‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 33 sur 134 · Octobre · texte numérisé non relu

Octobre

PORTRAITS DE LOUIS XVI ET MANUFACTURE DE COPIES 5g

répond à quelques observations qu’on a pu lire à l 'occasion des expositions précédentes :

Les portraits de M. Duplessis ont, en général, paru l’emporter sur tous les autres, par cette ressemblance parfaite qui n’exclut point les agréments, auxquels beaucoup de ses confrères s’attachent avec une sorte de prédilection plus ou moins sensible. On voit dans ses portraits du Roy, de M. le marquis de Croissy, du Chevalier Gluck, de M. Aîlegrain qu’il a saisi le caractère de chacun de ses modèles, avec celte justesse de coup d’œil, que l’Art perfectionne, mais que la nature seule peut donner. Toutes ses draperies excitent l’illusion la plus complète, mais le moelleux du velours, le glacis du satin, le transparent du taffetas, les ondulations qu’il donne à toutes les étoffes, le mélange de plusieurs couleurs, le reflet de l’or et de l’argent, cette diversité de nuances et cette fraîcheur de coloris qu’il saisit avec autant d’habileté qu’aucun de ses rivaux, ne semblent que des jeux de son pinceau. Les habits ne sont à ses yeux que des accessoires, c’est pour la tête qu’il réserve tous ses soins h

Flammermont cite également parmi les éloges qui accueillirent les envois de Duplessis à ce Salon un passage de V Almanach historique : « Parmi les peintres de portraits, celui qui paraît l’emporter sur ses collègues par le fini le plus gracieux, c’est M. Duplessis. Cet habile homme possède l’art peu commun de varier son pinceau et de saisir la ressemblance. Le portrait de M. le chevalier Gluck, dont la tête est pleine d’expression, en est la preuve. Il est bien d’autres portraits de cet auteur qui annoncent une connaissance profonde des secrets de l’art : on doit mettre de ce nombre celui de notre auguste monarque, dont la ressemblance a frappé les moins connaisseurs. »

Le Directeur de l’Académie se fait l’écho de ces jugements favorables auprès du Directeur des Bâtiments qui, avant la fermeture du Salon, lui fait savoir « qu’il est charmé de l’effet que produit le portrait du roii. 2 ».

Le buste, dans un cadre ovale, qui est au Palais de Versailles,

i. Ms. Cabinet des estampes.

ü. Nouv. arch. de l’art français, igo5, p. 5i.

n’ayant pas quitté les collections royales, dont il porte la marque MR, pourrait bien être le portrait original, exposé en 1776, et dont il a été tiré tant de copies : c’est Louis XVI à 21 ans, très imprévu, habitué qu’on est aux traits qu'il prendra plus tard avec l’âge et sous le pinceau de Callet, de Guérin, etc.

Il est en habit de velours légèrement rosé, avec la Toison d’or et la plaque de l’ordre du Saint-Esprit. M. Chevrie possède une étude peinte qui est sans doute une des premières auxquelles le peintre se soit livré, carie visage est un peu plus jeune, les traits n’en sont pas accentués comme dans les copies telles que celle du musée Condé ; la physionomie est douce et ne revêt pas encore l’air de souveraineté qu’il faudra lui donner pour le portrait en pied, aux attributs royaux, qui est au Grand Trianon. l)e reproduction en reproduction, la courbe du nez s’accentuera avec vigueur, la lèvre inférieure déjà forte deviendra une lippe et toutes les chairs s’empâteront et s’arrondiront. L’étude dont nous parlons est bien propre à nous faire juger favorablement le talent du peintre ; venue d’un jet, dans les rares séances de travail, qui lui étaient données par intervalles, elle fixe la physionomie du jeune roi à ce moment.

Quel que soit le succès du buste au Salon, Duplessis ne considère pas le portrait comme achevé. Le comte d’Angiviller l’écrit au Garde des Sceaux, qui s’était interposé pour en faire permettre la gravure à Lemire, en vue d'un livre d'un sieur Ilouard, dédié au roi; il ne pourra être prêté, mais les demandes sont si pressantes qu’avant même la dernière séance promise par le roi, si on ne peut l attendre, d’Angiviller en commandera une copie, pour que Hall, qu il « croit le plus capable de nos peintres actuels en ce genre » puisse en faire une miniature, d'où le ministre des Affaires étrangères tirera « les copies qu’il a coutume de donner en présents1 ». Quant au graveur Lemire, il demandera à Duplessis de lui permettre de faire son dessin « dans les moments où il ne travaillera pas ».

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