GLUCK
(Musée impérial de Vienne)
LES PORTRAITS DU CHEVALIER GLUCK 4g
qu il fait sur la couleur de celui d’Allegrain, et il ajoute que l’abbé de Véri est «d’une ressemblance incroyable ». C’est un chef-d’œuvre, d’après l’auteur des Observations sur les ouvrages...
Le rédacteur des Mémoires secrèts écrit que 1 « on contemple sur cette physionomie tranquille l’ami du ministre expérimenté, dont la sagesse invisible dirige notre jeune monarque ».
Mais il y a, au même Salon, une autre œuvre du peintre qui excite au plus haut degré l’attention ; c’est un portrait de Gluck, qui vient d’arriver à Paris, et qui va déchaîner des polémiques retentissantes entre l’abbé Arnaud, Suard d’un côté, Marmontel et La Harpe de l’autre. La figure du grand musicien a le plus préoccupé Duplessis, avec celle de Franklin; il en fait diverses études, au crayon, au pastel, à l’huile et il n’exécute le grand portrait de 1775 qu’après l’avoir tenue longtemps devant lui et observée soit chez l’auteur de La soirée perdue à l’Opéra, soit chez le compositeur.
Parmi les préparations de cette toile, poussées jusqu’au point où elles sont elles-mêmes des œuvres accomplies, il y a une sanguine 1 qui nous montre un Gluck en quelque sorte inédit, qui ne ressemble ni au pastel qui a appartenu à M. Doisteau, ni au portrait à l’huile acquis par M. le Dr Tuilier et exposé en dernier lieu à Berlin : c’est l’auteur d’Orphée en méditation, grave et abstrait. Le pastel qui a atteint le prix de 71 000 francs à la vente de la collection Doisteau est manifestement une esquisse du grand portrait qui est au musée du Belvédère, un Gluck inspiré et composant au clavecin.
Cet homme laid, assis devant un fauteuil de velours rouge, enveloppé dans une robe de chambre à ramages, avec un foulard passé autour du cou, a les deux mains croisées sur les partitions reliées d’ Iphigénie et à' Orphée', ses petits yeux un peu obliques sont bridés par une forte patte d’oie, mais sa bouche est régulière et d’un pur dessin, son front est proéminent et l’ensemble est sérieux et pensif; c’est Gluck dans l’intimité.