéjà signalés comme des maîtres. Observons du reste que Bach agit en tout comme s'il obéissait aux conseils de Bohm. Non seulement il écrit dans son style, mais il veut remonter jusqu'aux sources mêmes de ce style. D'abord formé en Thuringe, comme Bohm, il tache d'acquérir aussi l'art scintillant des orga-
!. Cette pièce est publiée dans l'ouvrage de Ritter, II, p. 202.
2. On trouve des chorals de Bohm dans le Rcperloriiim d'A.-W. Goltschalg (Schuberth, éd.) et dans la collection de M. Slraube, Aile Meister des Orgelspiels (Pe'.c*-^- i-»oil.
• ; r. -S. BACH
nistesdu Nord. Nous voyons clans la notice nécrologique qu'il allait parfois de Lûneburg à Hambourg pour entendre Johann-Adam Reinken, l'organiste laineux de l'église Sainte-Catherine. Reinken était né à Deventer en i6a3 et avait été formé à Hambourg par Scheidemann, auquel il succéda eu i(i<> { com juc organiste de Sainte-Catherine après lui avoir servi de suppléant pendant plusieurs années'. Dans ses œuvres d'orgue, Reinken cherche à ('tonner plus qu'à toucher. A. -G. Ritter analyse son prélude du choraLl// Wasserflûssen Babylon. C'est une couvre très développée (335 mesures), pleine d'ingéniosité, mais superficielle. Il en est de même de sa composition faiti1 d'après le choral Es ist gewisslich an der Zeit, longue de 2 .'■'>■• mesures à quatre temps, très ornée, et où les ressources de l'orgue sont habilemenl utilisées. Il y avait surtout dans son art une virtuosité qui devait séduire le jeune Bach et une abondance assez, riche pour l'émerveiller. Ce séjour à l'école de Liïneburg permit aussi à Bach d'entendre de la musique française. Georg- Wilhelm, ducde Braunschweig-Luneburg, s'étail formé à Celle une cour toute française. En 1675, il avait épousé Eléonore Desmierd'Olbreuse, qui était originaire du Poitou. Un grand nombre de
1. Gcschiclttc der Klaviermusih An M. Max Seifferl (1899), p. a55 (> éd. de l'ouvrage de Weitzmànn, Geschichte des Klarierspiels).
Français étaient déjà au service du prince avant i685. Après la révocation de l'édil de .Nantes, beaucoup de protestants se réfugièrent dans ses possessions où ils étaient favorablement accueillis. EléoncreDesmier sortait d'une famille huo-uenote, elle compatissait aux peines des exilés et les secourait à cause de leur race et à cause de leur foi. Une vague religion de la patrie se mêlait à sa miséricorde pour les calvinistes persécutes. Pour qu'ils pussent tenir leurs assemblées dans un lieu moins étroit, elle donna trois mille écus de sa cassette particulière. Elle voulaitque, forcés de quitter leur pays afin de sauvegarder leur croyance, ils eussent enfin la consolation des prières communes et paisibles, après l'émoi des prêches dans la campagne et la ruine de leurs temples1. Ainsi s'organisait autour d'elle, et jusque dans sou peuple industrieux et grave, la France qu'elleavail rêvée, parce qu'elle l'avait déjà connue un peu, dans son enfance provinciale. Dans cette résurrection de sa vie, la duchesse retrouvait même les joies de ses premières années. Les musiciens français réfugiés à Celle lui jouaient, sans doute, les « danses poitevines et champêtres que, dit-on, elle avait apprises dès sa tendre jeunesse » et qu'elle avait aimé à danser2 .
i. Cette église fut inaugurée en 1700.
2. Une mésalliance dans la maison tic Brunsivich. Eiéonore Des-
if, J.-S. BACH
Les auteurs de la notice insérée dans la Musikalische Bibliothek de Mizler assurent que la musique française était encore une nouveauté dans la région, quand Bach eut l'occasion d'aller l'entendre a Celle. Mais Spitta cite un document de [663 qui fait allusion, déjà, aux œuvres de style français que l'on y exécutait1. Il serait fort intéressant pour nous de savoir les noms des principaux musiciens qui, dans les premières années du xvme siècle, faisaient partie de l'orchestre de Georg-Wilhelm. Spitta regrette de n'avoir trouvé aucun renseignement sur la composition de ce groupe d'instrumentistes. Grâce à des recherches laites sur ma demande, quelques noms onl été découverts dans les registres des églises. En 170 j, on mentionne Philippe Curbasatur [sic] '. La même année, Henri de Ilays est signalé, à propos d'un baptême. Le nom de La Selle ■"' figure, en 1689, aussi dans un acte de baptême. D'autre part, l'organiste de Georg-Wilhelm était Français. 11 s'appelait Charles Gaudon. Je
mier d'Olbieuse, duchesse de Zell [sic] par Horric de Beaucaire . j>. 1 "1 Rappelons que dans les suites d'airs à danser <ln de se rencontrent des pièces nommées « branles de Poitou ».
