Ar. n., O1 1913, n
C’est dans ce sens que, le 8 novembre 1775, le Directeur des Bâtiments donne ses instructions au peintre :
« Je voudrais que vous en fissiez exécuter au moins une [copie] avec diligence pour être prêtée au peintre dont M. le comte de Vergennes fera choix. Je présume qu’il vous est facile d’en fournir une promptement, en vous servant d’une des têtes que vous avez à différents degrés de ressemblance et de perfection et que vous pouvez retoucher et amener au point de celle du portrait que vous avez mis au Sallon. »
Il lui demande en même temps où en est son portrait du roi en pied pour le roi de Cartenate : il s’agit de ce Rajah de l'Inde dont les bureaux des ministères ne savent pas au juste le nom du royaume. Il faut lire Carnatik, ou mieux Carnatique, comme l’écrit Elisée Reclus. La Compagnie des Indes veut lui faire ce présent; elle s'est adressée à Turgot, qui en a entretenu le Directeur des Bâtiments. La chose est urgente, car il faut l’expédier par un vaisseau en partance prochaine.
Duplessis, ainsi relancé, ne paraît pas aller plus vite, et probablement ne le peut-il pas, débordé par des ordres successifs. C’est qu’il s’agit ici d’un portrait en pied qui devra donner au Rajah une idée grandiose du roi de France. Mais le roi ne pose pas et le peintre est de plus en plus embarrassé, lorsqu’une idée ingénieuse germe dans l’esprit d’Angiviller. Le Rajah n’y viendra pas voir. Eh bien ! il n’y a qu’à placer la tête de Louis XVI sur le corps de son prédécesseur. Le Directeur exposa avec ingénuité son plan à Turgot dans la lettre suivante :
M. le Contrôleur général
7 Juillet 1775.
En entrant dans vos vues, je n’ai pas perdu un moment à écrire au Sr Duplessis, chargé de faire le portrait de S. M. afin qu’il travaille à en exécuter un avec assez de diligence pour qu’il puisse partir par les premiers vaisseaux qui iront dans l’Inde. Cela serait de toute impossibilité s’il fallait se conformer pour cela aux accessoires particuliers de ce portrait dont à peine les
premiers traits sont jettes. Mais j’ai trouvé l'expédient d’employer celui du feu roy par M. Yan Loo qui servira pour l’idée générale du portrait en y adaptant la tête du roy qui heureusement se trouve prise dans la même position. Le Sr Duplessis va s’occuper de cet ouvrage avec toute la célérité que vous désirez, et je m’informerai de temps à autre de ses progrez pour m’assurer que vos intentions seront remplies.
Le peintre, qui reçoit les instructions du comte d’Angiviller, promet de s’y conformer et réclame aussitôt la copie de Van Loo. Tout cela serait peu croyable, si nous n’avions pas la correspondance officielle :
Monsieur le Comte,
J’exécuteray vos ordres avec touttes l’exactitude que vous devez attendre de moy. Il n’y a pas d’autre moyen corne vous l’avez fort bien vû que de mettre la tête de Louis seize sur le corps d’un autre portrait, je n’en vois pas sur lequel ma tête allai mieux que sur le corps du portrait de Louis quinze par M. Yanloo, ma tète est nue, précisément la même chose. Indépendemment de l’original, qui est dans le grand apartement de Yersailles, il y en a sans doute un autre au Cabinet de la surintendance ; je désirerois que vous me permissiés de le faire prendre et l’emporter chez moy ; par ce moyen je me ferois aider et je serois à même de diriger et retoucher tous les jours l’ouvrage qu’on m’auroit fait ; je vous prie d’avoir la bonté de me faire scavoir si la chose ne souffre point de difficultés, en ce cas on y mettroit la main tout de suitle.
Duplessis.
A Paris le 6 Juillet 1775.
M. Duplessis
8 Juillet 1775.
Il n’y a aucune difficulté, Monsieur, à vous prêter la copie du portrait de Louis XY faite par M. Michel Yan Loo, d'après un tableau original. Je donne à M. Jeaurat, garde des tableaux de la couronne, ordre qu’on vous la remette ; vous pouvez la faire prendre aussitôt que vous le voudrez, et je vous recommande la plus grande célérité pour remplir les vues de M. le contrôleur géné-
ral et de la Compagnie des Indes, qui payera aussitôt l’ouvrage fini, ce qui sera jugé par moi convenable 1.
D’Angiviller.
Ordre.
M. Jeaurat garde des tableaux de la couronne à Versailles, prêtera à M. Duplessis, peintre du Roy, la copie du portrait de Louis XV faite par M. Michel Vanloo, sur son original.
D’Angiviller.
A Versailles le 8 Juillet 1775.
Il fallut attendre la séance promise par le roi jusqu’au mois d'avril 1776. Nous en avons la date exacte dans la correspondance de la direction des Bâtiments avec le Directeur de l’Académie. Non seulement elle est annoncée pour le vendredi 5 avril, à Duplessis et à Pajou, mais elle a réellement lieu2, ainsi que le peintre le dit dans la lettre ci-après, écrite probablement à Montucla, commis de la direction des Bâtiments, et qui contient des détails intéressants sur les accessoires nécessaires à l’artiste pour terminer le grand portrait dont il a reçu la commande depuis si longtemps déjà :
A Paris ce 27 Avril 1776.
Je suis embarrassé, Monsieur, pour vous faire une réponse précise sur ce que vous me demandés. M. le Comte de Vergenes désireroit que M. Hall