‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 20 sur 134 · PORTRAITS DE M A R I E - A N T 0 1 N E T T E · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE M A R I E - A N T 0 1 N E T T E

Mercy, s’empresse de répondre le 19 janvier 1775, (( qu’il n’y a pas à Versailles et à Paris un seul portrait de la reine par un bon peintre ». Il annonce au baron de Neny, secrétaire de l’impératrice, que Duplessis, dès le dernier coup de pinceau qu’il donnera au portrait du roi, commencera pour la cour de Vienne la copie qui lui est destinée « et il en sera de même du portrait de la reine, que le Sr Duplessis fera également ».

Deux mois plus tard, le portrait du roi n’est pas plus avancé, mais l’ambassadeur a obtenu d’envoyer la semaine suivante — à la fin de mars — le peintre près de la reine « qui avait promis de lui donner séance ». Cette fois, Duplessis fait diligence; le 18 mai, le comte de Mercy annonce que le portrait va partir par le premier courrier qui se mettra en route « si toutefois il est assez sec pour être emballé ». Sec ou non, il est expédié, et il parvient à la fin de mai à Vienne.

Des le Ier juin, le baron de Neny annonce que l’impératrice l’a reçu, mais « qu’il lui avait paru mauvais, tant pour la ressemblance que pour l'exécution ». Entre autres choses à reprendre, Marie-Thérèse trouvait le visage de la reine « trop raccourci et sa parure peu avantageuse 1 ».

Ce n’est guère l’avis de l’ambassadeur, et il réplique le 20 juin :

« J’avais bien prévu que S. M. ne serait pas trop contente du portrait de la reine ; cependant il a été travaillé par le meilleur peintre, le seul au moins qui ait le plus approché de la ressemblance de la reine et, tel qu’est ce portrait, il est inutile de penser à en avoir un meilleur de la main des peintres de ce pays-ci2. »

Le jugement du comte de Mercy, plus impartial que celui de Marie-Thérèse, doit être considéré comme équitable. Il y a d’ailleurs plusieurs années que l’impératrice n’a pas vu sa fille, et la cour de

1. Celui de la collection de Ganay a plutôt le visage d’un joli ovale. Duplessis a embelli la Dauphine qui, dans l’esquisse do M. de Nolhac, a le menton rond et le nez assez court.

2. Flammermont, Marie-Antoinette au printemps de 1775 (Archives impériales de Vienne). Gazette des Beaux-Arts, t. XIX.

Vienne a des exigences qui feront dire à Liotard ce mot significatif :

« On ne me fait plus peindre des archiduchesses ; je ne les fais pas assez belles ! »

La discussion qui s’est engagée au sujet de ce portrait est assez contradictoire. Flammermont croit l’avoir découvert au château de Laxenbourg, avec celui de Louis \\ I. du même peintre, dont le comte de Mercy a indiqué les dimensions à Duplessis ; le portrait de la reine a les mêmes mesures (om,/igô sur o“,3g). 11 a été mis à l'Exposition des portraits de Marie-Antoinette et son temps, sous le n° ioi , sans nom d’auteur1. 11 ne rappelle en rien la préparation dont j'ai parlé et le portrait qui appartient à M de Ganay ; le dessin en est dur; il n’a ni charme ni fraîcheur de jeunesse. M. de Nolhac pense que ce n’est pas celui qu’a lait Duplessis, et je partage son avis.

Enfin Flammermont signale encore un autre portrait de la reine, par le même peintre, qui aurait été exécuté à la fin de 1778 et qui parvint à Vienne en février 177g. Il -crait placé à la llofburg, dans l’antichambre de Sop/iicu appartnimt. Pas plus que le précédent, il n’est signé. L’examen auquel l’historien a pu se livrera été, à la vérité, un peu sommaire ; aussi est-il moins catégorique et « par acquit de conscience » met-il un point d 'interrogation à la légende de 1' image qu’il publie ’. Il se hase sur l’usage de commander en même temps aux artistes les portraits du roi et de la reine : or Duplessis a exposé en 1777 un grand portrait du roi en pied. D autre part, on sait que l’auteur du portrait envoyé à Vienne a reçu i5 000 liv res de Marie-Antoinette, à qui Marie- Thérèse manifeste 1 intention de les rembourser. Et cette somme importante « s accorde bien avec les habitudes de Duplessis, peintre excellent, le premierdc son temps,

1 . Il est reproduit dans l'article rappelé ci-dessus de la Gazette des Beaux-Arts. Ne serait^ce point celui de Michel 'N an Loo qui, d'après la note ci-dessus de Montucla, avait été envoyé à Vienne ?

a. Gazette des Beaux-Arts, t. XIX, p. 38g.

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