CHAPITRE V
Le succès obtenu par Duplessis avec ses expositions aux trois précédents Salons, le désignait au choix du roi pour faire son portrait. On en demandait déjà des copies. Marie-Thérèse réclamait l’efïigie de son gendre. Les ministres, principalement M. de Vergennes, les gentilshommes de la cour, les prélats, tous ceux qui pouvaient invoquer quelques titres à cette faveur la sollicitaient; des présents diplomatiques étaient attendus. Il fallait, sans plus tarder, choisir le peintre qui, à la suite de Rigaud et de Michel Van Loo, représenterait sur la toile la Majesté royale.
C'est le ii décembre 1774 que le Directeur des Bâtiments donne avis au directeur de l’Académie que le roi, agréant sa proposition, « a jeté les yeux » sur Duplessis et sur Pajou, pour se faire peindre en pied et pour avoir son buste en marbre. Le comte d’Angiviller prie Pierre d informer ces deux artistes « qu’ils se tiennent prêts au premier ordre pour commencer à travailler1 ». Le roi ne lardera pas à leur donner un jour; pendant que Duplessis peindra, Pajou fera le modèle du buste.
Le jour de pose promis n arriva pas vite, car un mois après la date
1. Nouv. arch. de l’art français, Correspondance de M. d’Angiviller avec Pierre publiée par M. Marc Furcy-ltaynaud, i(jo5, p. 3i.
de cette lettre, le comte de Mercy avouait au baron de Neny, l’un des secrétaires de l’impératrice que, malgré de vives instances, on n’avait pu déterminer Louis XYI à donner une séance aux deux artistes ; le 1 8 mars 1775, on n’en était pas au premier coup de pinceau.
Mais, à partir de ce moment, le roi consent à s’y prêter. Il voit le portrait de Marie-Antoinette que le peintre achève en un mois, et il lui plaît sans doute. Aussi, le 19 mai, le Directeur des Bâtiments peut-il répondre à une question du ministre des Affaires étrangères, M. de Vergennes, « que le portrait est fort avancé quant à la tête 1 ». Et comme il s’agit des copies dont le ministre a besoin et qu'il se propose de confier à l’auteur de l’original, d’Angiviller acquiesce. Le peintre tiendra le ministre au courant des progrès de son ouvrage « lorsqu il sera prêt à finir» ; il ne perdra point de temps, mais quelle que soit sa célérité — les illusions du Directeur à cet égard se dissiperont bientôt — on ne peut avoir des copies avant un an, à cause de la grandeur des portraits de ce genre et des accessoires dont ils sont chargés. Et d ailleurs n’y a-t-il pas un de ces accessoires, celui des fourrures « qu’il n'est pas possible de traiter avant la fin de l’automne ? »
Indifférence du roi au sujet de son portrait; préoccupation excessive de Duplessis à cet égard, car il a une réputation à soutenir, d’illustres devanciers à égaler ; difficultés apportées aux études par le cérémonial et les fêtes de la cour2, tout vient à la traverse du projet, jusqu'aux préparatifs du sacre de Louis X\ I. Duplessis songe pourtant à mettre cette cérémonie à profit et, dans une supplique motivée et discrète, il demande à être envoyé à Reims3, â oici la correspondance qu’il engage alors avec le Directeur des Bâtiments :
2. Les séances de pose données à Callet en 1779 ont lieu pendant les déjeuners aux petits appartements de Versailles. Louis XV était plus accommodant avec Lemoyne, si nous en croyons la conversation du statuaire avec Diderot. Œuvres, t. XII, p. 96.