Sans quartier au Sallon, p. 3o
Monsieur Vernet... ni vous, Monsieur Duplessis: le mérite de vos portraits et celui des personnes qui en sont les modèles me ferme la bouche. »
Pour l’auteur des Entretiens sur les tableaux... « les portraits sont ressemblants et frais de couleur » ; il n’aime pas les mains qui lui paraissent « trop fortes ».
L’écrivain qui publie la Critique est aisée, mais l'art est difficile est du même avis. La tète de Necker lui semble bien faite, « mais la bouche a une étrange expression. Les mains sont lourdes et celle qui pose sur la table ne produit pas un bel effet. Le portrait de Madame est plus naturel: la tète a beaucoup de vérité, et le salin est très bien fait ».
Voici des éloges, avec quelques restrictions encore au sujet des mains. L’auteur en est le peintre Renou, qui dédie sa feuille, / Impartialité au Salon, à tous les critiques présents et à venir. 11 est membre et secrétaire de l’Académie et se pique de littérature :
« M. Duplessis a montré, comme à son ordinaire, avec quel art, sans ton outré, ni sans noir, il fait saillir les objets de la toile; tout y est rendu sans sécheresse et avec fidélité. On croit pourtant voir ses figures plus grosses que nature; ses mains surtout, quoique d un ton fin et moelleux, paraissant un peu fortes... Ceci n’est qu’une observation dont je ne garantis point la solidité1. »
Le Journal de Paris juge que le portrait de Necker est de « la plus grande beauté » et que ces deux toiles « sont très propres à augmenter encore la réputation de Duplessis ».
L’Anglais mis en scène dans les Peintres volants ou dialogue entre un Français et un Anglais sur les tableaux exposés... s’exprime avec admiration :
i. Rcnoa a raison de dire que la main droite ne fait pas très bon effet; elle est un peu étalée sur la table; il a raison aussi de ne pas garantir la solidité de son observation sur la dimension des mains. Toujours les mains paraissent trop fortes, mais c’est généralement la critique le moins fondée, parce qu'on les examine isolément ; on verra du reste que d’autres écrivains louent beaucoup ces mêmes mains.
LES SALONS DE i 7 8 3 , 1 78 5, 1789, 1801 m
« Je m’arrête... et considère avec surprise les portraits de M. et Mme Necker. Les carnations fraîches! et les belles mains, comme de Yan Dyck ! La vie respire dans les traits de la femme. A ces lèvres légèrement entr 'ouvertes, ne dirait-on pas qu elle va parler P Le coloris de M. Duplessis est doux et harmonieux. »
Le Véridique au Salon s’exprime ainsi :
M. Duplessis était bien sûr de nous plaire, en nous donnant les portraits de deux personnes si chères à la nation. . . De tous les portraits de M. Duplessis, celui de Mme Necker est le plus fin, le plus harmonieux. Cet ouvrage est digne de son célèbre auteur. Coloré sans aucune de ces teintes dures et noires qui sert tant la plupart de nos peintres, M. Duplessis sçait arrondir et faire saillir les corps tout à fait blancs. Personne ne le surpasse dans l’art de rendre les étoffes et nul ne l’égale dans celui de peindre et de dessiner ses têtes. Si ses attitudes sont peu recherchées, au moins elles sont vraies. S’il était possible de conseiller à cet habile homme de négliger quelques unes des parties qui le distinguent pour en rechercher d’autres, on l’engagerait à acquérir du côté de la richesse et de la puissance des couleurs. On aurait désiré que les mains du portrait de Mme Necker fussent un peu plus délicates.
Sans que nous ayons besoin de rien souligner, on voit par la diversité de ces citations à quel point les avis sont contradictoires.
Il y a encore des compliments sans réserves à noter :
« Que de droits n’a pas pour nous plaire M. Duplessis, qui, à la sublimité de ses talents, à la vigueur de son pinceau, à la chaleur de son coloris, à la vérité qui fait l’ornement de ses portraits, à la légèreté de ses draperies, à l’intelligence parfaite des effets et à l'enchaînement des lumières, joint un choix de modèle si beau et si agréable ! Il n’a pas été difficile de reconnaître l’original des portraits de M. et Mme Necker. Ils sont extrêmement ressemblants1 ! »
Le Mercure de France est à l’unisson :
« Le Yan Dick de l Ecole française, M. Duplessis, a orné le Salon de portraits admirables. On n’a point traité ce genre avec plus de