‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 4 sur 134 · Portrait de femme en robe bleue · texte numérisé non relu

Portrait de femme en robe bleue

M. Louis Gonse, qui les a décrits dans Les chefs-d’œuvre des musées de France et qui les a reproduits, en parle de la manière la plus favorable :

« Une tradition ancienne, dit-il, les attribue à Duplessis ; l’exécution est cependant plus nerveuse et plus riche que la sienne.

« Les tons sont plus vifs, plus lumineux, le dessin est plus spirituel ; faute de pouvoir proposer une autre attribution, je les laisse à Duplessis. Ce sont, en tout cas, de véritables chefs-d’œuvre

« Le personnage en cuirasse Louis XV, selon un renseignement qui m’est communiqué, était un noble d’épée, Cavet de Vérot, qui fut deux fois consul de Carpentras, de 1756 à 1776 ; la dame en bleu ne serait autre que Charlotte de Florans, sa femme1. »

1. P. 57. — Il s’agit exactement, d’après une note très explicite que j’ai reçuo de

C’est aller un peu vite que de parler à ce propos de chef-d’œuvre, mais ces peintures, qui ont frappé M. Gonse par leur qualité, sont incontestablement de Duplessis. Elles datent de 1763, un an avant que ses œuvres figurent à 1 académie de Saint- Luc.

Il est étrange que ces deux portraits ne soient attribués à leur véritable auteur que comme par un pis aller. D’autres auront, on le verra, le même sort injuste. On les donnera d’abord à Chardin, et successivement à Louis Tocqué, puis à Aved ou à Greuze, jamais dans tous les cas, il faut le noter, à des artistes médiocres. Les termes de comparaison, avec d'authentiques toiles de Duplessis, étaient, à la vérité, assez rares, avant les expositions et les ventes de ces dernières années pour expliquer de telles méprises.

Auparavant se placent, dans l’ordre chronologique, quelques peintures religieuses demandées à Duplessis par des confréries pour leurs chapelles et pour la cathédrale de Saint-Siffrein, où l’on peut voir encore les plus importantes : 1 Invention de la Croix et le Cénacle.

Ces toiles m’ont paru supérieures à celles qu’on trouve dans les églises du Comtat et dont l’attribution est généralement faite aux Parrocel, aux Mignard et à Philippe Sauvan ; elles marquent encore 1 influence du frère Imbert et de Subleyras, mais elles frappent par une

M. Édouard Lautier, notaire à Noves (Bouches-du-Rhône), de Cavet (Joseph-Xavier-Nicolas), né à Carpentras le 18 février 1717, deuxième consul de cette ville en 1766 et 1776, décédé le 2 mars 1786; et d’Élisabeth-Charlotte de Florans, qu’il avait épousée le 16 février 1762; elle était née à Carpentras en 1735; elle y est décédée le 2 mars 1809.

De Cavet avait été lieutenant au Royal Comtois Infanterie; son fils Biaise de Cavet, décédé le 26 septembre i852, sans avoir été marié, institua pour légataire universel le Dr Mazen, son neveu, décédé à Carpentras en 1875. Quelques objets, sur lesquels les héritiers n’étaient pas d’accord, furent vendus aux enchères publiques, où M. Philippe Gaudibert acheta ces deux toiles; il en fit don au musée de Carpentras.

Le Dr Mazen a dit souvent à M. Édouard Lautier, son petit-fils, que ces deux portraits étaient ceux de M. et Mme de Cavet, ses grand-père et grand’mère, et qu’ils avaient été peints par Duplessis. L’inventaire dressé à la mort de Cavet par Me Quinquin, notaire à Mazan, les mentionne en ces termes : « Plus deux tableaux avec leur cadre sculpté et doré dont l’un représente le portrait de la dite dame (de Florans) et l’autre celui dudit feu S?r de Cavet. »

Cela fait deux personnages en uniforme militaire et cuirasse, que l’on pouvait confondre sans la précision des documents et des souvenirs de M. Lautier. Il faut noter encore, pour distinguer leur identité, que de Saint-Sauveur est chevalier de Saint-Louis.

