‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 31 sur 134 · Archives nationales, O · texte numérisé non relu

Archives nationales, O

Monsieur le Comte

Occupé à chercher pour le portrait du Roy une attitude qui ne ressemblât pas de trop près à ce que nous connaissons des portraits de Louis XIY et Louis XY, j’ay pensé qu’il ne seroit peut-être pas inutile que je visse la cérémonie du sacre. Selon moy, Rigaud a du les plus grandes beautés de son portrait de Louis XY qui est à la surintendance, à l’idée de luy mettre à la main gauche ce bâton qui élevant cette main, attire à elle le manteau, luy donne le plus beau jeu de plis possible, et découvre en même tems les deux jambes et une cuisse, avantage prétieux et qui auroit été perdu si le manteau tombant perpendiculairement les eut cachées. Je désire rois bien de trouver quelque pareille ressource et je crois que la vue de la cérémonie pourrait me fournir quelque idée que je chercherais inutilement dans mon cabinet ; s’il y avait moyen qu’on m’envoyât à Reims aux moindres frais possibles ; si enfin ma demande ne souffre pas de trop grandes difficultés, je puis vous assurer que mon motif n’est pas frivole...

Duplessis.

à Paris, ce 28 May 1775.

M. Duplessis.

A Versailles, le 3i mai 1775.

Je crois en effet, Monsieur, que le voyage de Rheims qui vous mettrait à portée de voir le Roy dans ses vêtements royaux et en différentes attitudes, pourrait vous être utile pour vous en suggérer une qui ne ressemblât point à celles que nous présentent les portraits connus de nos Roys. J’approuve donc votre voyage et je vous donnerai volontiers pour cet objet une gratification qui vous indemnisera de vos frais. J’ai fait plus, j’ay chargé M. Montucla d’écrire à une personne qui pourrait vous procurer un petit logement, et s’il en reçoit une réponse favorable, il vous écrira sur le champ pour vous en informer '.

D’Angiviller.

Monsieur le Comte,

Je sens corne je le dois l’extrême bonté avec laquelle vous avez daigné répondre à mes désirs ; il me reste pourtant encore quelques embarras qu’il

. Archives nationales, O1 19 1 3 , n° io3.

ne vous sera pas difficile de lever, premièrement, il faut sans doute que j’aye un billet pour entrer dans l’église de Reims ; de plus il me parait nécessaire d’être recommandé à quelqu’un pour me faire placer, sans quoy il serait bien possible que je ne visse rien. Il ne restera plus après cela qu’une difficulté ; on ne done à la poste, des chevaux que par une permission extraordinaire et pour ceux qui sont du service de la cour. J’ay cru qu’en montrant vottre lettre à la poste je l’obtiendrais facilement, et en effet on a respecté vottre volonté ; mais on ne peut dit-on m’en donner que le neuf au soir, je ne pourrais parconséquent arriver que le dix fort tard ; n’ayant peutêtre pas le temps de me reconnaître et de voir la personne à qui je seroy recommandé pour me faire placer, pour peu que quelque accident imprévu s’en mêle je m’expose à faire un voyage inutile, je désirerois donc que Mr D’Àugny fut prié de me faire doner une permission pour prendre des chevaux à la poste le sept ou le huit ou tout au plus tard le neuf à 5 à 6 heures du matin1.

Duplessis.

Paris le a Juin 1775.

Je n’ay parlé à la poste qu’à des comis, j'ay voulu parler à M. D’Augny qui y était, mais je n’ay pas pu le voir.

Le comte d’Angiviller donne des ordres afin que Duplessis puisse partir comme il le désire, au plus tard le 9 juin, de grand matin pour Reims. Les lacunes de la correspondance empêchent d’avoir les impressions du peintre au cours du sacre. A-t-il été placé de manière à prendre des croquis suffisants P Comment compte-t-il les utiliser? Nous ne savons rien là-dessus et il faut regretter, au point de vue de l'art, qu'il manque les dessins de cet artiste à la collection des planches gravées du sacre de Louis XV, de Napoléon Pr et de Charles X2. Il assista à la cérémonie, c'est certain, puisque, afin de s’y rendre, l artiste fut obligé d'entamer une somme qu'il avait en réserve pour payer une dette d honneur (non point cependant une dette de jeu). Il rappela plus tard assez inopportunément, puisque c'était à la commission

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