‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 5 sur 134 · LA PHARMACIE DE L HOPITAL · texte numérisé non relu

LA PHARMACIE DE L HOPITAL

léger de quelques religieuses, est un assez vaste local du rez-de-chaussée, contenant, dans un bel ordre, une précieuse collection de vases, de pots, de cruches en faïence de Moustiers.

Au milieu du panneau principal de la pharmacie, au-dessus des étagères garnies de bocaux, trois amours, peints à la façon de Boucher, ont cueilli des simples, en ont rempli une corbeille, les agitent et se les disputent; au-dessous, flotte une banderole portant cette inscription : Herbis non verbis Jlunt medicamina vitæ. D'autres amours ornent les dessus de portes ; les uns, endormis sur des gerbes de blé, sont éveillés à coups de javelles par un troisième; ou, dans un cartouche, sont assis parmi des pampres et des fruits divers, et une fdlette se réchauffe au feu que deux Amours ont allumé avec leurs carquois.

Toutes les boiseries, dont quelques-unes font office de portes de placards, sont ornées de paysages en camaïeu bleu, dont il est superflu d’entreprendre la description détaillée : ce sont des bords de rivières ou de lacs, avec des peupliers, des gondoles, des tours, des pêcheurs à la ligne, des cavaliers, et, à divers plans, des châteaux, des monastères, des cascades, des ponts et des rochers, des chapelles rustiques, le tout, d’une certaine uniformité dans les arbres et les ciels, traité dans un parti pris de décoration, où l’on chercherait vainement des vues de Carpentras faites d’après nature.

Il y a exactement quatorze de ces panneaux, d’un ensemble agréable et intéressant, parce que rien ne peut être quelconque chez Duplessis, en qui Joseph Vernet avait cru voir un paysagiste d’avenir, mais il faut bien reconnaître que s’il est bon de les restituer à leur auteur, ils n’ajouteront rien à son mérite.

Pourtant, voici un petit problème qu’il conviendrait de résoudre avec une complète certitude. Alternant avec ces paysages, quatre panneaux en camaïeu d’un rose fané représentent des singes qui se livrent à des travaux où il n’est pas interdit d’entrevoir des intentions satiriques de nature à égayer les malades de l’hôpital : ces singes vont et viennent autour des cornues et des alambics, manœuvrant un pilon dans un mortier ou une seringue, attisant le feu d’un fourneau, sur-

veillant ou exécutant des préparations pharmaceutiques qu ils administrent avec entrain à un de leurs congénères effaré.

Ces singeries sont-elles de Duplessis, de même que les paysages ?

La question se pose parce qu’un peintre de Mazan, Alexis Peyrotte1, excella à peindre des singeries, mais rien ne vaut un document pour lever tous les doutes et attribuer une peinture à son véritable auteur. Voici ceux que nous avons extraits des archives :

E 173, n° 60. — M. Balmelle, procureur de cet hôpital, payés à M. Duplessis, peintre, la somme de cent deux livres rov. pour avoir fait toutes les peintures qui sont à la pharmacie. El rapportant ce mandat, la dite somme vous sera admise. Au bureau le i4° février 1762.

Signé : Bimard, Tissot.

N"3qi. — Pour le dessus du miroir 12 liv.

Pour 9 païsages à 4o sols 18

Pour les deux embrasures des fenêtres

à 61. chaque 12

Pour avoir marbré 18 panaux, les deux

portes et embrasures 18

60 liv.

M. Balmelle, procureur de cet hôpital, payés à M Duplessis la somme de cinquante quatre livres rov. pour le compte ci-dessus réduit à cette somme, et en rapportant le présent mandat 1» dite somme sera admise à vos comptes.

Au bureau le 10e Octobre 1762.

*=* Signé Gvillomont, Cabridet.

Si j' ai prononcé le nom de Peyrotte, cc n’est point pour compliquer une question qui, à la lecture de ces deux mandats, semble fort claire, puisque Duplessis y est donné comme ayant fait toutes les peintures qui sont à la pharmacie. On remarquera cependant que

1. Peintre du roi. Voir Nouvelles archives de l'Art français, i885, t. XI, p. 434 et 1888, p. 200; l’Artiste, mai 1888. Mazan est à peu de distance de Carpentras.

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