‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 80 sur 134 · Archives nationales, O1 1920, pl. 4, n · texte numérisé non relu

Archives nationales, O1 1920, pl. 4, n

à des dures privations; mais apprendre sans mourir que son fils eut été réduit à la plus profonde misère elle ne l’auroit jamais pu.

Monsieur le Comte je vous déclare que je ne veux point vous fatiguer par de nouvelles demandes; mais souffrés que je vous présente quelques réflexions dont il seroit possible peut-être que vous fissiez usage en faveur et de moy et de mes confrères, qui sont tous sous votre protection, si vous êtes consulté par le Comité des pensions.

i° Si vous pouvez persuader le Comité que nos pensions sont fondées sur des titres qui auroient du les mettre à couvert de toutte atteinte, il ne seroit peut être pas impossible de les faire rétablir dans leur intégrité. Ce qui est retranché sur la mienne n’est que iSo1*, c’est peu de chose, mais c’est beaucoup pour qui a si peu, ce n’est que pour 5 ans, mais cinq ans sont peut être le reste de ma vie j’en ai bientôt 65.

2° Un décret de l’assemblée nationale soumet les pensionnaires à manger leur pension dans le Royaume. Les législateurs n’ont pas eu en vue nos petites pensions, je le crois ; mais si la loi est générale il faudra la subir, et il arrivera que tel qui comme moy n’a pas assez pour vivre de sa petite pension, ne pourra aller gagner ailleurs le surplus qui luy manque sans s’exposer en renonçant à sa pension, à se trouver encore plus mal : car le voyage coûte et puis il faut attendre l’ouvrage. On pourroit ce me semble motiver une exception en faveur des artistes et présenter un exemple que je vous ai déjà cité.

M. Roslin, après un séjour de deux ans en Russie doit avoir apporté au moins deux cent mile livres cjuil est venu dépenser en France. M. Toqué doit en avoir apporté au moins cent mile après un séjour à peuprès pareil. En ne citant que ces deux exemples auxquels on en pourroit joindre sans doute plusieurs autres il est prouvé que de ces deux faits seulement, il est entré en France un capital de 3ooooott : or je doute que le capital de touttes les pensions de l’académie servies, monte à une somme au dessus de 3ooooott ce seroit mal répondre de dire que puisque les artistes peuvent trouver en pays étranger de si forts bénéfices, ils peuvent bien renoncer sans peine à une petite pension; car on scait bien que de tous ceux qui courent la fortune, tous n’y parviennent pas et qu’il peut s’en trouver qui ayent le plus grand besoin de leur pension qui est d’ailleurs une véritable propriété si elle a été accordée sur des services réels. 11 suffit donc d avoir prouvé que des pensionnaires artistes peuvent en masse, faire rentrer plus d argent dans le Royaume

EM B A R R A S FINANCIERS

qu’ils n’en fuiront jamais sortir, et qu’il seroit aussi impolitique qu’il seroit dur de les empêcher en les gênant d’aller gagner ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas dans leur patrie.

Je suis avec la reconnaissance d’un cœur que vous avez dilaté par vottre dernière lettre et avec un profond respect,

Monsieur le Comte,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Duplessis.

P. S. Les demandes plus qu’indiscrètes des académiciens et des agrées de vottre académie m’ont fait naître quelques réflexions que j’ay mises sur le papier. Quand je les auray mises au net, je prendray la liberté de vous les envoyer, vous les lirés si vous en avez le temps.

Monsieur le Comte,

N Paris, ce 29 avril 1790 '.

La mort de Mr Cochin laisse des pensions vacantes ; je suis vieux et absolument oublié du public comme j’ay eu l’honneur de vous le dire dernièrement. Comme d’ailleurs vous connoissés tous mes malheurs et que je ne puis espérer que de vos bontés la portion du pain qui me manque, je prends la liberté de rappeller dans vottre souvenir celuy qui est avec un profond respect, etc.

Duplessis.

Monsieur le Comte,

À Paris ce 3o avril [1790] 2.

Ou prendray-je assés de confiance pour vous faire une prière? Ma situation vrayment pénible est un éguillon qui me pousse, vos bontés m’attirent, et ce qui me paroissoit ci-devant si fort au dessus de moy, me paroit aujourd’huy une chose possible; il suffit que vous le vouliez. Ne serois-je point propre à être garde des desseins du Roi? il me semble que celui a qui vous avez reconnu assés de talents pour le choisir sur tant d’auttres pour peindre le Roy de France, celuy dont Mr Pierre a fait un éloge magnifique en parlant

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