‹ J. S. BachChapitre 28 sur 66 · B.-G., XXIX» année · texte numérisé non relu

B.-G., XXIX» année

des cantates qui se succédèrent probablement cette année, selon l'ordre des solennités liturgiques, on rencontre, pour les fêtes de Noël de 1723, un groupe de cantates dont les deux premières ont beaucoup d'éclat. L'une célèbre la venue du Messie par des chœurs brillants et somptueux [Christen, àtzet diesen Tag1), l'autre glorifie le fils de Dieu « vainqueur du démon », destructeur du « serpent infernal », et la musique en est forte, et, en certains passages, grondante (Dazu ist erschienen der Sohn Gottes*). Une troisième cantate est plus recueillie dans l'action de grâces. Le chœur énonce, dans une calme fugue, les paroles de gratitude : « Voyez, le Père nous a témoigné un tel amour que nous nous appelons ses enfants » (Sehet, welch'eine Liebe liai uns der Vater erzeiget3). Aux louanges de la bénédiction divine se mêlent des imprécations adressées au monde, dont les richesses ne durent point. Des gammes de la basse continue représentent, dans un récitatif d'alto, cette instabilité des biens de la terre. Dans l'air de soprano, les violons décrivent, par des traits flottants, par des motifs formés de volutes qui alternent avec d'amples tourbillons, les nuages mouvants de la fumée,

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LES CANTATES DE 1704 A 17a 5 117

auxquels le texte compare les bonheurs d'ici bas.

Nous ne pouvons que signaler les cantates qui, d'après Spitta, furent destinées aux fêtes de Tannée 1724. Pour le jour de l'an, il se peut que Bach ait composé la cantate Singet dem Herrn fin neues Lied1. A l'Epiphanie, on entendit sans îloute la cantate Sie werden aus Saba aile kommen-, pour la Purification, la cantate Erfreute Zeit im neuen Bande3. La fête de Pâques fut vraisemblablement célébrée parla cantate Christ lag in Todesbanden'*, composition sévère et profonde, à laquelle un des plus anciens cantiques allemands sert de base. Un prélude que le souvenir de la Passion toute proche assombrit prépare au chant du choral. Des fragments de cette mélodie paraissent déjà dans Fexorde joué par les instruments à cordes. Deux parties d'alto en font la sonorité plus grave. Les motifs sont entrecoupés : le thème du choral ne s'élève qu'avec peine, les premières notes sont redites, elles pèsent, la suite en est arrêtée. Il semble que la mélodie soit prisonnière des mêmes liens qui ont retenu le Christ enchaîné par la mort. Les sept

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versets du choral succèdent à celle introduction. Le premier et le dernier sont chantés par le chœur entier, soutenu, à la manière ancienne, des trombones et du cornet, et accompagné du quatuor. Dans la quatrième strophe, les quatre voix sont aussi unies. La seconde et la sixième sont chantées à deux voix, la troisième et la cinquième à une voix. Il y a ainsi une remarquable symétrie dans la disposition de cette œuvre, où Bach introduit, cependant, une grande variété. Bien que les matériaux en soient préparés à l'avance, puisque, dans chaque verset, le thème du choral domine, la composition n'est point monotone. Non seulement le motif principal est habilement transformé à chaque reprise, mais les instruments ajoutent encore à la diversité de ces répétitions déguisées, en donnant un commentaire à la poésie. Par exemple, quand la basse chante « le véritable agneau de la Pâque... immolé pour nous sur la Croix », le thème chromatique descendant, ce thème si commun de la douleur, paraît dans l'accompagnement. Quand le soprano et le ténor font allusion à la « grande fête » que le Seigneur nous a préparée, la basse continue se meut avec une cadence majestueuse. Et, dans le chant même, se reflètent, par des traits ou des harmonies allégoriques, les sentiments évoqués par le texte. Le choral qui ne traduisait

que d'une, manière très générale la piété de l'assemblée chrétienne se nuance ainsi de toutes les émotions de la piété personnelle. Très uniforme de plan, maintenue dans la même tonalité, asservie au cantique sans cesse redit et si reconnaissable, quelle qu'en soit l'ornementation, la cantate est vivifiée par cette espèce de flamme intérieure qui luit dans l'âme de chaque fidèle dont la religion n'est pas seulement formaliste, mais vivante. Pour le jour de la Pentecôte, Spitta désigne la cantate Erschallet, ihr Liecler1, pour le mardi de la Pentecôte, la cantate Erw'ùnschtes Freudenliclit', pour le dimanche de la Trinité, la cantate 0 heiVges Geist-und WasserbcuP, dont le texte est de Franck. Enfin l'on peut considérer comme faisant partie des cantates de 1724 les œuvres suivantes : Schau lieber Gott (dimanche après la Circoncision1) ; Mein liebster Jesu ist verloren 'premier dimanche après l'Epiphanie5) ; Jésus schlàft, iras soll ich hoffen (quatrième dimanche après l'Epiphanie6), Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen (dimanche Jubilate)1 . Certaines parties de

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