‹ J. S. BachChapitre 50 sur 66 · B.-G., XL, p · texte numérisé non relu

B.-G., XL, p

LES ŒUVRES DE MUSIQUE INSTRUMENTALE 2o5

témoigne déjà de son admirable richesse d'imagination et de son ampleur lyrique. L'écriture est d'ailleurs Lien plutôt l'écriture d'un claveciniste que d'un organiste, Dans la première strophe de chacune de ces suites, la mélodie est accompagnée lourdement : les Par file diverse sopra Christ, der du bist der helle Tag ont ce début :

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Ce n'est pas la polyphonie continue de l'orgue. De plus, dans ces Partite, la pédale n'intervient qu'une seule fois d'une manière distincte, et encore, elle est écrite ad libitum, et sous une

forme plus propre à la pédale du clavecin qu'à la pédale de l'orgue '.

Les Partite sur Sey gegrilsset, Tesu giïtig2, sont au contraire écrites certainement pour l'orgue. Dans l'exposition du choral les quatre voix évoluent élégamment. Plusieurs variations sont faites avec pédale obligée. Enfin toute la composition, quoique formée sans doute de pièces façonnées à diverses époques, témoigne cependant, dans l'ensemble, d'une plus grande maturité que les autres Partite3. Dans la première variation, écrite à deux parties seulement, Bach étire le thème uni du choral en longues vocalises, et, pour donner l'unité musicale à ce déploiement du thème, où le thème disparaît sous les fioritures, il répète, dans l'accompagnement, un motif obstiné, inspiré par les premières notes du choral. Voici les éléments de celle variation : dune part, la mélodie fort simple du cantique (A), de l'autre l'ornementation de Bach (B) et le dessin de l'accompagnement (G) qui, dans le cours delà première variation, reparait plusieurs fois en des tons différents (C).

i. Le choral Christ lag / rien (éd. Peters VF, [«. 40)

écrit sans doute aussi pour le clavecin, est probablement <le la même époque.

Griepenkerl el Roitzscb (Peters), V, p. 7G.

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Les mêmes procédés d'ornementation, ou plutôt d'amplification mélodique et d'accompagnement, se retrouvent dans les chorals réunis dans un recueil manuscrit intitulé Orgel-Buchlein, formé quand Bach était à Gôthen, mais dont les éléments étaient sans doute déjà prêts depuis quelques années. Mais l'usage que le musicien fait ici des moyens employés dans les Partite n'est plus le même. La variation de la mélodie du cantique y est assez rare et, quand elle se présente, moins libre et moins abondante que dans les Partite. Le thème reste distinct. Le plus souvent même, il demeure intact. De plus, les motifs de l'accompagnement sont d'un caractère tout particulier. Si, dans les Partite, on arrive à discerner, dans certaines variations, une sorte de commentaire musicalde la strophe correspondante du cantique, cette exégèse estbeaucoup plus

commune et beaucoup plus nette dans les chorals de Y Orgel-Bïtchlein. Dans cet ouvrage d'enseignement, destiné à apprendre aux organistes à « traiter de toute manière le choral », Bach nous montre clairement ses intentions significatives1. Philipp Spitta détermine avec beaucoup de justesse la nature de l'interprétation symbolique du compositeur. « Bach alla plus loin dans le perfectionnement de la forme, en mettant dans les motifs contrapontiques de l'accompagnement le reflet de certaines émotions provoquées par la poésie du choral. Pachelbel s'en était abstenu : il manquait de cette profondeur de sentiment qui permet de parvenir ainsi jusqu'au cœur du sujet traité. Et c'est bien une pénétration intime, et non pas une sorte de peinture extérieure. Car, il faut le redire, en chaque mouvement du monde extérieur, nous reconnaissons l'image d'une émotion intérieure déterminée, et chaque représentation d'un mouvement suscite, dans l'imagination sensitive, un mouvement émotif analogue. Le procédé de Bach n'est tel que parce qu'il va jusqu'à la substance expressive de la poésie. « Ah ! que la vie de l'homme est fugitive et vaine2 », chante Michael Franck, et Bach

1. Voyez l'article de Fr. Chrysander dans les Jahrbiicher fur musikalische Wissenschaft (II, p. 241).

2. B.-G., XXV'4 p. 60 (éd. Pelers, V., p. 2) Ach wie nichlig, ach wie fluchtig.

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aïo J.-S. BACH

accompagne la mélodie par des doubles croches <[ ni glissent sans relâche, passent comme des fantômes, comme des formes brumeuses. « La troupe des anges vint du ciel1 », dit Luther au début de son chant de Noël, et les motifs unis de la main gauche, que la pédale reprend, deux fois plus lents, descendent rapidement, puis remontent, comme de célestes messagers, qui s'approchent de la terre puis s'élèvent de nouveau. « Par la chute d'Adam, la nature et l'essence de l'homme ont été entièrement perverties2 », dit le commencement d'un cantique de justilication : un intervalle de septième répété par la pédale, décrit la « chute ». On ne doit point blâmer ceci comme une illustration trop simple du premier vers : la représentation de la chute de l'état d'innocence dans l'étal de péché domine en effet la poésie tout entière. Ce ne sont que de telles représentations que Bach renouvelle dans sa musique. Il en témoigne dans sa composition sur le cantique funèbre : « Seigneur Dieu, maintenant ouvre ton ciel.3 » Contournés, les motifs de contrepoint qui l'ac-

i. B.-G., XXV, p. 10 (P. V., 54). Vom Wmittel kam der Engel Schaar.

2. B.-G., XXV* (P. V., p. i5). H Durch Adam's Fait itt ganz verderbt.

î. B.-G., XXV1, p. 26 (P. V., p. 26}. Ilcrr Goit, nun schlcuss den Minime l auf.

compagnent paraissent incompréhensibles, tant qu'on n'en est pas arrivé, dans la première strophe, à ces mots : « J'ai souffert assez de peine et j'ai lutté. » Alors se dévoile l'image de la vie humaine, confuse et épuisante. Ou bien que l'on considère le choral « Quand Jésus était sur la croix1 ». Le poème est une paraphrase des « sept paroles » du crucifié : les motifs de la pédale, ces syncopes qui entraînent lourdement la basse vers les tons graves symbolisent le supplice d'être suspendu, dans une sorte de repos accablant et torturant... 2»

A la fin du choral « Homme, pleure tes grands péchés8 », les motifs chromatiques, les harmonies amères, enfin le ralentissement du mouvement (adagiossimo) interprètent les dernières paroles de la première strophe où sont rappelés les mérites de Christ, « né pour nous... sacrifié pour nous, chargé de nos lourds péchés, sur la croix, longuement* ».

1. 13. -G., XXV2, p. 32 (P. V., p. 11). Da Jésus an dem Kreuze

stund.

3. B.-G.. XXVS, p. 33 (P. V., 48). O Mensch, beweiiï dein' Sunde gross.

4. Il est instructif de comparer ce choral d'orgue au dernier chœur de la première partie de la Mailhàus- Passion, fait sur le même cantique.

J.-S. 13 A Cil

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