I. Archives nationales, Fi7a 124a, 4e bureau, n
INVENTAIRE DES OBJETS D'ART DU DISTRICT DE CARPENTRAS 2o5
confié dans le mois de Thermidor de l’an II, mais difTérens obstacles ne lui permirent de l’entreprendre que huit mois après. Non-seulement Duplessis inventoria les tableaux du chef-lieu du district, mais il en répara plusieurs, entre autres un superbe tableau de Nicolas Mignard.
Le district, par raison d’économie, a suspendu les opérations dont il avait chargé Duplessis. Cet artiste s’est vu obligé de revenir à Paris à une époque où il est si difficile de vivre avec des facultés bornées. Son voyage seul lui a coûté 20 ooo livres et a absorbé tout le fruit de ses épargnes, il est dans la plus affreuse misère.
Sans sa longue absence de Paris, il aurait peut-être pu avoir part aux secours que la Nation a accordés aux artistes malheureux. Il aurait du moins été employé à des travaux analogues à son état. Cette absence, qui a été si préjudiciable à ses intérêts personnels, n’a pas été sans utilité pour l’intérêt des arts.
Il s’est donc cru fondé à demander :
i° des indemnités pour les frais de son voyage et autres dépenses occasionnées par son dévouement.
2° une part dans les secours accordés aux artistes.
3° une part dans les distributions de denrées faites à un taux modéré aux fonctionnaires publics.
Le Ministre répondra sur ces deux dernières demandes qu’il n’a point la faculté, comme les comités du Gouvernement, de disposer du Trésor public et des approvisionnements et qu’il est obligé d’user de la plus sévère économie.
Mais la demande d’une indemnité est plus fondée; les travaux de Duplessis à Carpentras méritent de la reconnaissance, puisqu’il a conservé à la République des objets précieux.
D’ailleurs ce peintre de la ci-devant Académie a joui d’une juste réputation ; il est âgé de 70 ans; ces motifs suffiraient seuls pour lui donner droit à quelque secours.
On propose donc au Ministre de lui accorder une indemnité de 12000 livres1. Ce sera un bien faible soulagement dans la situation où il se trouve.
approuvé
signé : Benezecii.
1. Il n’a pas été possible de savoir si les 12000 livres accordées au peintre lui furent payées en numéraire. Assurément les 20 000 livres qu’il assurait avoir dépensées pour son
ao6
Duplessis est prévenu de se présenter au bureau du citoyen Grandjean.
3 nivôse an IV. [24 décembre 1795].
Le directeur de i.1 instruction publique au ccn Duplessis, peintre.
Le Ministre, Citoyen, n’a point comme avaient les Comités de Gouvernement, la faculté de disposer du Trésor public et des approvisionnemens, il est obligé d’user de la plus sévère Economie.
Il n’a pu donc acquiescer aux demandes que vous formez pour avoir part dans les secours accordés en denrées faites aux fonctionnaires publics.
Mais vos travaux à Carpentras, et surtout votre grand âge, et vos besoins, lui ont paru mériter une indemnité et un secours, il vous accorde en conséquence une somme de 12,000 fr.
Je vous invite à vous transporter au Bureau des Dépenses de la direction d’instruction publique pour que l’on vous procure les moyens de toucher la somme qui vous est allouée1.
Salut, etc
Le Directeur.
L ensemble de ces documents montre que, malgré de plus graves soucis intérieurs et extérieurs, la Révolution française s’est préoccupée non seulement des grandes questions touchant à l’instruction publique, mais aussi, en prescrivant l’inventaire des œuvres d’art, des travaux préliminaires à tout classement et à toute création de Musées. On voit, par le chiffre de l’indemnité allouée à Duplessis,
voyage étaient en assignats, car Duplessis était loin de les posséder en espèces, même si l’on admet que la répartition, faite en 1792, aux créanciers du prince de Guéménée lui ait procuré des ressources inattendues.
D’après le tableau de dépréciation du papier monnaie arreté le 28 fructidor an V, par l'administration centrale du département de la Seine, en exécution de la loi du 5 messidor précédent, pour cent livres assignats, on avait, les cinq premiers jours de la première décade de nivôse, 8 sous 9 deniers. Douze mille livres en assignats auraient donc représenté un secours dérisoire. On sait., par Jules Renouvier, que les 442 000 livres de récompenses créées pour les artistes qui avaient concouru à représenter les événements les plus glorieux de la Révolution, furent payées non sur le taux du papier monnaie, mais d’après une évaluation en numéraire.