Nouvelles archives de l’Art français
laborieuse. On voit qu’il a plus conçu qu’étudié, qu’il a joué avec les sciences, les hommes et les affaires. Et c’est encore presque en jouant qu’au déclin de ses ans il travaille à fonder la plus imposante république. On a mis au bas de son portrait cette laconique inscription : Vir. Il n’y a pas un trait de sa ligure ni de sa vie qui la démente '.
Une figure que le peintre du roi entreprit de faire avec des sentiments d'affection et de reconnaissance et qui fut apportée au Louvre peu de jours avant la clôture du Salon1 2, ce qui explique le silence gardé sur elle par la plupart des critiques, c’est celle du comte d’Angiviller, Directeur et ordonnateur général des Bâtiments, depuis 1774. Duplessis avait trouvé auprès de lui un accueil bienveillant et, si habitué qu’on soit à toutes les démarches et sollicitations des artistes de ce temps, auprès du Directeur qui, par ses commandes, assurait leur prééminence sur leurs confrères et leur existence matérielle, on est émerveillé de la patience avec laquelle d’Angiviller écoute toujours les doléances si fréquentes de Duplessis, et donne souvent une satisfaction presque complète à ses réclamations.
Le peintre lui prodigue dans chacune de ses lettres les marques de gratitude, et on peut penser que leur sincérité n’exclut pas une phraséologie que les notaires appellent «clause de style ». Mais notre artiste était pénétré de ce qu’il écrivait et il ne faisait rien à la légère. La preuve en est que 12 ans plus tard, quand la Révolution gronda et que se déchaînèrent les mécontentements légitimes comme les fureurs vindicatives et que les libelles et les pamphlets déchirèrent les réputations, Duplessis éleva sa voix ferme et courageuse et prit la défense de d’Angiviller qu’on accusait de divers côtés. Il écrivit à Barère une lettre retentissante de protestation contre le langage qu’une feuille avait prêté au représentant surnommé depuis l’Anacréon de la Guillotine et il l’amena à désavouer les paroles qui lui avaient été attri-
1 . Citons pour être complet sur la même œuvre l’opinion de Lesuire, dans le Mort vivant au Salon : « Je le trouve très bien; cependant je le crois encore plus ressemblant de la main de Mme Filleul; on dit que M. Cathclin l’a exposé ici, gravé d’après elle. »