Musée Calvet à Avignon
pour l’étude plus que pour l’apostolat et, selon la formule du peintre, inondée de lumière dans le haut du visage, avec un relief de rondebosse.
J’ai pu découvrir le personnage représenté par Duplessis sous les traits d’un ecclésiastique en surplis tenant des deux mains un plan déployé et qui est inscrit avec le n° 1 43 au musée de Picardie, à Amiens. C’est grâce à ce détail que j’ai mis avec certitude un nom sous cette effigie. De nos jours, un plan serait figuré par des lignes quelconques et ne fournirait aucune indication utile, le peintre considérant la chose comme sans importance. Félicitons-nous que Duplessis, homme méticuleux, ait agi autrement. Sur l’image qu’il a tracée, on lit distinctement, avec une loupe, les mots Trésor, Sacristie sur divers emplacements et au bas Soufflot.
Il s’agit du plan dressé par l'architecte du Panthéon pour la sacristie de Notre-Dame de Paris. En consultant M. Marcel Aubert, pour qui Notre-Dame de Paris n’a pas de secrets, j’ai appris que la première pierre des travaux de construction de cette sacristie fut posée le 12 août 1756, qu’ils furent achevés en 1768, et que l’abbé de Saint- Exupéry, doyen et les chanoines Guillot de Montjoye et de Corberon furent chargés de la surveillance des dits travaux.
C’était certainement un de ces chanoines qui avait eu en mains le plan de la construction, comme le comte d’Angiviller avait celui de la galerie du Louvre, mais lequel des trois J.-Siffred Duplessis avait-il peint? Il existe un procès-verbal d'inventaire du 18 novembre 1790, dressé en l’église de Notre-Dame, mentionnant un portrait de l'abbé de Montjoye qui lève toute incertitude à cet égard *.
Le catalogue du musée de Picardie décrit ainsi ce portrait : «l’abbé, assis devant une table à gauche, tient un papier sur lequel est figuré le plan d’un grand édifice ; sa tète, vue de face, annonce un âge proche de la quarantaine ; ses cheveux sont poudrés, et sous son rochet, il porte une robe grise avec parements rouges aux poignets. »
1. H. Stein, État des objets d’art placés dans les monuments religieux et civils de Paris, au début de la Révolution française.
LES PORTRAITS DES MUSÉES CARNAVALET , CONDÉ, ETC. ia3
Ajoutons un détail qui corrobore notre opinion : sur la table, où l’abbé appuie son avant-bras droit, sont posés deux fort volumes reliés et l’on peut lire leurs titres respectifs : Inventaire du Trésor et Bréviaire de Paris.
Ce portrait fait partie d’une collection léguée au musée de Picardie, en 1890, parles frères Lavalard de Roye, et qui avait été commencée en i856. Comment l'avaient-ils acquis ? Leur catalogue assez sommaire n’en dit rien, mais ils avaient été guidés par les conseils de leur ami La Caze1. On croyait qu’il représentait l’abbé Barthélemy, garde des médailles du roi, membre de l’Académie des inscriptions et belleslettres et de l’Académie française, l’auteur du Voyage du jeune Anacharsis.
Le musée de Carpentras, patrie de Duplessis, a de lui, en outre de son propre portrait, de ceux de la famille de Cavet, de l’abbé Arnaud, celui de Joseph Péru, architecte, peintre et statuaire.
Ce Péru, frère du sculpteur qui a fait de Calvet2 un buste romantique, était un ami intime de l’artiste ; dans un voyage en Italie, il avait connu Joseph Yernet et Yien et il était resté en relations avec eux. Nommé professeur de dessin à l'École centrale du département de Yaucluse, il retrouva à Carpentras Duplessis, qui y était revenu en 1 793. C’est à cette époque, où l’ancien peintre du roi manquaitde tout, où sa santé se ressentait d’une telle misère, et à 1 âge de près de 70 ans, qu’il fit le portrait de Péru, son contemporain.
Ce portrait est impressionnant. Brossé largement, par plans très accusés, il est traité à la manière de tous ceux que nous avons déjà décrits, construit de cette façon invariable qui est la marque, assez uniforme, mais solide, de Duplessis, sur un fond sombre, sans accessoires. La tête se détache très nette et énergique sous le Ilot de lumière qui la frappe sur la droite ; le nez est puissant cl deux yeux que la vieillesse a bridés sont enfoncés sous des arcades sourcilières
1. Je tiens ce renseignement de M. Delambrc, conservateur du musée de Picardie,
a. Créateur à Avignon du musée qui porte son nom.
profondes. Le pinceau de l'artiste ne paraît rien avoir perdu de sa fidélité ordinaire et, loin de faiblir sous les atteintes de l’âge, de la maladie et d’une détresse inouïe, il accuse plus de vigueur qu’il n’en a montré jusqu’ici.
Le musée d’Avignon a, du même peintre, une préparation pour un autre portrait de Péru qui a eu les honneurs de la Centennale à l'Exposition universelle de 1900, et qui n’est pas moins intéressant que celui de Carpentras. Il en diffère peu en ce qui concerne l’attitude ; il regarde à gauche ; une main est passée dans l’habit ; on y voit à merveille comment procède Duplessis, les habiles touches de couleur recouvrent à peine la toile. Quelques blancheurs sont placées sur le front et l’œil gauche ; les dépressions molles des chairs marquent profondément le visage; tel qu’il est, ce portrait campé du premier coup est plus qu'une esquisse; il a non seulement la ressemblance, mais la vie et il ne lui manque aucun accent essentiel.
La princesse de Lamballe, du musée de Metz, ne nous apparaît nullement comme l’épileptique incurable que des intrigues de Cour voulaient éloigner de la reine pendant une de ses grossesses, ou comme la léthargique que nous connaissons par la relation du médecin allemand Jean-Geoffroy Saiffert.
Elle paraît vive, douce et gaie ; elle est jolie plus que belle ou bien sa beauté réside « dans son teint éblouissant et dans l’abondance de ses cheveux blonds1 ». Rien « du tout petit œil et du très gros nez savoisien » que Edmond de Goncourt signale dans le portrait peint par Danloux « et qui est une affreuse calomnie 2 ».
La princesse est coiffée à l’anglaise ; ses boucles tombent au delà des épaules et ses cheveux sont entourés d’un ruban. Son bras gauche se pose sur un dossier un peu trop élevé d’où penche une main irréprochablement dessinée ; sa main droite tient un léger bouquet sur ses genoux.