PEINTURES RELIGIEUSES n

entente sérieuse de la variété des attitudes, du groupement, en un mot de la composition et du dessin. S’il est difficile de les étudier à cause de l’éclairage défectueux de l'église, on observe aisément que l’esquisse du Cénacle a été fidèlement suivie : un apôtre, à genoux, prosterné, avec une foi ardente, drapé dans une robe rouge et un manteau grisâtre, est une très bonne figure. Pour d’autres personnages, Duplessis s’est souvenu que ce sont des hommes du peuple, et il les a caractérisés par un thorax puissant, une encolure de portefaix et des traits accentués. Quelques-uns sont vêtus sans élégance, mais les apôtres ne s’habillaient pas chez le meilleur faiseur de Jérusalem.

L 'Invention de la Croix est une œuvre préférable à la précédente. Sle Hélène en adoration est d’une saisissante expression. Il en existe une étude à la mine de plomb, sur un grossier papier gris qui porte le n° 44 du catalogue du musée, et dont le dessin est déjà d’un maître par la décision et la souplesse.

Dans la même église se trouvait aussi une Visitation qui, d’après la monographie de la cathédrale Saint- Siffrein, aurait été exécutée à Rome pour les Visitandines de sa ville natale par Duplessis ; il aurait reçu, en outre du prix convenu, un supplément de neuf livres à la condition que le manteau de la Vierge serait peint en véritable bleu d’outremer.

De plusieurs autres toiles, le sujet seul est connu. J’ai trouvé dans un registre des archives départementales qui contient l’inventaire du mobilier du Directoire du district de Carpentras la mention d’une Sainte Famille et d’une Sainte Hélène provenant des établissements religieux supprimés ; il mentionne, dans la maison Gavet, une Adoration, d’après Carlo Maratla, qui, elle-même, est un pastiche de YAdoration des Mages du Guide. Ces toiles sont attribuées, avec certitude, à Duplessis, qui collabora, comme nous le verrons, à leur inventaire 1 .

i. Archives départ. Instruction publique, série L, registre 190. Directoire du district de Carpentras.

Il fit également an Saint-Marc pour l’oratoire champêtre de Saint- Marc, à Flassan, qui lui fut payé i5 livres royales

Il nous reste à citer quelques toiles appartenant au musée de Carpentras : une tête d’apôtre (n° 8G), un portrait indiqué sous le titre d' Un vieux paysan (n° 87) signé S. D. C’est l'auteur du catalogue, M. Jules Laurens, l'excellent peintre, le lithographe habile qui l’a inscrit sous cette rubrique. Il nous semble pourtant que ce vieillard chauve, aux yeux rougis et tout humides d une dacryocystite, au front ridé et plissé, aux lèvres serrées, aux muscles saillants, est bien plutôt une étude destinée à un tableau d histoire religieuse. On voit, dans tous les cas, comme Duplessis savait rendre les figures et comme ses études le dirigent dès lors vers le portrait.

Deux autres esquisses du même auteur réclament encore l allention au musée :

Jésus donnant les clés à Saint-Pierre (n° 90), où se révèle une main qui ne tâtonne ni dans la composition ni dans l exécution et L n sacrifice à Pdn (n° 88), où l'on sent toute la poésie que dégage encore un motif rebattu, sous le pinceau d’un artiste qui sait créer de fines silhouettes de femmes gracieusement drapées.

Il y a, à Carpentras, d'autres œuvres de Duplessis que j’ai eu la bonne fortune de découvrir.

L'IIôtel-Dieu, fondé par l'évêque d Inguimbert. et dont la façade est si sobre et si noble à la fois que M. André Ilallavs la juge digne de Gabriel3, commençait à s’édifier sous la direction de l arcbilecle Lambertin, d’après les plans de l’ingénieur Antoine d’Allemand, lorsque Duplessis revint dans son pays natal. Son talent y fut utilisé, non seulement pour les portraits dont j’ai déjà parlé, mais aussi pour la décoration .

La salle de la pharmacie, où le silence n'est troublé que par le pas

1. Archives départ, de Vaucluse, n° 46- Confrérie de Saint-Marc de Flassan. Comptes de 1758-59. — Il toucha trois livres pour la planche sur laquelle il a peint ledit tableau. Son acquit est du 26 mars 1759 (Communiqué par 51. l’abbé Requin).

2. Elle a tenté le pinceau de Fragonard : 2e vue de Carpentras, gravée par Vieille.

Page 1