1. J.-S. t'.tcli. !. p. ii)7, fin de la note '!;, à la page i<)S.
2. Je n'ai pu encore vérifier, moi-même, ces indications. Faut-il lire i<i. P. Courbois, «. lur, abréviation indiquant le lieu de son origine (Tours?)? Il va des cantates françaises d'un musicien de ce nom 1 7 10).
; I h violoniste de ce nom est cité par Clément, Relation du voyage de Brème en vers burlesques (167(1). •'° ' a' signalé dans la Riemann Feslschrift (1901)), p. >><>.
n'ai encore pu établir depuis quelle époque il résidait à Celle. Le 3i juillet 1707, on le désigna comme ancien de la communauté réformée1. Il était aussi musicien de la troupe ducale, sans doute claveciniste.
Spitta cherche comment Bach parvint à pénétrerdans ce milieu musical. Les concerts n'étaient pas publics. Pour Spitta, le seul personnage qui ail pu l'introduire à Celle était l'organiste de la ville, Arnold-Melchior Brunckhorst. Bach n'avait peut-être pas encore assez d'assurance pour oser se présenter de lui-même à la cour où, écrit Gregorio Leti, on était toujours accueilli si l'on prenait « l'habit d'un homme de guerre, d'un chasseur ou d'un musicien2 ».
Par ces études de l'art français, Bach témoignait encore de son désir d'atteindre aux principes mêmes du talent de Georg Bôhm qui, dans ses œuvres, adopte des formes de composition et des « manières » françaises.
Son séjour a Limeburg et ses voyages à Celle durent aussi le familiariser avec des œuvres italiennes. La bibliothèque de la Michaeliskirche de Limeburg possédait quelques compositions de
1. Je dois ce renseignement à M. le pasteur W. Deiss, que je remercie pour ses recherches dans les archives de la communauté réformée de Celle.
1. Abrégé de l'Histoire de lu maison sérénissime Je Brunswick [il S;), p.^327.
Monteverdi, nous l'avons déjà dit. ()n y trouvai! encore des pièces de Carissimi, d'Alessandro Grandi, d'Albrici, de Rovetta, de Pietro Torri, etc.1 A la Johanniskircke se trouvaitle premier livre des Canzoni de Girolamo Frescobaldi (i583-i644)> dans l'édition de Bartolomeo Grassi (1628). L'opéra // Paride de G. -A. Bontempi (16G2 y était aussi, ainsi que la Musurgia universalis d'Athanasius Kircher (i65o) où Ton peut lire tant d'observations sur la musique italienne, et qui renferme des exemples nombreux. A Celle, le duc avait eu à son service des musiciens italiens-.
Enfin, quand Bach allait à Hambourg, il assista peut-être à des représentations d'opéras, soitde Cesti, de Pallavicini, soit de Steffani, en qui le style allemand se mêle au style italien1. Pendant ces années de formation à Lûneburg, il eut ainsi la faculté de se donner uneculture musicale singulièrement étendue.
Les études classiques terminées, Bach lut admis à Weimar parmi les musiciens de Johann- Ërnst, frère de Wilheni-Ernst, duc de Weimar. Il entra comme violoniste au service de ce prince
1. \Y, Jungbans. Programm des Johanneums zu Lûneburg (1870), p. 28.
■>.. Hoirie de Beaucaire. Oui>. cité, p. 86.
'!. /Jus ersle Jahrhundert der délits chen Oper, article de M. le l> Hermann Kretzschmar dans les Sammelbànde der Internationa- Icn Musik-Gesellschaft, III, p. 284.
le 8 avril 1703, jour de Pâques. La musique italienne était en faveur à la cour. Il lui était ainsi permis de continuer son admirable apprentissage des œuvres de toutes les écoles. A Weimar comme à Lùneburg, il pouvait rencontrer un guide pour lui faciliter cette poursuite passionnée des compositions inconnues. Il y avait alors à la cour de Weimar un virtuose de valeur, le violoniste Johann-Paul von Westhof. Fils d'un officier do l'armée du roi Gustave-Adolphe, professeur de langues étrangères, puis musicien de la chambre à Dresde, Westhof, qui avait fait campagne en Hongrie contre les Turcs, s'était mis à voyager pour donner des concerts. On l'entendit à Florence, à Vienne, en Angleterre. A la fin de l'année 1682, il eut « l'honneur de jouer du violon devant le Roy, et devant toute la Cour»1. Plus tard, il enseigna les langues à Wittenberg. Depuis 1698, il était secrétaire de la chambre et musicien de cour à Weimar, où il mourut en 1706. Ses compositions ne manquent pas de valeur. On y rencontre des passages où l'emploi d'accords à plusieurs parties témoigne de son habileté d'instrumentiste2. Bach fut certainement attiré par ce personnage qui avait par-