‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 37 sur 134 · Archives nationales, O1 ig · texte numérisé non relu

Archives nationales, O1 ig

2. 3 mai 1776. D’Angivillcr à M. de Malesherbes, O1 1 g 1 3 .

3. La lettre de cachet contresignée de Lamoignon est datée du 4 niai 1776.

vêtement et l’habit de dessous qui a servi le jour du sacre et il ajoute, dans une phrase qui dénote son impatience : « Je compte que lorsque vous serez en possession de ces secours pour achever votre ouvrage, vous ne perdrez point de temps à l’amener à sa fin, car de toute part on me demande des nouvelles de ce portrait ; tout le monde témoigne le plus grand intérêt à le voir fini, et vous pouvez aisément imaginer que je n’en prends pas un moindre*. »

Quelques jours plus tard, le i5 mai, d’Angiviller, dans une lettre traitant de plusieurs objets, écrivait à Pierre, afin, sans doute, qu'il tint le même langage :

« M. Duplessis est actuellement nanti de la lettre de cachet nécessaire pour déplacer de l’abbaye de Saint-Denis rhabillement qu'avait le roi le jour de son sacre; je ne sçais s’il comporte tout ce qu'il demande, mais, entre nous, il faut qu’il avise aux moyens de se contenter de ce qu’on peut lui donner et qu’il supplée à ce qu’on ne peut lui prêter. »

On n’était pas au bout des demandes de Duplessis; il donne à Montucla une note des objets qu il lui faut ; il la communique à Pierre qui la fait passer au Directeur. Il va à Saint-Denis et, nonobstant les observations du comte d Angiviller au sujet des attributs qui ne peuvent être déplacés, il énumère à dom Forcade, garde du Trésor, le détail des pièces dont il dit avoir besoin : le manteau royal, l’agrafe qui sert à 1 attacher, l’épée de Charlemagne, le ceinturon, le sceptre du sacre, la couronne de diamants. Il a vu dans le Trésor une agrafe à laquelle il n'avait pas songé, celle qui sert à relever probablement le manteau sur l’épaule ; elle lui est absolument nécessaire « et s’il en était quclqu'autre de ce genre quoi qu elle ne fut pas sur la liste » le père Forcade est prié de ne pas oublier de la lui apporter, puisqu il a consenti à se charger lui-même du transport de tout le costume.

Et le collier de l'ordre du Saint-Esprit? On n’y avait pas songé. Nouvelles lettres de Duplessis à d Angiviller, de d Angiviller à Bertin,

i. 6 mai 1776, O1 1913, pl. 5.

PORTRAITS DE LOUIS XVI ET MANUFACTURE DE COPIES G7 ministre d'Etat : « J’avais eu dessein d’emprunter celui du Roy, écrit le Directeur, mais on m’a dit qu’on ne pouvait le prêter. » On prendra celui du feu roi, si on le découvre et le peintre en aura « tout le soin convenable ». Duplessis court à Versailles, mais le Suisse du comte d’Angiviller l’éconduit ; il n’a que la ressource d’envoyer une longue lettre pour exposer les difficultés qu’il a essuyées et qu’il est pourtant nécessaire de surmonter.

Entre temps, il reçoit ce que la langue administrative nomme un rappel sévère :

« Je suis, monsieur, tellement pressé de toutes parts, lui écrit le Directeur, pour les copies du portrait de S. M. que le Roy a déjà promises à divers corps et à diverses personnes, que je ine vois obligé de vous recommander de nouveau de mettre de la diligence dans l’exécution de cet ouvrage. Vous me ferez d’ailleurs plaisir de me marquer où il en est, afin que je puisse du moins fixer à peu près un terme à l’exécution de ces promesses1. »

La réponse du peintre n’est pas connue ; il poursuit de son mieux sa besogne sans doute, s’apercevant chaque jour que quelque chose lui fait défaut. Ainsi le 16 août, il demande à dom Forcade « la largeur du sceptre de Henri IV qui est au Trésor de Saint-Denis ».

Il s’est procuré un fauteuil de l’appartement du roi pour remplacer le trône — n’ayant pu avoir le trône lui-même — et comme ce fauteuil fait partie de l’appartement d’hiver, Duplessis, en homme prévoyant, craint qu’il ne soit réclamé, et, dès le io octobre, il fait expliquer au garde-magasin de Versailles, que « le manteau portant sur ce fauteuil, on ne peut retirer ce dernier sans déranger toute la draperie, ce qui le mettrait dans le cas de recommencer son tableau ». A celte menace, tout cède; il gardera le fauteuil-trône. Il a aussi deux portières; il peut les rendre, mais il les reprendra quand elles seront libres. D’Angiviller estime qu'il vaut mieux les lui laisser « afin que rien ne suspende l’exécution de ce tableau ».

4 août 1776, A. N., O1 1913, pl. 6.

