‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 47 sur 134 · LE COMTE D’ANGIVILLER · texte numérisé non relu

LE COMTE D’ANGIVILLER

(Collection du Comte Moltke)

être les statues des grands hommes. C’est de la part du peintre une idée heureuse, un éloge délicat, une manière ingénieuse de mettre le nom sur le tableau. Il était cependant très suffisamment dans les traits du visage. Les accessoires en sont superbes. De même que Roslin a joué avec Duplessis pour la tête de Linné, Duplessis a joué avec Roslin pour l’habillement de M. d’Angivillers et, sans un raccourci peu agréable dans la cuisse gauche, ce serait un des plus beaux portraits qu’on ait vus et même un très beau tableau.

Nous n’en pouvons point juger, car la toile du musée de Versailles (n° 3926), attribuée pendant de longues années à Roslin, semble n’être qu’une copie, ainsi que l’ont fait remarquer MM. Maurice Tourneux et Brière, dans les notes dont ils ont accompagné la publication des Lettres sur les Salons de Du Pont de Nemours'.

L’original était demeuré la propriété du comte d’Angiviller, et il figure dans l’inventaire dressé le 3 germinal an II, après son émigration1 2. Comment redevint-il en sa possession après la Révolution? Je ne puis le dire, mais il fut légué par le comte à Amélie von Ompteda (1767-1814) veuve du conseiller intime comte de Munster (1761-1801) qu’il avait eu l’intention d’épouser et à qui il garda jusqu’à la dernière heure une vive amitié. Il avait vécu pendant son exil à Kiel sous le nom de Charles Friieman (homme fidèle et sincère) et il mourut à Altona le 11 décembre 1809. Son testament est daté d’Altona le 22 août 1808 3.

L’extrait suivant d’une lettre annonçant au comte d’Angiviller Renvoi de ses portraits, montre à quel degré Duplessis portait le soin de

1. Cf. Archives de l’Arl français, 1908, p. 108. Le mémoire de l'artiste, publié par Engerand dans l'Inventaire des tableaux commandés. . ., s’élève à 2 000 livres.

2. Registre de réception des objets d’art et antiquités trouvés chez les émigrés et condamnés. Arch. nat. (Copie de la bibl. d’art et d’archéologie).

3. Je tiens ces renseignements de M. Louis Bobé, docteur ès lettres, membre de l’Académie royale pour la langue et l’histoire nationale de Danemark, qui m’a également signale les lettres de Duplessis à Barère. D’après le même, le portrait du comte d’Angivillcr est au château de Nôrager Seeland, près de Copenhague; le comtes Cari’ Émile Mollkc, ministre d’Etat du roi de Danemark, grand-père du propriétaire actuel, avait épousé la tille de la comtesse de Munster.

perfectionner ses œuvres et avec quelle difficulté il s’en séparait, n’en étant jamais satisfait. La lettre est du 5 septembre 1790, onze ans après ce Salon :

Désespérant de rien faire de mieux sur vos portraits que j’ay depuis si longtemps, je prends le parti de vous les renvoyer tels qu’ils sont ; un des deux est pour vous, selon vottre intention et l’auttre pour l’Académie d’architecture ; celuy qui vous étoit destiné est fait avec un soin particulier ; il est tout entièrement d’après nature et l’auttre est simplement copie ; je marque le premier avec de la craye et par derrière, de la lettre A, et le second de la lettre B ; cependant comme en fait de portraits la ressemblance est le premier mérite et qu’il est inévitable quand on la cherche sans croire la tenir, qu’il ne se trouve pas des différences dans deux tableaux faits ainsi, vous choisirés celuy qui vous paroitra moins mal à cet égard1 2 *. Il est triste pour moy de n’avoir pu me satisfaire dans une occasion où j’aurois voulu me surpasser. Vous ne douterés point, M. le Comte, des efforts que j’ay faits ; mais vous ne les imaginerés pas tous 5.

Au Salon de 1781, Duplessis expose cinq portraits désignés au livret et plusieurs autres sous le même numéro 77, dont un portrait de femme au nom ignoré.

Il y a celui de Mme Hü : ce doit être Mrae Hue, la femme du peintre, élève de Joseph Vernet, qui continua la série des ports de France ; il venait d’être agréé à T Académie et devait y être reçu le 7 décembre 1 782 . Il avait alors 3o ans; Mrae Hue était donc une toute jeune femme. Il est grand dommage que ce portrait se soit perdu ; nous n avons plus de portrait de jeune femme par Duplessis, sauf celui de Marie-Antoinette. Les faiseurs de comptes rendus ne donnent sur Mme Hue aucun détail qui permette de la reconnaître un jour; ils disent seulement

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