‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 52 sur 134 · Lettre d’Olivier Yitalis · texte numérisé non relu

Lettre d’Olivier Yitalis

goûte le confortable, ce qu’on appelait alors «les commodités ». Avant d’être installé au Louvre, il a un appartement de 8 ou g pièces qui lui sont indispensables, ainsi qu’il l’expose : d’abord une antichambre et un salon pour les personnes qu’il reçoit ; un atelier qui ne peut servir qu’à lui et à son mannequin : « Je n’y entre moi-même qu’en tremblant, dit-il, par la crainte d'élever la poussière sur des habits que je peins, que je ne puis épousseter et qui restent étalés plusieurs mois de suite. » S’il a des copistes pour de grands tableaux, il faut une grande salle pour eux seuls ; une autre est nécessaire pour ses élèves, car il en a une demi-douzaine, sinon il est obligé de les congédier et de se priver du revenu de ses leçons ; enfin une chambre pour lui, une cuisine et deux pièces pour coucher ses domestiques, « pour tout ceci, des greniers sont assez bons, encore faut-il les avoir ».

Il avait demandé un atelier et le Directeur des Bâtiments lui « a fait espérer un logement ».

« Vous ne feriez pas un ingrat, lui écrit Duplessis, mais je crains que vous ne fassiez un indiscret. Vous ne connaissez peut-être pas tous mes besoins et je vais tenter votre générosité en vous les faisant connaître. » Toute cette lettre est adroite, insinuante et souple. Jugezen : « Je ne demande rien, monsieur le Comte, et je recevray avec reconnaissance et avec respect ce que vous aurez la bonté de me donner ; mais je ne veux pas m’exposer à vous entendre dire un jour ce que votre bonté pourrait vous dicter si vous me voyez manquer du nécessaire : — Que ne parliez-vous P Dans le temps on aurait pu vous donner facilement ce qu'il vous fallait, mais à présent il n’y a plus moyen 1 . »

Il semble que sa surdité n'empêche pas Duplessis d'entendre parfois à demi-mot.

Cette question d'un appartement au Louvre a une telle importance

i. Ceci fait corps avec une lettre du 12 octobre 1775 relative à un portrait de Turgot, dont Duplessis entretient d’Angiviller. La décision qui lui attribue le logement est du 26 novembre 1775.

SES LOGEMENTS AU LOUVRE

pour les artistes et particulièrement pour celui dont nous nous occupons, qu’on nous permettra de lui consacrer quelques pages de cette notice. On y verra des détails curieux et piquants sur les Commodités de ce temps, dans les maisons de Paris. Du reste le caractère se révèle mieux dans les actes de l’intimité que dans le monde où l’on se compose un maintien. Les devis d’une installation, les inventaires fournissent des détails que l’on chercherait vainement ailleurs.

Donc, la Direction des Bâtiments s’occupant de la concession de quelques logements dans le palais du Louvre, Pierre est naturellement consulté sur leur répartition. Il est favorable à Duplessis et, vraiment, il lui rend toujours justice ; il a même quelque bienveillance pour lui. Il propose de lui réserver un appartement, mais aussitôt il se ravise, il a oublié un candidat, qui est Durameau, son élève; il ne peut le passer sous silence ; il doit s'y intéresser. Toutefois ne faut-il pas que les peintres de portraits aient le plus bel escalier pour les personnes de qualité qu’ils ont à recevoir? Duplessis aura donc le logement que Pierre occupait lui-même ; on lui en donnera ce qui lui est nécessaire 1 , et puisqu’il lui faut un atelier pour ses copistes, on le formera d’une partie du vestibule, qui est éclairée par une fenêtre. Dans le reste de l’ancien logement de Pierre, le S1 Hacquin fera le transport sur toile des peintures sur bois de Le Sueur que les Chartreux viennent de donner au roi. Hacquin est un homme honnête et discret ; il n’usera de l’entrée par l’unique antichambre que le jour, et c’est Souiïlot qui l’installera lui-même. La lettre du Comte d’Angiviller informant Duplessis de cette mesure, afin qu’il débarrasse le logement des quelques objets qu’il a pu y placer, est vraiment d’un ton fort courtois et on est charmé des ménagements dont il use envers le peintre du roi.

Le peintre prend possession de l’appartement, rembourse à Pierre, suivant un mémoire acquitté le 9 mai 1776, diverses réparations qu’il a fait faire2 et en fait exécuter quelques autres ; il choisit la salle à

Page 1