‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 3 sur 134 · LES DON A TIFS · texte numérisé non relu

LES DON A TIFS

lant leur famille, sur un châssis qui orne encore les galeries de l’ Hôtel- Dieu actuel, bâti par l’évêque d’Inguimbert ; ces toiles prirent le nom de donatifs. Elles ont peu à peu cédé la place aux hommages décernés à de plus récents bienfaiteurs et sont reléguées dans les greniers, sans dommage irréparable pour l’art.

J’ai vainement cherché quelques-uns des donatifs auxquels travailla Duplessis. Il eût été intéressant de voir comment un homme de talent s’acquittait d’une tâche qui ne rebutait point d’ailleurs les artistes d’autrefois, habitués à faire tout ce qui concernait leur état. La comptabilité des hospices de Garpentras contient un assez grand nombre de mandats délivrés à Duplessis, à raison de cinq livres royales pour chaque tableau de donatif. Il était apparemment le fournisseur attitré de l’établissement, d’après un tarif qui ne varie guère, si nous en jugeons par le mandat que nous reproduisons :

« E 175, n° 19. M. Balmelle procureur de cet hôpital, payés à M. Duplessis peintre, la somme de soixante-neuf livres roy. pour deux portraits qu’il a fait, trois donatifs et quatre inscriptions à 3o s. la pièce. Et rapportant ce mandat ladite somme vous sera admise. Au bureau ce i5 janvier 1764. — Signé : Gabridet, Tissot. »

Si l’on remarque la date de cette pièce de comptabilité, on verra qu'à la veille de l’exposition de l’académie de Saint-Luc de la même année, où il envoya le portrait de Mme Lenoir, le peintre ne dédaignait point de se charger encore de travaux à bas prix, et même de simples inscriptions. Et ce n’est point accidentel : il reçoit, en 1762, de la confrérie du Saint-Sacrement « dix livres 16 sols roy. pour achat de neuf pans de taffetas blanc à raison de 2 4 sols le pan, plus douze livres royales pour avoir peint le dit taffetas quia été posé à la fenêtre de la Gloire de l’autel de saint Joseph ». Quatre ans plus tard, il peint en marbre les soubassements d’une chapelle de la cathédrale de Saint- Siffrein, et cet ouvrage lui est payé 2 4 livres ; il peint aussi les armoiries de l’évêque, les écussons « qu’on a fait faire pour assister aux enterrements des personnes qui font des legs à cette maison » ; il répare les anciens écussons, et, agréé de l’Académie de peinture en

17G9, il continue son service de peintre ordinaire de l'hôpital de Carpentras jusqu'à la fin de 1772, fournissant, quand on les lui demande, par obligeance et par nécessité sans doute — à moins qu’il n'exécute un traité, ce qui est probable — donatifs et inscriptions. Pour ces dernières, lettres d'or tirées sur planche, il eut, en 1771, un associé nommé Bernard.

Champfleury eût décrit certaines de ces toiles, oùle peintre s'ingénie à rappeler la générosité des Carpentrassiens qui, fidèles à une louable tradition, léguaient à la Charité de leur ville une partie de leur fortune, et il est à regretter que quelques-unes des compositions d’un artiste tel que Duplessis n'aient pas été conservées. Les portraits aussi ont disparu, à l’exception d'un seul, celui de M. Jacques Vincent, que j'ai retrouvé et signalé à l'administration.

Avant son départ pour Paris, Duplessis eut à peindre un maître de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, ayant servi sous les ordres du prince de Conti et du maréchal de Saxe, en qualité d’aide-maréchal général. La lettre qui suit — seul manuscrit du peintre que possède la bibliothèque de Carpentras — révèle à cet égard quelques particularités qu’il faut noter :

A Monsieur

Monsieur de Saint-Sauveur le père, à Sarrian.

A Carpentras ce 2 Décembre 1751.

J’ay retouché la cuirasse de votre portrait avec des couleurs qui ont parfaitement bien séché, mais ayant oublié deux ou trois petits endroits qui en avaient besoin je viens de les retoucher aujourd’hui, de sorte que je vous le garantis en état d’être transporté dans 3 à 6 jours tout au plus et comme je pars pour Lyon samedi ou dimanche pour le plus tard, j’espère que vous aurez la bonté de m’en envoyer demain le payement par quelque personne de confiance et si je puis vous être utile dans le peis ou je vais, vous pourrez en même temps m’envoyer vos ordres.

J’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Duplessis.

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Photo J.-E. Bulloz

CHARLOTTE DE FLORANS

(Musée de Carpentras)

PREMIERS PORTRAITS g

De tous les portraits du maître de Carpentras, c’est le deuxième en date qu’on puisse lui attribuer avec certitude. Une perfection qui s’étendait même à l’équipement militaire plut sans doute à M. de Saint-Sauveur et valut quelques commandes à l’artiste besoigneux.

C’est à ce moment que Duplessis dut peindre plusieurs personnes appartenant à la noblesse du Comtat et au clergé.

Où sont ces toiles dont nous connaissons quelques copies exécutées par un professeur de dessin au collège de Carpentras, Denis Bonnet, qui montra par là son goût et qui ne manquait point de talent? Plusieurs des originaux existaient encore dans le département de Vaucluse au milieu du xixe siècle, d’après les mentions inscrites sur les châssis des copies, qui nous fournissent avec les noms des modèles, quelques indications utiles. C’est ainsi que l’on apprend l’existence de l’abbé de Bouchony, de la marquise de Saint-Paulet, et de Mmü de Canillac.

Deux portraits sauvés de la dispersion enrichissent le musée de la ville et sont inscrits sous cette désignation au catalogue :

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