‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 90 sur 134 · Arch. nationales, F,7a · texte numérisé non relu

Arch. nationales, F,7a

l’importance que le ministre de l'Intérieur Bénezech y attachait ; cependant, ce qu’il faut louer le plus, c’est, il me semble, l’activité déployée par les administrateurs du district de Carpentras qui savent accomplir tous leurs devoirs — et on devine par la lettre du peintre quelques-uns de ceux qui s’imposaient à leur vigilance — et, en même temps, faire face à des œuvres pour lesquelles ils savent découvrir et l’un des hommes les plus aptes à les mener à bonne fin et même certaines ressources qu’ils durent prélever sur un budget de famine.

Duplessis était préparé par toutes les études de sa vie à dresser un inventaire des œuvres d’art de son pays ; il y avait pensé depuis un grand nombre d’années. Dès 1763, il écrivait à Calvet, fondateur du musée qui porte son nom, et qui exerçait la médecine à Avignon, en formant une collection destinée à sa ville natale, et il lui demandait quelle était « l’histoire des causes qui ont arrêté la publication de nos antiquités méridionales ». Son correspondant les lui avait exposées dans le plus grand détail. « Il faut, disait-il, que ces obstacles aient été invincibles, puisqu’ils ont résisté aux immenses ressources que M. le comte de Gaylus était à portée de mettre en usage pour les surmonter. Il est juste qu’un peintre qui réunit le talent et les connaissances, soit instruit de toutes les anecdotes qui concernent son état1. »

C’est uniquement faute de crédits budgétaires en temps utile, — carie secours accordé à Duplessis un peu plus tard aurait suffi assurément pour payer toutes les dépenses — que l'inventaire du district de Carpentras fut interrompu. Quoiqu’il fût sans argent, notre artiste multiplia ses démarches à Avignon et dans quelques communes ;

1. Cette lettre qui, sur le registre où Calvet, selon l’usage du temps, copiait sa correspondance, porte la date du 18 décembre 1793, avec la suscription de « peintre du roy et de conservateur du musée de Versailles » à la fois, est en réalité de 1763, le copiste ayant réuni tous les titres du peintre aux dates où la lettre fut écrite et où elle fut transcrite. Elle a été publiée en partie seulement dans l’ouvrage consacré à Calvet, à l’occasion du centenaire du musée et en extrait par M. Labande, mais le texte que nous venons de citer est inédit.

Les personnes que cette étude intéresse devront lire la notice de M. Labande sur les Dessins de la France méridionale exécutés par Pierre Mignard et sur leur publication projetée par le comte de Caylus. Revue du Midi du Ier avril 1900, Nîmes.

il lit transporter au chef-lieu du district les tableaux de l'hôpital de Villedieu ; il recensa tous ceux qui étaient dans les maisons de sa ville natale et l’enregistrement officiel les mit immédiatement à l’abri de toute déprédation et de la destruction presque inévitable au cours des guerres civiles. On peut lui faire honneur de cette protection des peintures qui ornent l’église Saint-Siffrein, parmi lesquelles une de Nicolas Mignard, qu’il restaura avec plusieurs autres1.

M. Labande, alors qu’il était conservateur du musée CalveU avait recherché le catalogue incomplet dressé par Duplessis, que lui avait révélé la découverte de sa lettre aux administrateurs du district : il a échappé à ses recherches. Je n’ai pas manqué d’en faire à mon tour, avec les moyens d’action et d investigation que me donnait une fonction administrative exercée dans le département de Vaucluse ; mais c’est vainement qu’on a fouillé tous les dépôts d’archives où il pouvait se trouver ; dans aucun d’eux on n’a découvert ce précieux inventaire, non plus que le catalogue annoncé de la bibliothèque de Carpentras, où ont été admirablement préservés les mille manuscrits et les livres rares provenant de la bibliothèque de Peiresc, acquise par 1’évôque d’Inguimbert.

Un travail analogue fait par les soins des administrateurs du district d’Avignon ne se retrouve pas non plus. Les papiers delà Commission temporaire des arts, dite exécutive, ont presque tous disparu et ce qui en reste commence à être classé. Il y avait alors 55o districts ; la correspondance considérable qui dut être échangée ne pouvait trouver sa place dans les procès-verbaux. Si l’on avait la bonne fortune de mettre la main sur la minute des documents qui doivent exister dans certaines villes, leur réunion permettrait d écrire un jour un chapitre

i . Lauzan l’affirme dans une phrase qui doit être citée : « Le seul nom de Duplessis rappelait trop les arts pour que l’on négligeât de confier à ses mains habiles leurs plus chers intérêts. Il en rassembla les débris et, après les avoir en quelque sorte réhabilités dans leurs beautés premières, il en fit un catalogue raisonné. »

Le tableau de Nicolas Mignard restauré par Duplessis, dont il s’agit, parait être celui qui représente la Vierge, saint Bernard, saint Louis, sainte Hélène, et sainte Madeleine; il a été classé par arrêté du 5 décembre 1908, en vertu de la loi du 9 décembre 1905.

Photo J.-E. Bulloz

JOSEPH PÉRU

(Musée de Carpentras)

plein d intérêt sur l’histoire de l’art pendant la Révolution française. Cette tentative de la Convention fut aussi admirable qu’audacieuse, si l’on songe que ce projet, qui avait souri à Colbert, est loin d'être réalisé à l'heure actuelle et que l’inventaire général des richesses d’art de la France n’a été fait que pour un petit nombre de régions

1. Voir aux Annexes la note relative aux OEuvres d’instruction publique dans le district de Carpentras.

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