‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 39 sur 134 · Mémoires secrets, i5 septembre 1777, t. XI · texte numérisé non relu

Mémoires secrets, i5 septembre 1777, t. XI

2. La prêtresse ou nouvelle manière de prédire ce qui est arrivé, p. 16.

Monarque, qui verra régner à la cour les vertus et les arts. 11 n’aura point encore 23 ans, lorsque le fameux Duplessis, le Van Dyck de la France, fera cette image. M. Duplessis produira des morceaux dignes du peintre célèbre qu’il fera revivre, mais ce portrait a ses défauts essentiels ; il n’est pas d’aplomb ; il est surchargé d’habillement. J’aimerais mieux qu’au lieu de ce fatras de draperies qui forment le fond, il y eut placé une statue de Minerve, symbole des vertus dont Louis X\ 1 donnera un si bel exemple. En général, j’engagerai M. Duplessis à tendre un peu davantage à l’effet. 11 croira sans doute que la Nation raffolera du blanc fade ; mais je lui démontrerai qu’elle préférera toujours le lumineux soutenu de grandes masses. Son exécution sera trop égale, et fera quelquefois l’ivoire. S’il apprend à s’arrêter à temps, ses couleurs conserveront plus de vivacité et ses productions plus d’esprit.

L’auteur des Lettres pittoresques... consacre au portrait un passage important de la quatrième :

Je vous parlerai d’abord des objets les plus considérables, soit par leur grandeur, soit par leur importance. De ce nombre, est le portrait de S. M. Il attire tous les yeux et cela doit être puisque ce sont des yeux français... mais indépendamment d’un intérêt si cher, l'ouvrage se fait distinguer avantageusement par son intérêt pittoresque.

Ce n’est pas qu’il ne pût donner lieu à quelques observations critiques. Des tons un peu trop clairs nuisent à la tête et lui font manquer son effet jusqu’à un certain point. Il est vrai, que le peintre ayant tenu le reste de sa figure, surtout le haut, très brillant, a été forcé pour faire sortir cette tête, delà piquer fortement de lumière. Je laisse à juger s’il est par là suffisamment justifié. Quant aux accessoires, ils sont admirables. On ne peut porter l'illusion plus loin dans tous les détails de la draperie, agencée d’ailleurs avec beaucoup de goût, de grâce et de noblesse. L’hermine, principalement, est d'une vérité frappante. On remarque dans tout ce tableau la touche libre, ferme et hardie d’un grand maître. Quoique peint assez clairement, il n’en est pas moins vigoureux, et il y a bien de l’art à savoir ainsi détacher les objets, sans recourir à des ombres trop fortes. Enfin, M. Duplessis auteur de ce beau morceau, n'avait pas attendu jusque-là pour être placé au rang des meilleurs peintres de portraits. Je ne dirai point que la tête de celui-ci

soit digne de Van Dyck, mais je crois que Rigaud n’en aurait pas désavoué la draperie *.

Le Mercure de France consacre à « ce beau tableau » quelques lignes insignifiantes mais élogieuses.

Il y avait bien quelques fleurs parmi toutes ces épines, mais Duplessis avait eu raison contre d’Angiviller et il savait mieux que personne les défauts de son ouvrage ; il dut souffrir d’être loué pour des parties accessoires de ce portrait qu’il avait certes soignées et auxquelles il avait attaché trop d’importance (comme le manteau qui développe son ampleur dans toute la toile) et d’être critiqué pour cette tête royale qu’il avait si fréquemment et si consciencieusement cherché à rendre dans sa vérité, mais pour laquelle il n'avait eu du modèle que de rares poses échelonnées de loin en loin, avec une complète indifférence. Lui qui tenait le premier rang pour la ressemblance des figures, le voilà mis au niveau de Roslin, peintre tapissier !

De fait, le long labeur qu’a exigé ce portrait ne lui assure pas une valeur particulière dans l’œuvre de l’auteur2. L’idée étrange que le Directeur des Bâtiments avait suggérée, pour hâter l’envoi d’un cadeau diplomatique à un rajah, paraît être devenue pour Duplessis un programme.

On a vu pourtant quelle admiration il professait pour le portrait que Rigaud avait fait de Louis XV et quel avait été son désir d’imaginer à son tour pour celui de Louis XVI quelque heureuse disposition. Il n’avait pu rien innover, si ce n’est que le sceptre, tenu de la main gauche, était plus court et appuyé sur le siège d’un fauteuil. Son décor restait le même que celui des portraits solennels exécutés avant lui. Il aurait fallu, dans ce cadre classique, donner à la figure ses caractéristiques au lieu d'être réduit à la copier d'après celle du buste de 1 775.

1. Lettres pittoresques à l’occasion des tableaux exposés au Salon en 7777, 4° lettre, p. io3.

2. Le portrait du Roy en pied a occupé Duplessis une année entière. Piorre à d’Angiviller, 4 décembre 1777.

Le roi n'avait point su s’y prêter. Les peintres officiels n’excitent pas toujours l'empressement des souverains, et pour faire passer certaines effigies à la postérité quelle ingéniosité mal employée ! MM. de Nolhac et Pératé ont raconté certains de ces tripatouillages, mais lequel surpasse Louis XVI peint d’après les lignes générales de Louis XV par Hyacinthe Rigaud, d’après la stature et la corpulence qu’il prend ensuite sous le pinceau de Michel van Loo et d’après la tête, trop retouchée, d'un buste auquel le roi avait déjà cessé de ressembler ! C’est donc avec beaucoup de réserve qu’il faut souscrire à l’opinion de M. J. -J. Guiffrey, quand il dit qu’ « il s’en faut de bien peu que ce portrait soit un chef-d’œuvre1 ». Mais nous savons du moins (pie, grâce aux scrupules de Duplessis, tous les attributs de la monarchie sont peints sur mesure.

Voici maintenant cet artiste occupé pour plusieurs années à la fabrication et à la surveillance des copies de ces deux portraits du roi, pour un dérisoire salaire et sans que sa réputation ait rien à y gagner non plus.

Les copies des portraits du roi demanderaient une étude spéciale où le Français, né malin, trouverait à se divertir.

Il est certain que l’œuvre d'art importe généralement assez peu à la plupart des solliciteurs. Ce qu’ils désirent, c'est une manifestation de la faveur royale. Il en est deux cependant qui préfèrent le portrait par Duplessis à tous les autres présents accordés dans certaines circonstances 2.

Le goût, de même que la vertu, ne trouve pas toujours sa récompense, car ils ne reçoivent que des exemplaires auxquels le peintre, à

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