LA PHARMACIE DE L'HOPITAL
cette pièce de comptabilité porte la date du i4 février 1762, mais que dans la pièce qui suit et qui est du 10 octobre de la même année, on mandate au peintre d’autres peintures que celles du mois de février, notamment neuf paysages de plus.
Or, aussi bien par cette indication des paysages — car il n’y en a point d’autres dans l’établissement — que par les autres mentions, il s’agit toujours de la pharmacie, dont la décoration a été exécutée en deux fois.
Il est difficile de deviner, soit par la disposition des panneaux, soit par l’état des peintures, quels sont les neuf paysages qui ont été exécutés en dernier lieu. Il y aexactement quatorze paysages et quatre panneaux de singeries, plus un panneau entre les deux fenêtres, qui ne porte plus de trace de peinture.
Si l'on considère que Duplessis n’a pas l’esprit tourné vers la caricature, qu’il est plutôt sérieux et même grave dans la correspondance que j’ai sous les yeux, on hésite à le donner pour l’auteur des scènes spirituelles qui alternent avec ses paysages. Pour ne rien dissimuler de ce petit mystère, j’ajoute que la peinture des paysages est bien mieux conservée que celle des singeries ; celle-ci est décolorée en grande partie, moins bien distincte que l’autre.
On ne doit pas repousser tout à fait l’idée d’une collaboration de Peyrotte à cette décoration ; il n’est mort que six ans plus tard. Je dois pourtant reconnaître que son nom ne figure pas dans les comptes de l’hôpital, et, qu’après tout, Duplessis a pu s’amuser à peindre des scènes de ce genre.
Quoi qu’il en soit, le jeune artiste aspirant aux succès que quelquesuns de ses compatriotes avaient déjà obtenus, et partageant leur ambition de briller dans les académies et dans des emplois profitables, s’était dirigé vers Paris1.
En quittant Carpentras, Duplessis s’arrêta à Lyon, où, ditLauzan,
1. D’Andrée et Lauzan disent qu’il avait alors 27 ans : c’était donc en l’année 1752, où Joseph Vernet, mentionnant dans son Livre de raison les personnes qu’il ira voir à son arrivée à Paris, cite Duplessis.
« l’amitié le retint plusieurs années ». Il n'a laissé dans cette ville aucune trace, et on n’y possède de lui aucune œuvre1. Toutefois son séjour, dont la durée n’est pas exactement connue, ne fait point de doute, après sa lettre à Saint-Sauveur, ses confidences au conservateur adjoint du musée de Versailles, et, ce qui le confirmerait, à défaut de ces témoignages, c’est que plusieurs portraits qui lui sont attribués par tradition de famille, et qui ont été vendus, il y a quelques années, venaient de cette région.
i. Les artistes de passage annonçaient généralement leur arrivée dans les Annales de Lyon. La collection de ce journal contient de grandes lacunes, notamment de 1771 à 180 4 : les recherches qu’a bien voulu l'aire à ce sujet M. Eug. N iai, -i versé dans l'histoire des artistes lyonnais dont il prépare un répertoire pour la Bibliothèque d’art et d’archéologie, n’ont donné aucun résultat.
Photo J.-E. Bulloz
SAINT-PIERRE (Musée de Carpentras)