LE PEINTRE VI EN
(Musée du Louvre)
LES POLÉMIQUES DE DUPLESSIS
ciens qui, étant de mon sentiment, reviendraient de leur égarement de signer cette protestation que je laisse sur le bureau. — Ce 7 août 17901.
Signé: Duplessis.
Lettre de Mr Duplessis, académicien, du 6 septembre 1790.
On lit dans le Journal national du 6 août un paragraphe qui commence par ces mots : « on sait quel despotisme les officiers de l’académie de peinture, chargés seuls des fonctions législatives et administratives exercent sur les académiciens et les agréés qui n’ont même pas voix délibérative. »
Définissons le mot despotisme : n’exprime-t-il pas le pouvoir qui n’a de règle que la volonté de celui qui l’exerce ? les officiers de l’Académie ne gouvernent que par des loix données et écrites, ils n’exercent donc pas et ne peuvent exercer de despotisme. Je conviens qu’ils peuvent prévariquer, mais alors ils sont des prévaricateurs et non pas des despotes, mais vous dires peutetre que ces loix dictées parle despotisme, ceux qui les font exécuter sont des despotes. Je répondrai que celui qui fait les frais d’un festin est le maître d’assujettir ceux qui veulent etre admis à sa table aux réglés qu’il a cru devoir établir. Les officiers sont seuls chargés des fonctions législatives et administratives : législatives, non, car ils ne font exécuter que des lois écrites. Administratives, oui, car il faut bien que quelqu’un administre, pourquoi seul ? dites-vous, par la même raison que les officiers municipaux administrent seuls, membres de la commune ; comme membres de l’Académie, puisque vous laissés la municipalité administrer seule, pourquoi 11e laisseriés vous pas administrer seuls les officiers de l’Academie? en vertu de quel droit, les académiciens et les agréés voudraient-ils parler et opiner? ce n’est pas en vertu de nos statuts qui le leur défendent, mais c’est, disent-ils, en vertu des droits de l’homme et de l’égalité. Pretenderiez-vous, en vertu des droits de l’homme et de l’égalité, juger dans les tribunaux? ignorés-vous que tous les hommes égaux en droit ne le sont pas en fonction ? pouvés-vous paré du titre de député, proposer des loix dans la tribune de l’assemblée nationale ? Gonvenés donc que vous n’avés nul droit, quoique membres ou agréés de l’Académie de peinture, de parler et opiner sans être du nombre des officiers à qui ces fonctions ont été attribuées.
. On ignore si ce mémoire recueilli l des adhésions écrites.
Je crois avoir suffisamment démontré la fausseté du paragraphe que je viens de citer. On lit dans le même n° du même journal le paragraphe suivant. (( ces officiers veulent exercer encore aujourd’hui leur souveraineté et concourir seuls à la rédaction du projet de réglement que l’académie de peinture doit comme les corps savant et littéraires présenter à l’assemblée nationale dans le délai d’un mois. »
L’on confond toujours toutes les idées et tous les principes. L’Academie ne fait pas un travail en vertu d’un ordre de l’assemblée nationale, puisqu’elle n’en a reçu aucun ni directement ni indirectement. Il est vrai qu’elle fait un travail sur ses statuts ; mais ce travail est commencé depuis plusieurs mois et les officiers ne sont pas seuls. Il serait plus vrai de dire que les académiciens qui se plaignent le font seuls eux mêmes, puisque pouvant opposer soixante de leur classe contre trente de la classe des officiers, ils étoufferont toujours le voeu de ces officiers.
Si jamais l’assemblée nationale veut donner son attention à l’académie de peinture, voici la marche qui, ce me semble, devrait être tenue. Le corps administratif pourra représenter que l’école française de peinture et sculpture, à la faveur de son régime, s’est soutenue avec éclat et presqu’à l’égal des beaux jours de la Grèce et de Rome, tandis que les écoles, si justement vantées, les écoles de Bologne, de Venise, de Naples, de Rome même sont tombées dans le néant et qu’il n’y a aujourd’hui sur la terre que l’école française: voilà ; je pense, un puissant préjugé en faveur des anciens règlements ; il pourrait représenter que les innovations demandées par les académiciens n’ont pour prétexte que les droits de l’homme dont il est trop facile d’abuser ; et pour motif, que des passions de toutes espèces ; et selon toute apparence, de
celles mêmes qu’on n’oserait avouer que le résultat de ces innovations
proposées, si elles sont adoptées, serait infailliblement la perte de l’Académie; il ne faudrait que l’admission d’un seul article de ces mêmes innovations pour produire l’effet le plus déplorable, et que dans moins de vingt ans, un habile homme trouverait audessous de lui d’y être admis, cette opinion peut être soutenue par les raisons les plus probantes.
Il serait nécessaire que le corps administratif fit une déclaration où il dirait qu’il n’adhère pas à la demande d’un nouveau régime et que l’adhésion présumée de la part du travail fait dans l’assemblée générale est une adhésion surprise par les formes les plus vicieuses ; que cette assemblée générale pèche par le fondement, qu’elle est illégale et parconséquent nulle; qu’enfin cette
LES POLÉMIQUES DE DUPLESSIS
assemblée fut-elle légale autant qu’elle l’est peu, ce n’est pas de cela qu’il doit être question à l’assemblée nationale. Il importe seulement de l’éclairer, sur le régime qui convient à cette Académie, mais il est de son devoir de présenter son opinion séparée de tout le travail des académiciens auquel le corps administratif n’a coopéré que pour faire cesser les troubles et la discorde qu’on a pu écarter autrement.
Voilà le seul moyen d’épargner une erreur à l’assemblée nationale, le seul moyen de sauver l’Académie et d’éviter un reproche éternel au corps qui l’administre aujourd’hui.