Duplessis va son train, mais le 23 octobre, nouvel arrêt. 11 lui faut quelque chose encore et il écrit derechef au Directeur :

« En avançant mon tableau, dit-il, je me suis aperçu que pour produire reflet que je souhaite, j’avais besoin de mettre à la main du Roy un chapeau de velours orné de plumes tel que les portent en cérémonie les chevaliers du Saint-Esprit; pour vous éviter cette recherche, je me suis adressé moy-même à l’hôtel d’Aumont; j’ai écrit à M. le duc de Villequier qui m’a fait l'honneur de me répondre qu’il n’avait point, parmi les habits qu’il avait reçu de M. le duc d’Aumont le chapeau que je demandais; j’ai écrit à M. le duc de Civrac, dont j’ay l’habit de novice et je n’en ai point de réponse, cependant je suis pressé d’avoir ce chapeau dont l’effet doit me conduire à d’autres choses et celte attente me fait perdre du temps. Si vous aviez la bonté de m’en procurer un vous me tireriés de l’embarras où je suis1. »

Nous voici au chapitre du chapeau. D’Angiviller écrit au duc de Fleury et lui fait connaître le désir du peintre. Il s’était d’abord adressé à la Garde-Robe où l'on avait répondu « qu’on ne l’y avait plus, et qu’il avait été rendu aux Menus plaisirs de S. M., dont on l’avait emprunté ». Et le duc de Fleury d’écrire qu’il va donner les ordres nécessaires aux intendants des Menus. Le directeur des Menus, de la Ferté, répond aussitôt qu’il n'y est rien resté des habits du sacre; il pense que le chapeau ne peut être qu’entre les mains des officiers de l’ordre du Saint-Esprit, ou des officiers de la Garde-Robe du roi. Mais la Garde-Robe l’ayant rendu, il faut s’adresser aux officiers du Saint- Esprit; c'est ce que fait courtoisement d’Angiviller. Mais, Duplessis montre de l’impatience à son tour, rappelle aussi le chapeau qu’il a demandé et sollicite entre temps quelque argent. Il obtient la promesse d'un acompte et, quant au chapeau, le directeur dit l’avoir demandé à de la Ferté : « C’est pourquoi, ajoute-t-il, il est à propos que vous voyiez M. de la Ferté qui certainement vous en fera remettre un, si

i. A. N., O1 1914, pi- 1.

PORTRAITS DE LOUIS XVI ET MANUFACTURE DE COPIES 6g cela est en son pouvoir. S’il vous dit qu’il n’y en a point au magasin des Menus, je ne vois plus d’autre moyen de remplir votre objet que d’en faire faire un, ce à quoi je vous autorise1. »

C’était une adroite défaite et le peintre enfin se tint coi. Il travailla avec plus de minutie que jamais à terminer un portrait qui lui avait causé tant de tracas, et jusqu’à la veille même de l’ouverture du Salon, on ne voit plus dans la correspondance de la maison du roi de ses lettres cérémonieuses, humbles et exigeantes. Mais au moment d’envoyer sa toile, il est repris de scrupules et fort alarmé d’un mot prononcé par le Directeur de l’Académie, qui est venu se rendre compte de l’avancement de l’oeuvre. 11 s’adresse une fois de plus au comte d’Angiviller pour lui faire part de ses perplexités et lui demander de venir voir le portrait dans son atelier :

Monsieur le Comte,

La tète du Roy que j’ay faitte en vottre présence n’ayant pu absolument selon moy s’ajuster sur la figure entière d’une façon suportable, j’ay été obligé d’y faire plusieurs changements qui se réduisent pourtant tous à un, c’est de la lever d’avantage ce qui occasione quelques changements dans tous les traits. Vous ne scauriés croire les peines et les tourments que je me suis donné pour surmonter les difficultés que ce changement occasionnoit, j’en ay fait des essais à l’infini. Je croyais enfin être parvenu à mon but et mon âme agitée pendant trop longtemps goûtait un peu de calme lorsque j’ay reçu la visite de M. Pierre, la première chose qu’il m’a ditte, vous n'avez plus que voire tête, j’ay vu qu’il ne la supposait pas finie, je me serois consolé qu’il ne l’eut pas trouvée aussi finie qu’un autre et quand elle aurait été un peu heurtée cela aurait disparu à quatre pas et j’aurois été trop heureux qu’il lui eut trouvé autant de ressemblance de grâce et l’air ouvert que je luy trouvais. Le jugement de M. Pierre me décideroit absolument dans toulte auttre occasion ; mais nous somes si près de l’ouverture du Salon, je scais si bien ce que cette tête m’a coûté, j’ay tant de sujets de craindre de faire pis si je la repeinds et de n’avoir plus le tems de réparer le mal que je prie Dieu de tout mon cœur que M. Pierre l’ait jugée trop rigoureusement et je désire

i . A. N., O1 1914, pl. i.

avec ardeur avant de prendre un parti dangereux que vous la voyez vousmème, ce qui m’engage à prendre la liberté de vous écrire et vous prier, si vous venez à Paris d’avoir la bonté de me faire le sacrifice d’un quart d’heure.

Je suis avec. ..

Duplessis.

À Paris, ce 12 Août 1777.

Si vous m’accordez la grâce que je vous demande, je crois que si vous vous trouviez en compagnie, il n’y auroit pas de mal que vous l’emnassiez avec vous pour faire de plusieurs jugements réunis un jugement plus certain *.

Sur cette lettre on a écrit : « M. le Comte a vu le tableau chez M. Duplessis et l’a tranquillisé sur ses inquiétudes. Ce i3 août». Le portrait en pied est enfin terminé après un an et demi de travail. Mais le dossier de ses accessoires contient encore trois pièces qu’il faut analyser ou citer, car elles ont leur intérêt. C’est d'abord une lettre du peintre à dom Forcadc qui commence ainsi : « Le portrait du roy est fini pour n’y plus revenir2 ». Et il lui annonce le 26 août, — c’est le jour où s’ouvre le Salon — qu’il peut lui rendre ce qui lui a été prêté, mais il est urgent de donner le manteau royal au fourreur, « car les papillons, qui voltigent partout, font plus de ravages dans un jour qu'ils n en pouvaient faire dans quinze, il y a un mois ».

Le procureur et garde du Trésor de 1 abbaye royale de Saint-Denis dresse là-dessus un procès-verbal en forme de certificat relatant l’état du manteau, les réparations qui sont nécessaires elles frais qu’il y a à payer au fourreur3.

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